La Festa cinese de Conforto (Montpellier 2005)

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JdeB
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La Festa cinese de Conforto (Montpellier 2005)

Message par JdeB » 27 août 2005, 17:51

Nicola Conforto (1718-1788)
LA FESTA CINESE
Sérénade musicale en un acte (1751)
Livret de Pietro Métastasio
Version concert
Marta Almajano (soprano) : Lisinga
Maria Grazia Schiavo (soprano) : Sivene
Lucia Cirillo (mezzo-soprano) : Silango
Silvia Tro Santafé (mezzo-soprano) : Tangia
Europa Galante
Fabio Biondi, direction et violon
Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon
Opéra comédie
Mardi 26 juillet 2005


Avons-nous assisté à la création mondiale de cette sérénade en ce 26 juillet 2005 à Montpellier comme l?indique le programme de salle ? On en doute vite en parcourant ce même programme où l?on peut lire, plus bas, que « L?opéra fut donné au Palais Royal d?Aranjuez le 30 mai 1751, avec une distribution exceptionnelle : Peruzzi, Castellini, Pieri et Manzuoli. Cette commande allait marquer pour Conforto le début d?une heureuse collaboration avec cette cour ». Peut-être a-t-on joué devant nous une version alternative ?

Nicola Conforto, compositeur napolitain d?abord voué au genre buffa, s?est imposé sur la scène lyrique européenne de son temps grâce au triomphe de son opera seria Antigona créé dans sa ville natale, au San Carlo, en 1750. Farinelli, retiré des scènes à cette époque et rentré au service du roi d'Espagne Ferdinand VI dont il est le conseiller musical, s?attache alors ses services, le fait venir à Madrid et lui confie la composition un opéra, Le Cinesi sur un livret de Métastase que Caldara avait déjà mis en musique à Vienne en 1735. Le « poète césaré » remanie l?occasion son texte initial et ajoute un quatrième personnage.

Cette ?uvre s?inscrit dans la vogue chinoise qui s?empare de l?Occident dès la fin du XVII ième siècle et culmine au siècle suivant où l?on orne les parcs de pagodes, les meubles, la vaisselle et les tissus de motifs « au Chinois ». Ce livret offre le canevas idéal pour mettre en valeur les dons polyvalents de Conforto car il ménage des contrastes habiles entre des affects et des situations variés. Unité de lieu, unité de temps, unité de but, certes, mais variété de tons et de genres.
L'action se déroule dans la demeure de Lisinga décorée dans le goût chinois. La maîtresse de maison y invite ses deux amies Sivene et Tangia à prendre le thé. Les trois femmes décident de faire du théâtre, "un art qui n'est commun qu'aux pays d'Europe", sous le regard curieux de Silango, le frère de Lisinga, posté derrière une porte entrouverte Lisinga, adepte de la tragédie antique, propose un monologue d'Andromaque. « No, d?ottenermi mai, barbaro, non sperar. / More Astianatte ; Andromaca perisca, Ma Pirro invan, ? »
Sivene se peint sous les traits d?une « innocente nymphe » qui observe une idylle pastorale entre la bergère Licoris et le pâtre Tirsis. Silango saisit l?occasion pour lui donner la réplique et endosse le rôle du berger amoureux. Tangia, qui a un penchant pour lui, s?irrite de la complicité qui le lie à Sivene et des compliments qu?il décerne à sa rivale. Elle prend la défense de la comédie "qui sait montrer les travers des hommes" et se lance dans un portrait caustique de l?infidèle sous les traits d? « un jeune bellâtre à peine rentré d?expédition »

Lisinga rappelle alors fort opportunément qu?il s?agit de célébrer la fête du « grand Fernando qui (?) donne ses lois au monde » et tous optent finalement pour un ballet encomiastique.

Le ch?ur final invite à sauter en farandoles, à chanter des airs entraînants et à laisser filer au vent les idées moroses.

Les solistes ne disposant que d'un seul air chacun, il n'est pas toujours aisé d'évaluer leurs qualités.
Maria Grazia Schiavo confère à Sivene la lumière de son timbre de soprano clair et une délicatesse de pastel à sa scène pastorale.
Lucia Cirillo charme par sa voix chaude et veloutée et par sa technique impeccable.
Marta Almajano fait merveille dans le monologue tragique "Il barbaro m'affretta alla scelta crudel" à la pureté de camée. Sans doute le moment le plus émouvant de la soirée
Enfin, Silvia Tro Santafé, la voix la plus sonore du plateau, campe superbement l?amoureuse piquée au vif qui assouvie sa vengeance à coup de piques verbales.
Fabio Biondi dirige cette sérénade avec l?allant maîtrisé qu?on lui connaît. C'est toujours un bonheur d'entendre une Europa galante des grands soirs, aux pupitres de cordes impeccables et incisifs dans les volutes de l'ensemble final, morceau de bravoure qui sera bissé.
La brièveté du concert - une petite heure, bis compris ? aurait sans doute permis de proposer une deuxième partie de soirée dévolue à un autre avatar musical du même livret. Plutôt que les Cinesi de Gluck (1754), déjà exhumés avec brio par Jacobs et Wernicke à Schwetzingen, Hambourg, Monte-Carlo et Strasbourg en 1987, avec disque et vidéo à la clé, ceux de Holzbauer (1756), compositeur déjà à l?honneur au festival. Ou pour explorer le versant français de la mode chinoise, la Mascarade du Roi de la Chine de Philidor l?Ainé présenté à Marly en 1700.

France-Musiques diffusera ce concert le 3 septembre prochain.

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Re: La Festa cinese de Conforto (Montpellier 2005)

Message par bajazet » 27 août 2005, 18:22

JdeB a écrit :Ou pour explorer le versant français de la mode chinoise, la Mascarade du Roi de la Chine de Philidor l?Ainé présenté à Marly en 1700.
Mon Dieu, ça, c'aurait été le top du top ! Vive le Cathay.
Merci pour ce compte rendu.

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