Britten ?Songe d?une nuit d?été- Bolton/McVicar-La Monnaie,

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lachlan
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Britten ?Songe d?une nuit d?été- Bolton/McVicar-La Monnaie,

Message par lachlan » 08 déc. 2004, 10:41

Le songe du compositeur« Nous avons décidés en août dernier que nous allons écrire un grand opéra pour le Festival d?Aldeburgh de cette année, à l?occasion de la réouverture du Jubilee Hall (?). Cette décision plutôt subite ne me laissait pas le temps de faire rédiger un nouveau livret ; nous avons donc opté pour un livret déjà existant. »

C?est ainsi que débute le long entretien que Benjamin Britten accorda à l?hebdomadaire britannique The Observer le 5 juin 1960 dont est tire le titre de ce fil.

Il y parle avec passion et sincérité de cette prodigieuse aventure que lui, enfant d?Angleterre, entreprit avec émotion, humilité et parfois avec effroi en surperposant sa musique à celle de Shakespeare : « L?idée de m?attaquer à un chef-d??uvre littéraire dont le texte est déjà extrêmement musical ne m?a pas non plus arrêté. La musique de Shakespeare et la mienne n?interviennent pas sur le même plan. »

On doit à Britten et à son co-librettiste Peter Pears l?intuition d?avoir saisis dans la magie des vers de Will l?essence même de l?inspiration musicale de l?opera éponyme. Certes, il ne pouvait s?agir de transposer l?intégralité du texte en musique au risque de se retrouver rapidement face à un monstre ingérable, un nouveau « Ring » comme le précisera Britten.

Cette ?uvre ecrite endéans un délai relativement court pour un opéra contemporain (7 mois) se devait donc de choisir un seul dialogue. Et dans ce cas précis, c?est le dialogue de la féérie et laissons au grand Will les questions métaphysiques. C?est à mon sens une part de modestie que témoigne Britten en l?ayant compris et en offrant au travers sa musique un regard nouveau sur cet immense chef-d??uvre de la littérature mondiale.

Or hier, ce chef-d??uvre allait être encore sublimé par l?alchimie parfaitement fusionnelle entre une direction orchestrale intimiste (Ivor Bolton à la tête de l?Orchestre symphonique de la Monnaie - en formation restreinte -, la poétique mise en scène de McVicar et surtout les décors et costumes de Rae Smith). Délire (guindé, première oblige devant un parterre de mécènes) lorsque toute cette troupe apparaît et au milieu... McVicar et ses complices.

La distribution est délirante.

Michael Chance/Oberon
De sa voix confidentielle, il a dû mal à entrer dans sa composition, gêné par un vibrato envahissant. Il faudra attendre l?Acte II pour que cette voix si onctueuse trouve toute la fluidité qui sied a ce superbe rôle. Belle présence scènique, une écriture tout en finesse et empreinte de mystère que Michael contribuera encore a subjuguer.

Laura Claycomb/Tytania
Une superbe soprano colature où il est aisé de deviner le potentiel vocal. Point d?effets mélodramatique dans la partition de Britten, toute la magie réside dans la façon de dire, les inflexions et les délicats chromatismes de la voix qui se révèle dans toute sa richesse en un délicat épanouissement. Une floraison que sert les vers. Ce n?est pas le moindre des mérites de Laura de l?avoir saisi.

Je passe sur Thesus et Hyppolyta pour sur...

Lysander/Hermia ; Demetrius/Helena
Alfred Boe campe à la perfection un Lysander romantique et distingué comme pouvait l?être le gentleman édouardien. Nuance et projection, finesse et élégance. Rien à redire non plus sur le Demetrius de Leigh Melrose. L?un comme l?autre ont un plus un physique crédibles et une présence scènique très convaincante. Comme le souhaitait du reste Britten. Seul ombre au tableau, la méforme ( ?) de Deanne Meek (Hermia) trop souvent atteinte d?apathie vocale dans ses duos/quatuor. Madeline Bender en Helena s?en tirera avec révérence.

Toujours excellent aussi, la basse Henry Waddington en Quince. Irrésistible, drôle et bien en phase avec sa bande de rustres. La Tragédie de Pyramus et Thisbe dans laquelle il se propose de se lancer pour faire sa fortune et sa réputation est un moment d?anthologie théâtrale.

Enfin dominant le tout, cerise sur le gâteau : Laurent Naouri dans le rôle de Bottom. Une voix qui révèle toutes ses nuances, bien timbré et qui se livre aussi bien au niveau de la projection que de la diction aux plus invraissemblables acrobaties. Rôle extrêmement exigeant aussi sur le plan dramatique. Le pauve ne doit-il pas chanter une bonne moitié de la partition affublé d?une tête d?âne ? Il se livre en tout cas avec joie à l?exercice, sans flagonnerie, sans mouvement inutile mais avec la poésie si caractérisée de cette musique envoûtante.

Mention également pour ce formidable artiste, David Greeves, acrobate, danseur, chorégraphe et merveilleux acteur dans le rôle phare de Puck (parlé).

Le ch?ur d?enfants du TRM était accompagné par Les Pastoureaux et surtout le Trinity Boys Choir. Voix d?ange qui confère encore une magie supplémentaire à cette ?uvre fabuleuse.

Pour en revenir au décor et à la mise en scène, pour faire court, cela se passe dans un immense grenier d?un Manoir de la verte Angleterre. Un énorme tronc d?arbre s?est abattu sur la toiture et l?a éventrée laissant apparaître un ciel de pleine lune. Ce clair de lune confère alors aux objets ammoncelés au fil des siècles des formes étranges et pleine de poésie. C?est là que le couples de fiancés se refugient, c?est là que vivent les elfes, c?est aussi là que le rustres ont la mauvaise idée d?aller répéter leur Tragédie. Une nuit d?été avant que le soleil ne se lève et nous laisse dans nos c?urs la sensations d?un songe merveilleux.

C ?est au TRM jusqu?à la fin du mois.

L.

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Message par tuano » 08 déc. 2004, 10:53

Merci Lachlan pour ce compte-rendu (truffé d'accents) ! Sur le papier, cela me semblait la production la plus tentante de la saison de la Monnaie.

Je n'ai pas compris en quoi la distribution était "délirante".

Pourquoi mettre un titre un peu énigmatique au lieu de simplement reporter celui de l'ouvrage ? Je pense que ça correspondrait mieux au fonctionnement de ce forum, où seul le titre apparaît en page d'accueil. Je me doutais quand même de quoi ça parlait...

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Message par lachlan » 08 déc. 2004, 11:05

J ai tape ;on texte sur un autre ordinateur mais il n est pas toujours libre. C est effectivement la meilleure production du TRM depuis le debut de la saison. Mais un public peu tactile. Au ENO, devant son public (plus apte a saisir les nuances de la langue de Will?), on riait beaucoup. Perso, je devais me retenir pour ne pas rire trop bruyamment.

Le delire dans la distribution tient a la surprise et au choc que j ai eu en entendant tant de nouvelles voix.

Enfin le titre n est en rien egnimatique. C est plus un hommage a Britten que je voulais affirmer qu un flou intellectuel. De plus, ce titre est celui repris dans l entretien que Ben a accorde a The Observer. Cet article a ete repris en francais L Avant Scene de l Opera (146).

L.

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Message par richie3774 » 08 déc. 2004, 11:09

Merci pour ce beau compte-rendu qui va peut-être me décider à y aller.
- est-ce que la salle était pleine? (il semble qu'il ne reste plus de place en vente sur internet).
lachlan a écrit :J De plus, ce titre est celui repris dans l entretien que Ben a accorde a The Observer. Cet article a ete repris en francais L Avant Scene de l Opera (146).
L.
Qui est ce Ben? Je ne vois pas de Ben dans la distribution.

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Message par tuano » 08 déc. 2004, 11:10

Je trouve que l'oeuvre doit quand même BEAUCOUP à Shakespeare. Le texte est de lui et n'a été qu'abrégé par Britten et Pears.

Le résultats : un des meilleurs livrets de l'histoire de la musique, drôle et magique.

Je sais qu'il y en a qui n'aiment pas entendre rire à l'opéra. Je trouve ça très dommage. Pourquoi devrait-on être coincé quand on écoute de la musique classique ?

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Message par olaf » 08 déc. 2004, 11:10

???????????
C'est la seule production pour laquelle je n'ai pas encore de place !!
La sommet de la saison au TRM ce sera la la Dame de Pique....

Les Macvicarophile se délecteront des propos de leur idôle dans la Libre Belgique. Les chanteurs, Bob Wilson et Verdi en prennent plein la figure....

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Message par lachlan » 08 déc. 2004, 11:27

Ne parlez pas tous en meme temps! :lol:

Ben, sorry, pour Benjamin Britten. Tu sais que c est un de mes compositeurs preferes, alors il a droit a un diminutif!

Je suis d accord avec toi Tuano, des oeuvres comme celle la sont faites pour distraire autant que pour rever. Les enfants se marrent avec Hansel et Grentel, pourquoi pas nous avec les commentaires bien epices de Hyppolyta et Thesus? Le comique des rustres et la poesie de Pluck?

Olaf, Ritchie, je n ai pas voulu tout vous decrire mais c est absolument merveilleux. Pour la premiere, il y a toujours des places evidemment... mais sur place. J ai l impression cependant que des que la presse se sera fait l echo du spectacle, ca va bouchonner! Je pense peut etre y retourner samedi en bonne compagnie...

Tuano, le merite de Britten est d avoir justement su cerner dans une poesie et un texte quasi sacre l essence de ce qui plairait a un public d opera sachant que la meme phrase chante prend une toute autre ampleur que la phrase declame! Et puis tu as tort de devalorise la musique qui la berce. Ces violons sont envoutants et servent le texte, le magnifie au dela de notre imagination. C est une oeuvre aussi tres mysterieuse dans la mesure ou a la place de la bravoure declamatoire des acteurs (dans la piece) tu as toute la panoplie des tessitures vocales. Jusqu a Oberon en contre tenor. Et quelle magie que la sienne. Je regrette un peu d ailleurs de m etre precipite a la Premiere, je suis sur que dans quelques jours, les voix s affirmeront.

Enfin, il y a une veritable magie a entendre cet opera dans le cadre si feerique de La Monnaie qui est un peu comme le prolongement du conte. Prolongement initie par la mise en scene et l orchestration restreinte. Le dialogue physique salle scene est en plus accentue par ces 2 escaliers plantes aux extremites de la scene et qui renvoient les protagonistes dans la salle.

Il faut aussi y aller, car bcp d interpretes font leur 1ere apparition au TRM. Enfin, j ai cru comprendre (RaV) que Naouri chanterait GOLAUD a Anvers (Pelleas et Melissandre).

L.

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Message par tuano » 08 déc. 2004, 12:05

lachlan a écrit : Et puis tu as tort de devalorise la musique qui la berce.
Je ne dévalorise pas le travail de Britten, je revalorise celui de Shakespeare dont on parlait peu.

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Message par lachlan » 08 déc. 2004, 12:11

Le travail de Britten est avant tout aussi la facon dont il a habille le texte de sa musique sans en alterer la magie.

L.

Je recopie ce qui t as peut etre echappe...

Et dans ce cas précis, c?est le dialogue de la féérie et laissons au grand Will les questions métaphysiques. C?est à mon sens une part de modestie que témoigne Britten en l?ayant compris et en offrant au travers sa musique un regard nouveau sur cet immense chef-d??uvre de la littérature mondiale.

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Message par lachlan » 08 déc. 2004, 14:21

olaf a écrit :???????????
C'est la seule production pour laquelle je n'ai pas encore de place !!
La sommet de la saison au TRM ce sera la la Dame de Pique....

Les Macvicarophile se délecteront des propos de leur idôle dans la Libre Belgique. Les chanteurs, Bob Wilson et Verdi en prennent plein la figure....
Ca date de quand? J ai pas achete le journal hier mais j ai consulte le site. Rien. Dans le supplement Culture d aujourd hui, il y a une grosse interviou (cfr Faustin) sur Savary mais je ne trouve pas l article sur Mac.

:?: :roll:

L.

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