Concert Charpentier -Niquet, Saint-Roch, 13/12/2004

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Concert Charpentier -Niquet, Saint-Roch, 13/12/2004

Message par JdeB » 14 déc. 2004, 17:14

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)
Messe à huit voix, violons et flûtes H.3
Te Deum à huit voix « avec flûtes et violons » H.145.

Stéphanie Revidat, Hanna Bayodi, sopranos ; François-Nicolas Geslot, Anders J. Dahlin, haute-contres ; Emiliano Gonzalez-Toro, Pierre Evreux, tailles ; Bertrand Chuberre, Jean-Baptiste Dumora, basses.
Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.


Hier soir, devant un public très nombreux au premier rang duquel Marc Minkowski, Hervé Niquet a offert à notre capitale un des concerts les plus fervents de la saison du tricentenaire de Marc-Antoine Charpentier en redonnant le programme qui, pour beaucoup, avait marqué le point d'orgue du dernier Automne musical de Versailles. Avec une maîtrise technique confondante et une ferveur qui galvanise.
On sait depuis longtemps que Niquet, pas toujours à son mieux au théâtre,
a su restituer comme personne son austère ferveur au versant sacré d'un compositeur qui a fait son miel des innovations ultramontaines tout en cultivant les savants archaïsmes et les avancées d'une tradition plus directement nationale. Nous sommes loin du clinquant néo-romantique aussi anachronique que débridé qui vaut à W. Christie des triomphes dans ces piéces.
L'un regarde vers Delacroix l'autre se souvient de Zurbaran.

La Messe à huit voix, violons et flûtes a été composée , selon Patricia M. Ranum, lors de la semaine du 17 au 24 janvier 1672 au cours de laquelle les jésuites de Paris célébrèrent avec faste la canonisation et le centenaire du « rappel à Dieu » d?une de leurs figures tutélaires, François Borgia (1510-1572). La marquise de Sévignée écrit à sa fille le 20 janvier 1572 « Toute la musique de l?opéra y fait rage, il y a des lumières jusque dans la rue Saint-Antoine : on s?y tue »

Le Te Deum donné ici n'est pas celui que l'Eurovision a rendu fameux, joué 10 jours plus tôt dans cette même église par Corboz. Sur le même texte, cette oeuvre de 1672 culmine en une saisissant apothéose où les deux versets "Tibi cherubim et seraphim incessabili voce proclamant" exposés simultanément au Sanctus prennent un relief et un pouvoir de persuasion irrésistibles. Leur éclat, préparé par une progressive dilatation de la masse chorale par adjonctions successives de voix solistes se mélant à l'ensemble deux à deux, les unes ornant leur partie et les autres tenant longuement une note unique tendue à se rompre, se libére en un vigoureux "Domine Deus Sabbaoth".

Peut-être Charpentier a-t-il lu son contemporain, le mystique Louis Chardon, auteur de La Croix de Jésus, où les plus belles vérités de la théologie mystique et de la grâce sanctifiante sont établies, Paris, 1647 (réédition, Paris, éditions du Cerf, 2004) et médité cette phrase:
« Je ne sais qu?une théologie. La circonstance de la rendre affective ne détruit pas sa nature, elle la perfectionne »

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