Haendel - Ariodante - Rousset /Hemleb - TCE, mars 2007

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Ruggero
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Message par Ruggero » 17 mars 2007, 01:51

Superbe représentation ce soir. Le public stupide du TCE a hué les danseurs, pourtant très bons, en leur faisant porter le chapeau de la mise en scène.
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

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Message par abaris » 17 mars 2007, 01:58

Ruggero a écrit :Superbe représentation ce soir. Le public stupide du TCE a hué les danseurs, pourtant très bons, en leur faisant porter le chapeau de la mise en scène.
C'est l'article de Machart qui t'a énervé...?

:whip:

:P

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Message par Ruggero » 17 mars 2007, 02:06

euh non c'est les commentaires entendus en salle et les huées contre les danseurs. Cela dit, je suis effectivement très agacé par les réactions négatives contre ce spectacle. Mais il commence à se faire tard.
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)

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Message par abaris » 17 mars 2007, 02:07

Ruggero a écrit :euh non c'est les commentaires entendus en salle et les huées contre les danseurs. Cela dit, je suis effectivement très agacé par les réactions négatives contre ce spectacle. Mais il commence à se faire tard.
Tu sais ce que j'en pense.... 8)

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Message par esther » 17 mars 2007, 12:07

JdeB a écrit :Genaux ne m'a jamais enthousiasmé. hier soir, elle m'a paru assez peu charismatique mais son chant est impeccable.
Kirschlager m'a beaucoup touché dans ce rôle à la limite de ses possibilités.
De Niese est envoutante même si au premier acte sa voix accusait quelques stridences et si sa technique est perfectible.
Azzaretti, après un début un peu terne, excelle.
Topi est un vrai prince de conte de fées.
Lalouette, je n'en parlerai qu'au printemps venu :wink:
Christophe Rousset démontre une fois de plus qu'il est l'un des meilleurs dans ce répertoire. Il a été justement ovationné
:D D'accord sur tout, sauf sur le chef, l'orchestre et les choeurs, pas enthousiasmants et beaucoup moins bien que ce que peut faire un Minko dans le même répertoire.

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Message par esther » 17 mars 2007, 12:16

abaris a écrit :
Ruggero a écrit :Superbe représentation ce soir. Le public stupide du TCE a hué les danseurs, pourtant très bons, en leur faisant porter le chapeau de la mise en scène.
C'est l'article de Machart qui t'a énervé...?

:whip:

:P
L'article de Machart a pour seul résultat qu'on ne le croira plus quand il commente une mise en scène.

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EdeB
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Message par EdeB » 17 mars 2007, 13:20

Au "château des destins croisés" : une vapeur de songe née d'une abstraction...

(Petit hommage à Alexandre Vialatte.)

Rêverie façon miniature. - Ou de Fragonard. - Ou encore de Chirico. - Immensité des êtres. – Et des horizons. - Bain de soleil du royaume. - Obscurité du même. – Figures de tarots. – Délectation du blanc sur blanc. – Ombre chinoise des amours. – Chanson de geste concentrique. – Coucher de soleil au serpent. – Automne du Moyen Age.- Grandeur consécutive de Haendel.

C’est un rêve semblable aux miniatures médiévales. Disproportionné. Les châteaux y sont immenses. Ils occupent tout l'horizon. Les êtres plus encore. Ils sortent de nuées tourbillonnantes comme celles esquissées par Fragonard, mi-pensées, mi-présences, et s'imposent par leur chant ; ils voient le temps filer entre leurs doigts, mais l'impressionnent, l’étirent, le malaxent de lumière ; ils sculptent les ombres de leurs souffrance avec une morbidezza qui fait qu'on crie "bravo" et "encore" comme pour les contes de Madame d'Aulnoy. Ou de l'Arioste. On connaît déjà la fin, la délivrance, mais on en redemande.
On les dirait tout juste issus de l’édition de Birmingham (1773), sortis tout casqués de l’imagination du graveur. Car d’un mezzo-tinto, ils ont les aplats et les hachures, certains flous dans le lointain et les angles. Figures en une et trois dimensions toutes ensembles. Presque comme un jeu de cartes : les deux Dames, les Chevaliers, le Valet, le Duc, le Roi. Le Fou. Ou comme les premiers tarots de l’histoire, celui des Este à Ferrare, mentionné pour la première fois en 1442. Alors on prend le jeu, on mélange les cartes sur la table et on conjecture.

Le royaume s'étale au soleil. Il y donc le château, avec trois tours. Et puis la mer, que l’on devine. Quelquefois, le théâtre tremble et s'y superpose l'Intérieur métaphysique au soleil éteint peint par Giorgio de Chirico en 1971. Aucun rapport ? Que nenni, le soleil sombre aussi ici, après un trop bref printemps, qui voit les bosquets s'animer malicieusement et les frondaisons danser dans une pastorale prémonitoire, où les vêtements des amants s'accrochent aux futaies, de ne pouvoir se rejoindre vraiment dans la clairière… Las, leurs mains ne s'entrelaceront pleinement qu'au "Bramo aver mille vite", il faut en prendre son parti car les amours contrariées sont des plus prisées.

Dans cet espace mental qui n'est que variations de deux couleurs, sable et éclat, imagination qui s'enfonce aussi dans le désert lumineux de nos mémoires, l’échappée est celle de cette fissure, porte béante qui mène vers un ailleurs hors de ce théâtre d'ombre. On trouve aussi une ogive haut perchée, écho de ce siège où se jettent les désespérés, quand leur monde part à la renverse. Cette trouée inaccessible lance parfois négligemment un rayon, une gloire, comme celles de ces Annonciations naïves des Primitifs italiens dans ces architectures disloquées d’être trop pensées. II y a toujours l’annoncier dans un coin et la Vierge qui s’interrompt dans l’autre. Ici, pas d’ange, mais des messagers de malheurs. Pas d’autre vierge que celle fallacieusement accusée, souillée par le soupçon. Rédimée in extremis par le Jugement de Dieu. Car c’est une moralité de conte que celle-ci, chacun trouve sa juste récompense, même Dalinda, la récitante de l’Arioste, celle par qui le malheur arrive.

L’infortunée erre, figure en demi-deuil qui se heurte aux murs, ceux qu’elle se crée et celui qu’elle aime sans espoir de retour. Car c’est une histoire tristement banale que celle-là : Lurcanio aime Dalinda qui aime Polinesso qui aime Ginevra qui aime Ariodante. Jaël Azzaretti pare de son égarement élégant et de sa ductilité le balancement d’une sicilienne qui s’adresse à une béance, à une fuite en avant, pique de banderilles escarmouchées l’amant patient qui la contemple éperdument, avant de le rejoindre, mi-contrite, mi-contrainte dans un "Spera, spera, io già mi pento" à l’exultation grandissante.
Car elle peut se mirer dans la solide constance du vaillant Lurcanio (Topi Lehtipuu), qui berce tendrement sa flamme dans son menuet d’entrée, s’enveloppant le cœur de cette froidure brûlante. Cette délicatesse tendre de courtisan n’étouffe pas les postures du guerrier, la fermeté du chant et sa douceur dangereuse d’acier qui glisse sur le velours avant d’atteindre sa cible.

Dans le tournoiement de ses voiles et de sa chevelure dénouée, princesse défaite et de son âme et de ses atours, Ginevra (Danielle De Niese) va au bout d’elle-même dans ce ballet de mort, cognant sur les murs de sa raison jusqu’au cri. Devant ces cauchemars encore Bosch-iens, que sont ces quasis grylles, disjonction de sa pensée affolée, qui lui montrent l’indicible et l’irrémédiable solitude à laquelle elle est réduite. C’est qu’elle fait le tour de son être, dépouillée de son honneur et de son "soleil" (II, 10), gracieux gémissement modulé sur deux actes, sourire extatique qui ouvre et clôt la pièce, volte gracieuse qui traverse l’espace.

Le héros éponyme, lui, spirale tout du long de l’histoire, à travers un cheminement initiatique qui voit l’espace se modeler au gré de ses oscillations. Dans les volutes carrés de la voix -poussée jusque dans son dernier retranchement- qui laissent apparaître la nudité de la trame, dans la fragilité de l’exhalaison, cet acharnement héroïque à ne pas céder, ce jeu fascinant avec la longueur du souffle (remarquable "Con l’ali di costanza"), la jeunesse et la fougue encore timide de l’adolescent de papier seulement esquissé par le poète. Et que dire du glissement secret de cet Ariodante (Angelika Kirchschlager), quand sur son armure se lève le soleil noir de sa mélancolie, lorsque le simulacre de son enfermement mental rejoint l' "ombra mesta e spirto ignudo" qui s'allonge à ses côtés? Ce "Scherza infida" exangue et blafard (l’orchestre jouant tout en translucide grisaille), dont on voit les gouttes de sang s’épandre au rythme de son autisme suicidaire... Et si le soulagement final est encore un peu craintif, la figure du chevalier distille une mélancolie qui étreint.

Vivica Genaux, Polinesso lové comme un serpent autour de sa haine, cantonné dans ses abysses délectables, déploie une perfidie glaciale et retenue, avant d’en dérouler les méandres dans la jubilation d’un "Se l’ingano sortisce felice" raffiné . Son étrangeté, à la violence endiguée, est celle d’un Iago avant l’heure, suppurant un malaise prenant et une virtuosité ondoyante.

Entouré du discret Odoardo (Nicolas Maire) et d’un Triboulet sapajou, le Roi (Olivier Lallouette) est plus bonace que terrible, plus saisissant dans sa douleur paternelle ("Al sen ti stringo") que dans la royauté magnifique ; sa déploration atterrée ("Invida sorte avara") est poignante ; sa prosternation attendrie devant sa fille innocente reprend les gestes troublants de l’hommage lige tout comme celui des cérémonies d’adoubement.

Les Talens Lyriques conduits par Christophe Rousset avec intensité et apesanteur dans ce théâtre épuré, laissent décanter les silences comme pour marquer les contours peints a tempera des âmes. C’est aristotélicien. Mais Platon toque toujours à la porte. Des mauvaises actions ci dépeintes naissent des moments rares, la célébration d’un opéra de château englouti, une irisation de croisée Renaissance. Malléabilité et fluidité d’un orchestre épousant les nuances les plus intimes des voix, confortant les afflictions les plus ténues des protagonistes pour en extraire une ascèse d’or, un déploiement vertigineux vers les confins de ces êtres, un point de fuite vers un horizon toujours aboli.

C’est un des plus beaux hommages qui soient à la culture médiévale revisitée à l’automne de la Renaissance. Revue par les Lumières ascendantes.

Et c'est ainsi que Haendel est grand.

Emmanuelle Pesqué.

Chœur du Théâtre des Champs-Elysées

Les Talens lyriques
Christophe Rousset, direction

Lukas Hemleb : mise en scène et décors
Marc Audibet : costumes
Andrew George : chorégraphie
Dominique Bruguière : lumières

(Générale du 12 mars et première du 14 mars 2007)

Diffusion sur France Musique, le 24 mars à 19h 30
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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Message par EdeB » 17 mars 2007, 13:21

JdeB a écrit :Pour en revenir à la première, je trouve aussi indignes les huées à l'encontre d'Hemleb qui a signé un spectacle très pur, très pensé, très fort.
EdeB (avec un zeste de culture que j'ai ajouté) va en éclairer quelques subtilités dans son CR à paraître bientôt.
Oui, ce spectacle est une splendeur, j'ai été très émue en le voyant, et l'impression ne s'est pas dissipée à la "revoyure"... C'est rare, en ce qui me concerne.

Merci à Jérôme de m’avoir rappelé l’existence du Tarot d’Este, moi qui m’étais focalisée sur les Tarots Visconti…. :oops: :oops: :oops:
(Et pourtant, il y en a une carte superbe à Issy les Moulineaux.... )
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Message par Ruggero » 18 mars 2007, 00:43

merci!

Je n'avais pas pensé à De Chirico, ni à Calvino, c'est très juste!
L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
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Message par jsb » 18 mars 2007, 10:45

Mon avis ne correspond pas tout à fait à ce que je lis.

Dans un opéra où les voix de femmes sont relativement semblables la mise en scène devrait me semble-t-il contribuer à différencier d'avantage les personnages. J'ai été très gêné par le manque de caractérisation des chanteurs d'une part à cause d'un éclairage systématiquement par l'arrière ou en hauteur qui laisse les figures dans l'ombre pendant toute la représentation, d'autre part à cause de costumes uniformes (jolis cependant pour les femmes mais ridicules pour les hommes - la traîne en tulle du roi avec son noeud...).

Côté chanteur je n'ai pas été séduit par le timbre de Véronica Cangémi que j'entendais pour la première fois en live. Les autres m'ont en revanche parus très au dessus de ceux de la production de Garnier en 2001 (Minkowski/Lavelli/Von Otter, Claycombe, Petibon), mais sans émotion particulière cependant.

Si l'on oublie la justesse des cors naturels (comme d'habitude non aidés par leur placement dans le coin en marbre de la fosse) l'orchestre ne sonne pas mal. Christophe Rousset allonge cependant abusivement à mon goût les suspensions avant de conclure les cadences et l'équilibre vents/cordes ne m'a pas semblé idéal.

Les danseurs ont subit l'ire du public sans être responsables de la chorégraphie brouillonne et peu inspirée qu'on les oblige à interpréter.

Bref une représentation plutôt honnête.mais pas de quoi délirer.

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