La Traviata à la Fenice

Représentations
tuano
Basse
Basse
Messages : 9358
Enregistré le : 30 mars 2003, 23:00
Localisation : France
Contact :

Message par tuano » 19 nov. 2004, 17:04

C'est vrai que ça plombait l'émotion. C'était tout à fait en accord avec la mise en scène de Carsen, qui s'est attaché à des effets de détails anecdotiques en fin de chaque acte.

Lorsqu'Alfredo humilie Violetta devant tout le monde à la fin du II et que le choeur intervient, il me semble évident que Violetta s'effondre par terre pour ne s'en relever que lorsqu'elle se remet à chanter. Là, elle déambule, pratiquement indifférente à la violence d'Alfredo et la scène du fond s'ouvre pour accueillir l'arrivée théâtrale de Germont père. Je ne vois vraiment pas où Carsen veut en venir !
Pareil pour la toute fin où des restaurateurs viennent occuper le plateau.

La direction de Maazel a privilégié la beauté orchestrale au détriment de l'urgence théâtrale et à l'évidence émotionnelle de la musique.

Avatar du membre
Xavier
Rainbow Maker
Messages : 1062
Enregistré le : 03 mars 2003, 00:00
Localisation : Somewhere over the rainbow
Contact :

Message par Xavier » 19 nov. 2004, 18:23

bajazet a écrit :Espérons que si !
Dis-moi, Xavier, toi qui es fin connaisseur de Traviata, quelle production as-tu vu qui t'ait le plus satisfait? Je parle en termes de mise en scène.
En terme de mises en scène... à peu près aucune :? Je me console en me disant que je ne connais qu'une douzaine de productions (dont la moitié sur support vidéo).

Celle de Covent Garden est peut-être une des meilleures dans le versant antiquaire-décorateur, mais comme souvent elle en fait trop à mon goût dans le tanto lusso...

J'attend toujours la mise en scène suffisemment intelligente et pas trop gratuitement provocante qui me convaincra de l'intérêt d'une transposition. Je crois que j'ai de quoi patienter.

A la réflexion, si, il y a une mise en scène qui m'a satisfait : celle de George Cukor !

X

PS : c'est quoi l'air de Germont qui est différent de la version habituelle ?

Avatar du membre
PlacidoCarrerotti
Hall of Fame
Hall of Fame
Messages : 14144
Enregistré le : 04 mars 2003, 00:00
Contact :

Message par PlacidoCarrerotti » 19 nov. 2004, 18:52

tuano a écrit : Pareil pour la toute fin où des restaurateurs viennent occuper le plateau.
.
Des restaurateurs ? Je croyais que les travaux de restauration étaient justement terminés !!! Ces italiens ...

Avatar du membre
Barberine
Alto
Alto
Messages : 470
Enregistré le : 08 août 2004, 23:00
Localisation : Vaucresson (92)
Contact :

Re: à boire et à manger....

Message par Barberine » 19 nov. 2004, 18:56

tristan a écrit :Pour en arriver à PATRICIA CIOFI , je trouve, que, décidément, c' esr une VRAIE ARTISTE! Certes, la voix est parfois incertaine, voire raide, mais quelle sincérité,quelle émotion et quel engagement de toute sa personne!
On pourra taxer cette artiste de "viscérale",mais l' opéra, ce n' est pas seulement du chant ,c' est une tragédie, une mise à nu de sentiments parfois dangereux à extérioriser.....et, pour ma part, j' aime les artistes qui"se mouillent" et osent s' engager à fond dans un personnage et ce n' est pas pour cette raison que je n' apprécie pas les"techniciens avant tout"
qui se préservent en appliquant scrupuleusement des lois techniques protectrices et sécurisantes!
On chante comme on sait!et pas toujours!comme on a appris!.....mais aussi comme on EST!!!
Dans une même année,ALCINA,POPPEA,TANCREDE, TRAVIATA!!!!
BRAVO PATRICIA!!!
TRISTAN
Je suis entièrement de l'avis de Tristan sur cette artiste dont nous avons déjà fait les louanges ici-même dernièrement. Elle s'est comportée en grande tragédienne et en merveilleuse artiste même si la froideur de la mise en scène ne la mettait pas en valeur, loin de là. Je l'ai regardé jusqu'au bout parce qu'elle "était" Violetta et pour La Fenice, mais tout le reste n'était pas à mon goût.

Avatar du membre
LucaGi64
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 135
Enregistré le : 04 juil. 2004, 23:00
Localisation : Torino (Italie)

Message par LucaGi64 » 19 nov. 2004, 19:39

Allez, je m'y colle à mon tour.
D'abord une réserve: avec la prise de son calamiteuse à laquelle on a eu droit (merci l'ingénieur du son) mes jugements sur les voix et l'orchestre comptent pour des prunes!
Carsen: le parti pris de l'argent partout et à toute heure est à mon avis une erreur; la violence du geste d'Alfredo à la fête de Flora perd toute sa brutalité. À part ça, je n'ai pas vu d'idées vraiment bouleversantes; ç'a été une Traviata normale, dans des décors modernes. J'ai apprécié quelques idées: le fait que Violetta ne s'effondre pas lorsqu'elle reçoit l'argent à la figure montre sa force dans le sacrifice; le médecin qui se fait payer annule toute pitié vers la "dévoyée"; mais il s'agit justement de petites idées sans plus. D'autres trouvailles sont franchement banales (les restaurateurs à la fin, le présence du Baron à la fin du premier acte - merci, les vocalises sont là pour nous dire que Violetta veut suffoquer son amour par le retour à une vie de folies et de jouissances... quoique...). Décors et costumes ... bof. Le parc du deuxième acte est beau à regarder, mais très peu fonctionnel à l'action: un banc pour s'asseoir n'aurait pas été superflu.
Maazel: agaçant. Tantôt lent, tantôt lourd (c'est vrai qu'avec un tel orchestre et un choeur pareil...); quelques bons moments ("Addio del passato" moins exténué que d'habitude par exemple). Son mérite le plus grand: avoir opté pour la version originale, qui demeure toutefois une curiosité et basta.
Hvorostovsky: je n'ai pas été emballé. Beaux aigus, beau legato, mais prononciation parfois exotique; ses (rares) piani sont très discutables, avec des sons franchements pas beaux (à la fois dans le nez et dans la gorge: il faut le réussir!). Plus crédible en vieil (!) homme d'affaires sans scrupules qu'en père affectueux ou qu'en viellard ému par l'héroïsme de sa belle-fille manquée.
Saccà: timbre peu homogène dans les registres; il chante toutes ses notes, il ne le fait pas d'une manière exécrable quoiqu'il ouvre pas mal le son; en revanche il sait comment s'y prendre avec les vocalises. Mais s'il continue à pousser comme ça, on ne va pas l'entendre encore longtemps.
Ciofi enfin. Je précise que j'aime beaucoup cette artiste et c'est surtout pour elle que la prise de son merdique m'agace au plus haut point: sa voix - pour l'avoir entendue plusieurs fois en vrai - était souvent méconnaissable. Je n'ai pas remarqué les problèmes d'intonation que d'autres ont souligné (j'ai écouté trois fois le finale du premier acte), j'ai relevé quelques sons un peu acides, j'ai admiré certains prodiges (le ré bémol du da capo de la cabalette attaqué pianissimo et renforcé (en live!)); j'ai vraiment été scotché par son phrasé, par son investissement dans le rôle, par son aisance scénique. Moi aussi je l'ai trouvée un peu fatiguée mais Ciofi demeure pour moi l'une des deux ou trois meilleures Violetta en circulation.

Ceci dit, je vais effacer la cassette.

Avatar du membre
David-Opera
Basse
Basse
Messages : 5425
Enregistré le : 06 févr. 2004, 00:00
Localisation : Boulogne Billancourt
Contact :

Message par David-Opera » 21 nov. 2004, 23:55

J'ai un peu attendu pour faire mes commentaires mais cette traviata méritait que je la revisionne une seconde fois.
J'ai beaucoup aimé si je compte le nombre de fois ou j'ai eu des frissons.
Pourtant cela commençait froidement. L'image trop crue que Carsen renvoie de Violetta dès le départ surprend. En fait il nous dit " c'est une prostituée, rien de plus " et c'est un peu difficile à accepter aussi directement. La femme sociale est littéralement gommée.

Mais dés le deuxième acte, la cohérence d'ensemble apparaît en plaçant l'argent au centre de cette intrigue. Le metteur en scène déroule sa logique, Violetta nageant dans les restes de son ancien bonheur fait de billets maintenant feuilles mortes ce qui nous vaut un très beau tableau.

Et puis retour à ce monde décadent avec cette fameuse danse des gitanes devenues danseuses de cabarets. Aucune pudeur, et c'est la force de cette scène.

Enfin au 3ième acte on retrouve Violetta à terre devant un écran télé déréglé, la seule compagnie qu'il lui reste dans sa solitude?. Tout cela est très noir, mais cela fonctionne.

R.Sacca n'a pas véritablement un physique et un timbre charismatiques. Mais il chante bien et est très crédible scèniquement. R.Carsen en fait un photographe plus amoureux de l'image de sa dulcinée que de la femme entière. Ce n'est pas pour rehausser son personnage.

D.Hvorostovsky m'a surpris car la froideur et la sévérité outrancière de son personnage sans fausse affection de façade tranche avec la chaleur que ce chanteur peut dégager en récital. Voix très impressionnante.

Quand à P.Ciofi, elle est lancée dés le IIième acte, touchante, et excellente dans le III acte. Elle est toujours aussi géniale dans les scènes de folies ou elle use vocalement des effets véristes.

Maazel semble surtout fort pour les coups de théâtre orchestraux mais la qualité du son ne permet pas vraiment d'apprécier toutes les finesses de la direction.

Reste que je n'arrive pas à comprendre comment Verdi peut lui faire dire à Violetta à la fin " je meurs parmi ceux qui m'aiment?.. " ????

muriel
Basse
Basse
Messages : 2886
Enregistré le : 17 nov. 2003, 00:00
Localisation : Arles

Message par muriel » 22 nov. 2004, 14:13

Xavier a écrit : PS : c'est quoi l'air de Germont qui est différent de la version habituelle ?
Dans l'acte 2, après le départ de Violetta , Giorgio revient et chante :
Qui a effacé de ton coeur la mer et le sol de Provence ?

puis , court duo avec Alfredo : Partons ...

et Giogio reprend (après une jolie intro de violons) un air un peu plus allant , qui pourrait être la cabalette comme l'a dit Tuano :
Non, je ne te reprocherai rien, oublions le passé,
L'amour qui m'a guidé sait tout pardonner


avec un rythme un peu "russe", qui correspond très bien à Dmitri.

Avatar du membre
Xavier
Rainbow Maker
Messages : 1062
Enregistré le : 03 mars 2003, 00:00
Localisation : Somewhere over the rainbow
Contact :

Message par Xavier » 22 nov. 2004, 14:41

muriel a écrit :
Xavier a écrit : PS : c'est quoi l'air de Germont qui est différent de la version habituelle ?
Dans l'acte 2, après le départ de Violetta , Giorgio revient et chante :
Qui a effacé de ton coeur la mer et le sol de Provence ?

puis , court duo avec Alfredo : Partons ...

et Giogio reprend (après une jolie intro de violons) un air un peu plus allant , qui pourrait être la cabalette comme l'a dit Tuano :
Non, je ne te reprocherai rien, oublions le passé,
L'amour qui m'a guidé sait tout pardonner


avec un rythme un peu "russe", qui correspond très bien à Dmitri.
??? Et qu'elle est la différence avec la scène habituelle : Di Provenza il mar il suol... (air) Ne rispondi d'un padre...(récit) No non udrai riproveri (cabalette) ? Le morceau est-il différent ou est-ce seulement que, contrairement à d'habitude et à nombre d'intrégrales, la scène est donnée entièrement ?

X, curieux

muriel
Basse
Basse
Messages : 2886
Enregistré le : 17 nov. 2003, 00:00
Localisation : Arles

Message par muriel » 22 nov. 2004, 15:45

ben, tu la connais comment, toi, la cabalette, puisqu'elle n'est jamais chantée ni jamais enregistrée ? 8O
d'autre part, tout le duo Violetta-Germont du début est différent , plus lent et des nouvelles notes :wink:

Avatar du membre
Xavier
Rainbow Maker
Messages : 1062
Enregistré le : 03 mars 2003, 00:00
Localisation : Somewhere over the rainbow
Contact :

Message par Xavier » 22 nov. 2004, 16:23

muriel a écrit :ben, tu la connais comment, toi, la cabalette, puisqu'elle n'est jamais chantée ni jamais enregistrée ? 8O
d'autre part, tout le duo Violetta-Germont du début est différent , plus lent et des nouvelles notes :wink:
Nombres d'intégrales ne veut pas dire toutes les intégrales nuance ! En outre, on a l'habitude de couper la cabalette de germont à la scène mais il existe quelques exceptions à cette habitude, dont les premières années de la production de Miller à Paris.

On peut entendre la scène en entier chez Pritchard (Decca), Prêtre (RCA), Muti (EMI et Sony), Bonynge (Decca), Rizzi (Teldec) et Solti (Decca). Dans ce dernier cas on peut aussi la voir en dvd. A ma connaissance, c'est à peu près tout.

Avis à qui veut m'inviter chez lui/elle pour regarder cette cassette, ça m'intéresse ! (me prêter un enregistrement risquerait de tomber sous le coup de la nouvelle législation en matière de copyright :wink: )

X

Répondre