Mozart- Le Nozze di Figaro - Salzbourg, 2006

Représentations
gregb
Ténor
Ténor
Messages : 779
Enregistré le : 24 mars 2005, 00:00
Localisation : Paris

Message par gregb » 27 juil. 2006, 21:51

Je pense effectivement qu'on a perdu énormément du contenu tragique et de la vision d'Harnoncourt et du metteur en scène sans voir ce spectacle.
Bizarrement, le critique du Monde ne parle pas du tout de l'aspect musical...
S'est-il au moins déplacé pour écouter l'oeuvre ou a-t-il regardé les photographies du dossier de presse?
:?

valery
Ténor
Ténor
Messages : 873
Enregistré le : 13 mars 2003, 00:00

Message par valery » 28 juil. 2006, 08:38

Bon, je m'y colle, vu que je n'écrirai pas de critique sur Les Nozze. Par principe, je ne fais aucun commentaire sur un spectacle que je chronique ailleurs: il y a assez de doublons sur les forums internet!
Je n'écrirai pas de critique pour une raison bien simple: il fait une canicule effroyable en Autriche comme ailleurs (je dégouline devant mon ordinateur :o)) Ce qui veut dire qu'on dort mal, que le corps est fatigué... et qu'on pique du nez pendant les représentations, c'est aussi simple que ça! A moins de rester en éveil constant, difficile d'écrire une critique fouillée!
Entre parenthèses, les chanteurs étaient en nage sur scène.

J'ai été souvent (pas toujours) déçu par la direction d'Harnoncourt. Je n'ajouterai pas d'autres commentaires musicaux: vous l'avez déjà fait. J'ajouterais juste que je n'ai pas aimé la comtesse de Röschmann, handicapée par le trac (cela se voyait). La voix trémulait, du coup elle en rajoutait et surjouait pour compenser. Je n'aime pas, mais alors pas du tout, les chanteurs qui gèrent mal leur respiration et QUI COUPENT AU MILIEU D'UN MOT. Passons...

Pour la mise en scène, ambiance Strindberg: belles lumières, intérieurs glacés, costumes XXe, beaucoup d'escaliers (sauf pour la chambre de la comtesse). Je n'ai pas détesté l'idée du rôle muet d'un Eros-Cupidon omniprésent. L'acteur n'était pas un enfant ou un ado, mais un adulte jeune (Tadzio plus âgé, pour reprendre l'image de R. Machard). Il entre à l'improviste par les fenêtres, surgit d'une porte, se glisse entre les personnages qui ne le voient pas, leur jette des sorts, des plumes, ou même une plume comme l'explique le critique du Monde).

L'autre idée majeure est la duplicité: dès le début Suzanne joue double jeu: elle accepte les baisers du comte à la dérobée, ne semble pas très heureuse d'épouser Figaro; la comtesse la voit échanger un baiser avec le comte dès le début, elle-même cède au désir face à Chérubin...
Bref cela va mal dans les couples, on l'aura compris, une vision pessimiste de la pièce. Au bord de la crise de nerfs.

Dernier point: je suis surpris de ne lire dans la critique du Monde aucun commentaire sur le chant des solistes. Il me semblait qu'on critiquait un opéra...
D'ailleurs j'ai été très surpris de lire certains aspects de la critique de Lucio Silla. Il y avait des remarques justes, mais il y avait un parti-pris très étonnant: des propos lapidaires et très discutables sur certains artistes que je ne partage pas du tout (ou comment casser quelqu'un en 3 mots), alors que des rôles importants n'étaient même pas commentés. Curieux, ces trous, ces oublis...

D'une manière générale je lis des propos parfois hautains et péremptoires ("ce n'est pas du niveau de Salzbourg") qui me laissent songeur...
Chacun sait que la critique musicale n'est pas une science exacte.

Avatar du membre
EdeB
Dossiers ODB
Messages : 3053
Enregistré le : 08 mars 2003, 00:00
Localisation : Ubi est JdeB ...

Message par EdeB » 28 juil. 2006, 09:56

Merci pour ce compte rendu, qui explicite un peu mieux la mise en scène... ce qe la critique du Monde ne fait pas, malgré son unique focalisation sur le travail drammaturgique !

Avatar du membre
meduse
Soprano
Soprano
Messages : 53
Enregistré le : 29 oct. 2004, 23:00

Message par meduse » 29 juil. 2006, 17:06

RuggeroRaimondi a écrit : La plus grande satisfaction, je ne m'y attendais pas, vient de Netrebko, au timbre superbe, à la diction parfaite (la meilleure diction italienne est celle de la chanteuse russe...) et elle possède une grande intelligence du texte.
et bien franchement, je n'ai pas du tout entendu la même chose que toi, une diction brouillonne et "pâteuse" , une prononciation de l'italien plutôt fade qui ôte toute saveur et musicalité à cette langue et du même coup toute finesse et toute espièglerie, tout "mordant" à cette Suzanne.
quant à la compréhension de son personnage, je suis plutôt dubitative. Suzanne c'est un peu Figaro au féminin, du tempérament, de l'astuce, de l'esprit. Moi quand je l'entends j'ai l'impression que c'est Juliette égarée dans un vaudeville! C'est trop sérieux, presque trop pesant alors que ça devrait être plus léger, plus sautillant, me semble-t-il.
Enfin comme on dit par chez moi, les goûts et les couleurs !

Avatar du membre
ziad
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 149
Enregistré le : 02 déc. 2005, 00:00

Message par ziad » 14 août 2006, 10:07

Netrebko s'est pliée à la mise en scène, où Suzanne n'est pas espiègle comme d'habitude mais déprimée, démotivée. Elle faisait souvent la grimace pour exprimer qu'elle était en désaccord avec ce qu'elle chantait. Elle succombait clairement aux charmes du Comte et du Chérubin (elle les embrassait sur la bouche) et n'était donc pas très convaincue de son amour pour Figaro. Dans ce genre de production, il n'est pas possible de chanter un Suzanne conforme à l'idée qu'on se fait traditionnellement de ce personnage.

Avatar du membre
meduse
Soprano
Soprano
Messages : 53
Enregistré le : 29 oct. 2004, 23:00

Message par meduse » 14 août 2006, 14:20

ziad a écrit :Netrebko s'est pliée à la mise en scène, où Suzanne n'est pas espiègle comme d'habitude mais déprimée, démotivée. Elle faisait souvent la grimace pour exprimer qu'elle était en désaccord avec ce qu'elle chantait. Elle succombait clairement aux charmes du Comte et du Chérubin (elle les embrassait sur la bouche) et n'était donc pas très convaincue de son amour pour Figaro. Dans ce genre de production, il n'est pas possible de chanter un Suzanne conforme à l'idée qu'on se fait traditionnellement de ce personnage.
Comme je n'ai pas vu le spectacle mais seulement entendu à la radio, je te remercie des précisions que tu viens de m'apporter.
Si j'ai bien compris cette Suzanne blasée serait davantage une idée du metteur en scène qu'un choix artistique de la chanteuse.
Simplement, il me semble que la mise en scène est censée plutôt éclairer le livret et la musique, et non les contredire, non ? En outre pour les chanteurs c'est la même chose, n'est-ce pas. Eux aussi sont censés respecter l'oeuvre du compositeur.
Pour moi cette Suzanne , c'est un contresens car rien dans l'écriture musicale ou le livret des noces (qui est par ailleurs mon opéra préféré, y a pas à dire, Mozart c'est le meilleur !! :Jumpy: ) ne laissent supposer que ce personnage est un être fragile, indécis et déprimé. Souvenons-nous qu'on a quand même affaire au personnage d'un "opera buffa" et que son portrait psychologique est aux antipodes de celui de la comtesse.

En fait on en revient toujours au même point, la véritable place du metteur en scène dans l'opéra. Est-ce que c'est l'oeuvre qui doit s'adapter à la vision du metteur en scène ou l'inverse.

valery
Ténor
Ténor
Messages : 873
Enregistré le : 13 mars 2003, 00:00

Message par valery » 16 août 2006, 09:03

Après les Nozze pessimistes façon Strindberg et La Flûte très colorée-conte pour enfant façon bande dessinée, Don Giovanni hier soir, une reprise de la mise en scène de Martin Kusej.
Bof: tout est blanc; les panneaux coulissent sans arrêt, le plateau tourne un peu trop (à donner le tourni), et que j'ouvre ici pour refermer là, bref, les machinistes n'ont pas arrêté de faire coulisser les éléments de décor.

L'avantage du blanc, c'est de pouvoir faire plein d'effets de lumières dessus. Je plonge la scène dans la pénombre, je la teinds en jaune, en bleu, éclairages blafard ou tamisé alternent. Quelques contre-jour réussis. Gros travail des éclairagistes.
Sinon, l'idée de faire venir régulièrement les jeunes femmes en slip, soutien-gorge et gants blancs, ne m'a pas paru des plus pertinentes.

Hampson, D'Arcangelo (très bien ce dernier), Schäfer (une donna Anna avec une voix de Zerlina?), Diener (il faudrait lui enlever les chaussures à talons, elle est assez grande comme cela!), Lloyd, Beczala, Pisaroni (bien aussi son Masetto), et une Zerlina (Bayrakdarian) au timbre désagréable.
Harding et le Philharmoniker.

Bref, on peut aimer cette esthétique chic et choc, papier glacé glamour, mais s'il y avait un Don Giovanni à voir cet été en Autriche, à mon sens c'est celui du Theater an der Wien qu'il fallait voir, bien plus riche en idées. Comme quoi avec moins de moyens et sans le prestige de Salzburg, on fait tout aussi bien, voire mieux.

J'ai eu honte pour une partie du public de Salzburg qui a applaudi au milieu de l'air du catalogue de Leporello. Je n'avais pas vu ça ni au Volksoper, ni au Staatsoper ni au Theater an der Wien.

Avatar du membre
ziad
Mezzo Soprano
Mezzo Soprano
Messages : 149
Enregistré le : 02 déc. 2005, 00:00

Message par ziad » 16 août 2006, 10:16

Tu as pu acheter facilement des places pas trop chères pour le festival ?

Répondre