Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

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Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par HELENE ADAM » 01 août 2020, 15:58

Elektra

Richard Strauss
Livret de Hugo von Hofmannsthal d'après sa pièce de théâtre éponyme écrite en 1906, elle même issue de la tragédie Electre de Sophocle.
1909.

Festival de Salzbourg, été 2020, Première du 1er Aout retransmise en direct à 17h sur la chaine Mezzo (puis en différé sur ARTE Concert).
Nouvelle production.

Image

Franz Welser-Möst Direction musicale
Krzysztof Warlikowski Mise en scène
Małgorzata Szczęśniak Sets and Costumes

Avec
Tanja Ariane Baumgartner Klytämnestra
Ausrine Stundyte Elektra
Asmik Grigorian Chrysothemis
Michael Laurenz Aegisth
Derek Welton Orest
Tilmann Rönnebeck Orest's Tutor
Verity Wingate The Trainbearer
Valeriia Savinskaia The Confidante
Matthäus Schmidlechner A Young Servant
Jens Larsen An Old Servant
Sonja Šarić The Overseer
Bonita Hyman, Katie Coventry, Deniz Uzun, Sinéad Campbell-Wallace, Natalia Tanasii Maidservants


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Ernst Raffelsberger Chorus Master
Vienna Philharmonic
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par HELENE ADAM » 01 août 2020, 18:43

Je ne sais ce que cela donnait dans la salle du Felsenreitschule avec ses grands murs de pierre, mais en retransmission, cet Elektra mérite tous les éloges, pour sa distribution éblouissante (Notamment Ausrine Stundyte et Asmik Grigorian), l'efficace et émouvante direction d'acteur de Warli toujours aussi doué pour donner de la chair et du sang à une tragédie assez crue et très moderne dans la vision Hofmannsthalienne/Straussienne, et pour son décor très impressionnant. Belle direction musicale.
A voir ce soir en différé sur ARTE.
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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par micaela » 01 août 2020, 19:01

Musicalement, rien à redire.
Visuellement, ça en jetait (le décor), mais je trouve que Warlikowski se répète. La "cage" appartement (Don Carlo, Lady Macbeth), la coiffure façon Amy Winehouse (vu dans l'opéra de Händel , Il tempo di -je ne sais plus la suite). Mais c'était bien quand même. Avec une belle direction d'acteurs.
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par David-Opera » 01 août 2020, 21:06

Et vous n'avez pas vu la standing ovation à Salzbourg, la ville de Strauss. C'est autant un jalon majeur qu'un tournant pour toute l'équipe artistique de ce spectacle historique, et le mot n'est pas galvaudé.

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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par HELENE ADAM » 01 août 2020, 22:12

David-Opera a écrit :
01 août 2020, 21:06
Et vous n'avez pas vu la standing ovation à Salzbourg, la ville de Strauss. C'est autant un jalon majeur qu'un tournant pour toute l'équipe artistique de ce spectacle historique, et le mot n'est pas galvaudé.
Ben honnêtement, même en simple retransmission, nous avons eu exactement cette impression. Pourtant j'ai vu cet opéra de multiples fois, avec toutes sortes d'interprètes et de mises en scène. Je ne sais pas si le plaisir de revoir une vraie mise en scène qui suit de près les tensions de la tragédie, joue un rôle supérieur à d'habitude mais, j'ai été littéralement scotchée... :wink:
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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par HELENE ADAM » 02 août 2020, 09:12

Impressions plus détaillées après la retransmission.
L'opéra de Richard Strauss est un condensé musical à l'orchestration riche et complexe, une sorte de torrent d'instruments qui déferle par vague, dans une conception tout à la fois héritière du romantisme allemand et annonçant les formes plus complexes de la composition musicale du 20ème siècle.
Plus que jamais le mariage entre l'écrivain poète Hofmannsthal et le compositeur de génie Strauss, prouve sa fonctionnalité extrême dans la beauté et la modernité des thèmes et des paroles d'une cruauté exacerbée, du chant qui épouse l'orchestre et réciproquement sans qu'on puisse jamais séparer l'un de l'autre. Avec Die Frau Ohne Schatten, on atteint là une sorte de perfection qui se regarde et s'écoute sans temps mort et dont Warlikowski a respecté scrupuleusement l'enroulement dramatique de la fatalité des Atrides.
Pour condenser son propos et sa lecture, il met d'ailleurs en scène une Clytemnestre hagarde, aux mains ensanglantées qui, dans un Prologue, raconte son crime, le meurtre de son époux Agamemnon et rappelle les raisons de sa haine meurtrière, le sacrifice d'Iphigénie. On voit également un Agamemnon au front troué et sanglant qui entre et traverse la scène comme un fantôme tandis qu'Elektra chante sa soif de vengeance et l'amour de son père assassiné.
Elektra, tragédie rapide, serrée, oppressante se situe dans un décor de thermes où coule une vraie rivière/piscine, et où les "accessoires" sont très réduits (la hache, un banc, des douches, une vidéo qui passe les éclairs d'un visuel d'électricité assez obsédant, puis le sang dégoulinant du meurtre et de temps en temps des scènes en noir et blancs comme celles d'un vieux film qui repasse le passé tragique) et où le jeu des lumières plongeant régulièrement la scène dans la pénombre avant de l'éclairer violemment, souvent en lumière carmin vive et sinistre tout à la fois. La "maison" des Atrides, celle où les deux soeurs sont enfermées et d'où Chrysotémis voudrait tellement s'enfuir pour vivre une vie normale tandis qu'Elektra nourrit sa et prépare sa vengeance, est symbolisée par un caisson aux contours rouges.
Image
On pourra rechercher toutes les références cinématographiques dont Warli s'est servi pour habiller ses personnages, d'une Elektra tout à fois décoiffée et échevelée comme elle se décrira elle même dans son fabuleux dialogue avec Oreste, en robe blanche de poupée, une Chrysothémis en tailleurs paillette court et sexy, une Clytemnestre aux allures de Cruella, des servantes type gouvernantes début de siècle, un Oreste au pull jacquard type Jean Marais, et j'en ai forcément loupé pas mal :wink:
Mais l'essentiel est comme toujours, une direction d'acteurs au cordeau, au millimètre, servie il est vrai par une équipe absolument formidable, et qui valorise à chaque minute les fascinants affrontement/dialogues/rencontres vocaux et scéniques entre Elektra et Chrysotémis, entre Elektra et Clytemnestre (quelle scène !), entre Elektra et Oreste.
Ausrine Stundyte, que nous avons vue récemment à Paris dans Lady Macbeth de Mzensk, mise en scène par le même Warlikowski, est une Elektra bouleversante : petite figure fermée, obstinée, obsédée, elle marche vers un destin qu'elle sait devoir accomplir quoiqu'elle arrive. Et elle déploie un art du chant toujours étonnant puisque dans une tension extrême où elle doit "passer" les torrents de décibels de l'orchestre, sa voir n'est jamais criarde, toujours parfaitement maitrisée, des graves aux aigus, sans qu'elle perde jamais le sens profond de ce qu'elle "dit" et exprime.
Mais la plus belle surprise (pour moi) vient du personnage de Chrysothémis parfois considéré comme assez secondaire et où l'on a pu entendre des sopranos en peine avec les aigus redoutables du rôle. Avec Asmik Grigorian on est dans l'excellence. La "soeur" qui rêve d'épouser un berger et d'avoir des enfants, bref une vie "normale" quoi... est magistralement campée et sans aucun doute, beaucoup plus valorisée qu'à l'habitude.
La Clytemnestre de Tanja Ariane Baumgartner a, elle aussi, des accents touchants, refusant finalement d'être réduite à la "femme à abattre" et défendant elle aussi la gravité de sa part de souffrance dans la tornade du destin des Atrides.
Image
Et ce sont des personnages féminins si humains qu'ils chargent la tragédie de plus d'émotion encore qu'à l'habitude d'autant, qu'exceptionnellement là aussi, nous avons un magnifique Oreste en la personne du baryton Derek Welton (Lear dans la reprise à Garnier l'an dernier), très impressionnant interprète d'un rôle parfois considéré lui aussi comme secondaire et qui prend toute sa place ici.
Evidemment malgré les distances physiques, les choeurs impressionnent tout comme le magnifique orchestre philharmonique de Vienne (qu'on retrouve avec plaisir après l'arrêt forcé pendant de longs mois) sous la direction très inspirée et très colorée de Franz Welser-Möst.
C'était peut-être un "festival" un peu spécial du fait de la crise et de l'annulation du programme prévu initialement, ce n'en était pas moins un événement digne du 100ème anniversaire...
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par micaela » 02 août 2020, 09:26

Pas très "Eternel retour" le pull d'Oreste, à mon avis…
Il y avait là une forte insistance sur la couleur rouge. Une idée bien exploitée d'ailleurs.
A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver

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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par Christopher » 02 août 2020, 11:52

Je n'ai regardé que le tout début et je me pose la question concernant le prologue donné devant le micro : est-ce qu'il fait partie de l'oeuvre ou bien est-ce un ajout de Warli ? Et ce décor il vous fait penser à quoi ? où place t il l'action ? On voit une piscine, une longue banquette, des douches, des serviettes ? Est ce un bain public ? Comment l'avez vous ressenti ?

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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par PlacidoCarrerotti » 02 août 2020, 13:14

Christopher a écrit :
02 août 2020, 11:52
Je n'ai regardé que le tout début et je me pose la question concernant le prologue donné devant le micro : est-ce qu'il fait partie de l'oeuvre ou bien est-ce un ajout de Warli ? Et ce décor il vous fait penser à quoi ? où place t il l'action ? On voit une piscine, une longue banquette, des douches, des serviettes ? Est ce un bain public ? Comment l'avez vous ressenti ?
Rajout de Warli. Dans l’interview au NY Times Warli dit que Klytounette doit expliquer au public que tout ça c’est pas sa faute et qu’elle a eu des malheurs dans sa jeunesse. C’est une sorte de dysneyisation de la société. La méchante marraine de la Belle au bois dormant n’est pas vraiment méchante (Maléfique avec Angelina Jolie), les sorcières sont des gentilles (Wicked, dérivé de Wizard of Oz)...

Je n’ai pas regardé la vidéo car j’attends de voir en vrai lundi prochain.
- J'ai fait mon chemin et ma fortune dans les arts.
- Vous les cultivez, monsieur ?
- Pas si bête! je les exploite !
(La Sirène, Auber & Scribe)

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Re: Elektra - Richard Strauss - Welser-Möst/Warlikowski - Salzburger Festspiele - 08/2020

Message par David-Opera » 02 août 2020, 13:42

Je crois plutôt que le texte est bien d'Hofmannsthal, mais est issu de sa pièce de théâtre 'Electre' écrite avant sa collaboration avec Strauss.
C'est un tour de force que d'avoir réussi à transformer Tanja Ariane Baumgartner en tragédienne.
Et personne ne moufte dans la salle malgré l'absence de musique à ce moment là.

Comme très souvent avec Warlikowski, il y a élargissement du propos littéraire en croisant les textes issus des mêmes auteurs ou d'auteurs ayant traité du même sujet.

Si l'on ne s'intéresse pas aux pièces classiques et au théâtre, dans la vie, et uniquement aux voix, il y a peu de chance de rentrer dans l'imaginaire de ce genre de spectacle, même s'il y a un aspect viscéral qui reste universel.

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