13ème Montagskonzert - Petrenko/Kaufmann - Opéra de Munich - 29/06/2020

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13ème Montagskonzert - Petrenko/Kaufmann - Opéra de Munich - 29/06/2020

Message par HELENE ADAM » 30 juin 2020, 08:07

Et ce fut le dernier "concert du lundi" pour un tout petit public munichois d'une centaine de personnes égarées au balcon et dans les "Ränger" pour une soirée à tous points exceptionnels.
Et d'abord du fait d'une prestation époustouflante de Jonas Kaufmann, forme vocale exceptionnelle et incarnation véritable des malheurs du poète abandonné avec ces "Chants d'un compagnon errant" que Gustav Mahler composa en 1890, illustrant le romantisme allemand et la cruelle destinée de l'amoureux trahi, victime du destin et errant dans la nature pour se consoler en vain.
Ecrits pour un accompagnement piano, ce cycle magnifique, a été orchestré par Arnold Schonberg.
On le sait, Kaufmann a toujours été un grand chanteur de Lieder, en même temps qu'un interprète d'opéra remarquable.
Lors du "quatrième" lundi, il nous avait offert un "Dichterliebe" (Schumann) revisité, assez loin de premiers concerts, où l'émotion et les changements de rythme, de voix, de sonorités, de couleurs, n'avait jamais été aussi émouvant, aussi expressifs pour ces amours du poète, pour ce dernier lundi et dernier concert avant fermeture prématurée de l'Opéra de Munich et de sa saison 2019-20 amputée de son festival d'été.
Là c'est encore un cycle plus court et flamboyant qu'il nous proposait, qui avait fait l'objet d'une tournée en 2015, était passé par Versailles dans le magnifique opéra, et était accompagné d'un orchestre miniature sans chef, composé tout à la fois par les meilleurs musiciens du Berliner et ceux du Wiener, qui nous offrait tout un concert au-delà de ces courts "Chants d'un compagnon errant" de Mahler.
Entretemps, Kaufmann avait élargi sa palette "Mahler" avec deux concerts en 2016 (dont celui de Vienne avec le Philharmoniker a été gravé en CD par Sony) puis une tournée entière l'an dernier, en 2019, autour du Chant de la terre dont il inteprétait alors les deux voix.(1)
Image
Si je souligne le fait, c'est ce l'interprétation d'hier est délibérément plus dramatique et plus intense, inspirée de toute son expérience du Lied et du compositeur autrichien. Là où Mahler, chanté par Kaufmann, avait un petit côté schubertien, il s'apparente désormais résolument à la musique du 20ème siècle, à Strauss ou Korngold.
Du premier "chant" Wenn mein Schatz Hochzeit macht (quand ma fiancée aura ses noces), on perçoit aussitôt le désespoir qui pointe sous le sarcasme, l'air faussement résigné et le chagrin intense dans ces vers "Singet nicht! Blühet nicht!/Lenz ist ja vorbei!" (ne chantez pas, ne fleurissez pas, le printemps est fini".
L'émotion est parfaite que traduit alors le ténor bavarois tant par la beauté du chant, la force d'un timbre sombre qui semble vouloir étouffer la lumière et la technique impressionnante, notamment celle de la prononciation des syllabes qui claquent alors, est à son comble.
Le deuxième chant (réutilisé par Mahler pour le début de sa première symphonie) "Ging heut' morgen über's Feld", est un magnifique hymne à la nature qui résonne étrangement dans ce monde en péril, une ballade qui se veut légère mais où laisse percevoir l'angoisse et le "chagrin" qui s'exprimera à la fin du chant.
Le style différent alors adopté souligne à quel point la maitrise technique de Kaufmann au service de l'expression et de la transmission du sens des mots et des sentiments, a atteint un sommet qui lui est propre et marque sans doute encore une évolution dans sa carrière au moins en ce qui concerne le Lied.
Le "Ich hab' ein glühend Messer" (j'ai un couteau à lame brûlante) est rageur et vif comme pour amener avec force un certain retour à la sérénité avec le doux "Die zwei blauen Augen von meinem Schatz", le pouvoir hypnotique de Kaufmann et son mélancolique "Liedenbaum" tétanise l'auditeur qui se sent envahi par l'apaisement progressif, le retour du bonheur et les yeux fixes comme hallucinés du poète, du chanteur, de l'interprète.
L'accompagnement des arrangements orchestraux de Schonberg (comme lors de la tournée de 2015) sont délicatement négociés par une petite formation de l'orchestre de l'opéra de Bavière, dirigée somptueusement par un Petrenko, attentif aux moindres inflexions de son chanteur.
Un retour à la perfection munichoise.
Qui sera illustrée tout autant d'ailleurs par le beau choix musical du maestro, pour l'un de ses derniers concerts à Munich où il assure encore la direction musicale en parallèle avec sa prise de fonction à Berlin, pour quelques mois et pour terminer en apothéose, si tout va bien, par le Tristan et Isolde où Kaufmann et Harteros feront leurs prises de rôle.
Symphonie de chambre de Schonberg avec l'orchestre des "jeunes" (privé de son habituel concert lors du festival), puis la super suite "Pulcinella" de Stravinsky où Petrenko à la tête d'un orchestre beaucoup plus conséquent, sculpte littéralement la magnifique partition de son compatriote (on sent qu'il aime passionnément cette musique), pour finir par la suite orchestrale du Bourgeois Gentilhomme de Molière, composée par Richard Strauss, un opus extrêmement varié, souvent ludique, qui termine sur une note optimiste la soirée.
Notons que Bachler vient la présenter en valorisant ses fidèles stars Kiril Petrenko et Jonas Kaufmann et leur présence pour ce soir de clôture. Et que nous verrons à l'écran lors de la retransmission, la présentation des nouvelles productions d'opéra et de ballets de la nouvelle saison. En espérant là encore que tout ira bien...


Programme complet :
Arnold Schönberg
Kammersymphonie Nr. 1 op. 9 für 15 Soloinstrumente
Langsam – Sehr rasch – Sehr langsam – Schwungvoll – Hauptzeitmaß

Orchesterakademie des Bayerischen Staatsorchesters
Einstudierung Allan Bergius

Igor Strawinsky
Suite aus dem Ballett Pulcinella für Orchester
1. Sinfonia (Ouvertüre)
2. Serenata
3. Scherzino. Allegro. Andantino
4. Tarantella
5. Toccata
6. Gavotta con due Variazioni
7. Vivo
8. Minuetto. Finale

Gustav Mahler
Lieder eines fahrenden Gesellen Nr. 1 - 4
(in der Bearbeitung von Arnold Schönberg)
1. Wenn mein Schatz Hochzeit macht
2. Ging heut' Morgen übers Feld
3. Ich hab' ein glühend Messer
4. Die zwei blauen Augen von meinem Schatz

Richard Strauss
Orchestersuite aus der Musik zum Bürger als Edelmann des Molière Op.60
1. Ouvertüre zum I. Aufzug (Jourdain - der Bürger)
2. Menuett
3. Der Fechtmeister
4. Auftritt und Tanz der Schneider
5. Das Menuett des Lully
6. Courante
7. Auftritt des Cleonte, nach Lully (Entry of Cléonte, after Lully)
8. Vorspiel zum II. Aufzug (Intermezzo, Dorantes und Dorimene - Graf und Marquise)
9. Das Diner, Tafelmusik und Tanz des Küchenjungen

Jonas Kaufmann, Tenor
Kirill Petrenko, Musikalische Leitung

Bayerisches Staatsorchester

Ce programme est disponible à la réécoute à partir du 2 juillet
https://www.staatsoper.de/stueckinfo/13 ... 9ce7e3ba39

(1) Kaufmann a déclaré par ailleurs dans une interview récente, qu'il avait enregistré un CD de "Lieder" avec Helmut Deutsch le mois dernier, chez Sony.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: 13ème Montagskonzert - Petrenko/Kaufmann - Opéra de Munich - 29/06/2020

Message par HELENE ADAM » 30 juin 2020, 17:58

Un article d'Abendzeitung très élogieux sur le concert, qui souligne qu'il a été suivi en direct par 36 000 "liaisons" internet, alors que seuls 100 personnes étaient admises dans le public direct. Les concerts du lundi ont ainsi obtenu 300 000 suivis en liaisons internet, soit, souligne l'article, 150 fois plus de spectateurs que ce que le BSO est capable de contenir en temps normal.
Et de conclure : un chiffre qu'il faudra retenir au cas où l'on se plaindrait d'un intérêt décroissant pour la musique classique.
https://www.abendzeitung-muenchen.de/in ... OAHKfWup6w
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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