A Amsterdam, un Lucio Silla à la sauce roumaine

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JdeB
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Message par JdeB » 14 déc. 2004, 13:50

Les prochaines productions de Lucio Silla dans le monde :

12, 14, 16, 18 mai 2005, Vienne
dir. Harnoncourt
avec P. Petibon (giunia)


16, 20, 29 juillet, 4, 10 août 2005, Santa Fe
Bernard Labadie / Jonathan Kent
Celena Shafer, Anna Christy, Michael Maniaci, Susan Graham, Gregory Kunde


La Fenice dir. M.Viotti avec R. Sacca
Juin 2006

Salzbourg: dir Viotti avec R. Sacca
Juillet 2006

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lachlan
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Message par lachlan » 14 déc. 2004, 15:58

tuano a écrit :Tu as déconnecté vite, alors !
Sur quoi te fondes-tu pour critiquer la performance de Johannes Chum s'il n'avait aucun morceau à chanter ?La version Hager dure plus de 3h30. Il n'y a pas de pause mais pas d'applaudissements non plus et c'est dirigé un petit peu lentement.

C'est dommage que la distribution ait été aussi insatisfaisante. J'avais vu cette oeuvre par une troupe de jeunes chanteurs inconnus et ils avaient tous été très bien.
Mais de quoi tu parles? Qui a dit qu'il n'avait rien chanté? Hier, j'étais un peu hâtif sans doute et je me suis mal fait comprendre. Il a chanté au moins 2 arias. Dans le 1er ou éeme acte, je ne sais plus très bien et dans le 3ème acte il me semble. Il faudrait que je reprenne le livret et les versions CD mais je ne suis pas chez moi.

J'attends avec bcp d'impatience de lire les commentaires Emma qui avait semblé horripilée par tes affirmations sur le caractère drôlatique de la Clémence et de Lucio, à moins que l'on parle plus largement de tous les serii de Mozart?

L.

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Message par tuano » 14 déc. 2004, 16:08

EdeB ouvrira peut-être un nouveau fil de discussion sur la Clémence de Titus.

Aufidio n'a qu'un air, au début du second acte. C'est tout ce qu'il a à chanter (je crois qu'il ne participe pas au morceau final) comme morceau. Le reste n'est que récitatifs.

bajazet
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Message par bajazet » 14 déc. 2004, 17:19

olaf a écrit :Le livret de Lucio Silla est tout de même indigent (qui peut croire à cette stupide fin).
Lucio Silla avec ce livret ridicule et sa longueur est une gageure. Les metteurs en scène essaient d'apporter une vision originale qui se sert du livret pour proposer une fin crédible. J'ai adhéré à cette vision. Les comiques de situation, qui ne font que renforcer le ridicule du régime me plaisent.
:roll: :thumbdown: :tears:

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Message par Rameau » 14 déc. 2004, 17:20

On l'ignore un peu en France (mais ce n'est peut-être pas un drame...), mais Adam Fischer a entrepris une intégrale des opéras de Mozart chez un éditeur danois (me semble-t-il, et je ne sais pas lequel), dont j'ai déjà vu un ou deux coffrets en Allemagne. Ce Lucio Silla va donc certainement y passer, pas forcément avec cette distribution... Quelqu'un ici a-t-il déjà écouté un de ces enregistrements?

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Message par olaf » 14 déc. 2004, 17:47

Le programme du DNO, indique que Lucio Silla a déjà été enregistré. Il s'agit d'un box de 03Cds édité par la radio danoise. Le chef hongrois dirige la sinfonietta de la radio danoise avec des chanteurs aux patronymes locaux dont H.Bonde-Hansen. Un Mitridate semble être aussi disponible en SACD.
Adam Fischer après des débuts en fanfare (cycle Bartok chez feu Nimbus), puis un gros passage à vide, semble revenir en grace : le Ring à Bayreuth, accompagnement du CD Salieri de Bartoli....
O.

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EdeB
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Message par EdeB » 14 déc. 2004, 22:03

J?ai un peu plus de temps pour répondre à certaines de vos remarques sur cet opera seria qui est parmi mes préférés. Ceci dit, le sujet pourrait se prêter à une discussion de quelques heures, donc je ne vous donnerai que quelques pistes?.
Je pioche donc dans les messages précédents?
Tuano a écrit :Je trouve ça drôle que tu t'étonnes du choix d'un mezzo pour Cecilio car je n'ai jamais entendu parler d'un Cecilio soprano depuis Julia Varady. Un castrat (soprano) a créé le rôle.
Sur Venanzio Rauzzini, le premier Cecilio, un dossier ODB retraçant succinctement sa grande carrière se trouve ici : http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... age&pid=28 (tu pourras d?ailleurs y voir le croquis d?un des décors de la création de Lucio Silla)
Le seria se doit de contraster les scènes. Celia est effectivement un personnage léger qui ne participe jamais au drame et qui voit la vie du bon côté
.
Celia est effectivement là pour apporter un contrepoint, mais elle n?incarne pas que la joie de vivre, plus précisément l?équilibre que l'on peut trouver dans l?oubli et de la résignation. Elle sert de médiatrice entre Silla et Giunia, et est également une figure d?amoureuse sourde et aveugle à tout ce qui ne va pas avancer ses noces avec Cinna. S?ur de Silla, que sait elle réellement ? on peut légitimement se poser la question?.
Je pense que Mozart ne pouvait être que conscient de son génie à 16 ans. Il n'en était pas à son premier opéra. Il avait déjà composé Apollon et Hyacinthe, Bastien et Bastienne, la Finta Semplice, Il Sogno di Scipione, Mitridate, Ascagnio in Alba...
Mozart n'est pas le seul génie précoce du XVIIIe siècle...
Attention, de toute cette énumération seul Mitridate se qualifie comme précédent opera seria. Pour le reste, il s?agit de sérénades, d?azione teatrale, d?oratorios, d?opéras comiques etc?
Je pense comme toi qu'on ne peut pas appliquer le même traitement d'humour britannique aux operas serias de Haendel et à ceux de Mozart. Je pense qu'il s'agit davantage du contexte et des livrets que du compositeur lui-même.
(...)
La clémence de Titus est à mon avis plus drôle (et moins tragique) que Lucio Silla. Le premier acte est plein de quiproquos, le summum étant atteint lorsqu'on annonce à Vitellia que Titus l'a choisie comme épouse alors qu'elle vient d'envoyer Sextus en mission.
Lachlan a écrit :Je percevais cet opéra dans la droite ligne de l'autre séria qui lui ressemble à bien des égards: La Clémence de Titus.
La Clemenza di Tito est également un opera seria, mais alors que Lucio Silla est encore dans la mouvance traditionnelle pré Réforme, La Clemenza est une ?uvre qui se situe en plein dans la Réforme initiée par Traetta, Jommelli puis Gluck (ce qui valut à cette ?uvre d?être qualifiée de « porcherie allemande » par l?impératrice, qui venait d?Italie et qui n?aimait pas ce type d?opéras trop avant-gardistes, avec ch?urs, récitatifs accompagnés, modulation du discours moins stéréotypée, airs au moule cassé (on passe de l?aria da capo pure et dure à des variations sur la forme, comme on l?a entendu récemment à Paris avec la très belle Antigona de Traetta.), et ensembles de solistes qui dépassent le duo du II et du III et la moralité chorale finale chantée par tous les protagonistes (bon, c?est très schématique, j?en conviens, pour plus de détail, prenez le livre de Sylvie Mamy)
Lucio Silla est une ?uvre très traditionnelle encore, et qui renferme de grandes beautés, même si celles ci sont parfois codifiées.

Les deux ?uvres analysent la clémence d'un souverain envers des conspirateurs qui veulent les assassiner.
Mais alors que Titus représente le « bon souverain »- la raison d?état est prioritaire et c?est un homme qui souffre qui se présente au début de l?action, car il vient de renvoyer la femme qu?il aime pour satisfaire son peuple et la raison d?état- Silla est l?incarnation du tyran sanguinaire , responsable des proscriptions qui décimèrent toute l?opposition politique et les patriciens. Giunia est fille (imaginée par le librettiste) du consul Marius, adversaire politique et victime de Sylla, et son mari Cecilio fait partie des proscrits ; on est dans un contexte de guerre civile finissante. Alors que les héros de la Clemenza sont des proches de l?empereur, le contexte est donc tout autre. Dans un cas, on a une révolte légitimée par le librettiste (mais se pose quand même le problème du tyrannicide), dans l?autre une conspiration suscitée par un orgueil blessé, celui de Vitellia, envers l?incarnation du souverain idéal des Lumières.

Le combat moral de Titus est donc celui de tout souverain idéal : peser le particulier et la chose publique, faire la part entre ce qui est bon pour un et le bien de tous. Le texte aborde aussi la solitude du pouvoir, la confiance à accorder ou pas à ses proches, le problème des conflits d?intérêts, tous thèmes adaptés pour des cérémonies publiques et qui se devaient de célébrer les vertus du souverain commanditaire et d?être une espèce de « piqûre de rappel »?
Sylla est, par contre, une énigme que les historiens antiques ont essayé de comprendre, fascinés par son retrait brutal des affaires publiques, sans explication aucune. Ce silence a fasciné, et été interprété de diverses façons.
(bio du Sylla historique en français : http://www.herodote.net/histoire11013.htm
ou en anglais : http://heraklia.fws1.com/contemporaries/sulla/ )

Dire que ces opéras sont comiques reviendrait à dire que Rigoletto est une farce ! (pensez donc, il assassine sa fille, pensant tuer l?amant de celle ci, quelle bonne blague !)
Au contraire, il s?agit de textes très denses, qui portent sur le comportement humain, analysant les ressorts de la lâcheté, de l?opportunisme, de la trahison (les amis de toujours se trahissent, Sesto pour Titus, Cinna pour Cecilio), de la fidélité amoureuse, de l?égoïsme etc? et surtout de l?exercice du pouvoir, de celui qui ne se fixe que ses propres limites et de l?usage que l?on souhaite en faire.
Finalement on en revient au « mot » d?Auguste, « Je suis maître de moi comme de l'univers » dans Cinna?.

NB :
En ce qui concerne les influences stylistiques d'oeuvres phares sur Mozart:
vers le « passé » on peut écouter l? Armida Abandonnata de Jommelli, créé pendant que Mozart écrivait Lucio Silla. Il a d?ailleurs assisté à la première. Ecoutez les airs d?Armida, créée par Anna de Amicis, également créatrice de Giunia, vous aurez des surprises?. (enregistrement par C. Rousset en 1994, avec Ewa Malas Godlewska, sublime. Détails du CD : http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... ery=Armida )

Vers l? « avenir » du seria, on peut se reporter avec profit vers l? Ippolito ed Aricia de Traetta (live de David Golub, détails : http://site.operadatabase.com.site.hmt- ... y=ippolito)

bajazet
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Message par bajazet » 14 déc. 2004, 23:54

Je ne sais plus si on le trouve encore (j'en doute) : il y avait un livre-programme de la Monnaie de Bruxelles à l'occasion de la production de Chéreau/Cambreling, avec beaucoup de photos du spectacle et des répétitions, fort bien fait, avec une interview du chef et du metteur en scène, des extraits de l'ouvrage d'Hermann Abert, et même le Dialogue de Sylla et d'Eucrate, de Montesquieu.
Références : Cl. Stratz (éd.), Le Lucio Silla de Mozart ou le dernier voyage en Italie, Bruxelles, Editions Beba, 1984.

Chéreau y soulignait un des intérêts de cet opéra à ses yeux, le caractère tourmenté et adolescent de Giunia et Cecilio. La première a en effet quelque chose d'halluciné, de suicidaire et de fiévreux, qui est très différent de ce qu'on aura avec Vitellia. Certains exégètes sont allés jusqu'à parler d'esprit déjà "Sturm und Drang": je suis sceptique sur cette manie des étiquettes pré-ceci ou pré-cela, mais ça rend assez bien compte de l'esprit de cet opéra ténébreux.
Et même si les parentés d'écriture entre Giunia et cette Armida de Jommelli sont patentes, la puissance expressive est assurément du côté de Mozart.

P.S. Qualifier Eva Malas-Godlewska (qu'est-elle devenue?) de sublime me paraît quand même exagéré ?

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Arnold
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Message par Arnold » 14 déc. 2004, 23:59

bajazet a écrit : Eva Malas-Godlewska (qu'est-elle devenue?)
Elle a mué. Maintenant elle s'appelle Ewa Podles.

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Message par bajazet » 15 déc. 2004, 00:05

Arnold a écrit :
bajazet a écrit : Eva Malas-Godlewska (qu'est-elle devenue?)
Elle a mué. Maintenant elle s'appelle Ewa Podles.
Tu veux dire que sa voix est désormais mixée avec celle de Kurt Moll ?

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