Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par HELENE ADAM » 08 déc. 2019, 22:59

Couple désormais mythique, littéralement fusionnel avec une vaillance et une intelligence musicale hors norme dans deux rôles incroyablement exigeants et complexes.
Un duo de 40 minutes à l'acte 2 où l'on est littéralement en état second.
Pas une défaillance, pas le moindre signe de fatigue, une maitrise des rôles parfaite, une interprétation musicale et scénique d'une extrême subtilité, un sens des nuances, du souffle, des colorations, des changements de style que personne d'autre n'atteint actuellement.
Il faut l'avoir vu en salle. Au moins une fois. En espérant que celle-ci ne sera pas la dernière.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par enrico75 » 09 déc. 2019, 08:57

HELENE ADAM a écrit :
08 déc. 2019, 22:59
Couple désormais mythique, littéralement fusionnel avec une vaillance et une intelligence musicale hors norme dans deux rôles incroyablement exigeants et complexes.
Un duo de 40 minutes à l'acte 2 où l'on est littéralement en état second.
Pas une défaillance, pas le moindre signe de fatigue, une maitrise des rôles parfaite, une interprétation musicale et scénique d'une extrême subtilité, un sens des nuances, du souffle, des colorations, des changements de style que personne d'autre n'atteint actuellement.
Il faut l'avoir vu en salle. Au moins une fois. En espérant que celle-ci ne sera pas la dernière.
Oui ,c'est exactement ça, il faut souligner l'impact physique de le voix de Stemme.
Aucune captation sonore ne pourra jamais rendre réellement un tel impact.
Le duo du 2ème acte nous a tous laissé groggy.
Il est vrai que Jerkunica a quelques difficultés dans les aigus mais le timbre est très beau et la ligne de chant magnifique.
PS une forte délégation d'Odb était présente sur place avec je pense tous la même réaction.

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par HELENE ADAM » 09 déc. 2019, 11:22

Le mieux est sans doute de ne pas s'étendre sur la mise en scène catastrophique de Graham Vick pour se concentrer sur le chant et la musique. Et lors de cette représentation, en salle en tous cas (je craindrai une retransmission avec gros plans qui gâcherait un peu la fête des sens), c'est tout à fait possible.
On mesure là le génie de Wagner quand orchestration, mélodies, voix des instruments et paroles sont déjà eux-même entremêlés pour faire sens à chaque mesure. Tristan und Isolde est sans doute son chef-d'oeuvre, sa composition la plus aboutie, proche de la totale perfection qui conduit si facilement à l'extase par le jeu obsessionnel de ces thèmes.

L'orchestre de l'opéra de Berlin s'y montre d'ailleurs d'un grand professionnalisme, respectant scrupuleusement et avec talent ces incessants et parfois presque imperceptibles changements de leitmotivs, de styles, alternant les moments héroïques et les moments lyriques, valorisant les solos (ah le cor anglais joué par Iveta Bachmanova, quelle merveille). On pourra peut-être reprocher à Runnicles, grand spécialiste de Wagner, d'être trop prévisible et de manquer parfois d'un peu d'élan, mais franchement, globalement, sans rechercher d'inutiles "effets", c'est un grand chef pour Tristan. Les tempi sont plutôt lents mais personnellement, j'aime bien cette interprétation un rien langoureuse de Tristan... les effets sur les spectateurs du philtre d'amour sont alors garantis :wink:
Mais évidemment et malgré les personnages que Vick veut leur faire incarner, ce sont les deux héros de la soirée les grands gagnants de ce formidable spectacle.
Nina Stemme d'abord, parce qu'elle est sans doute la plus étonnante dans cette manière bien à elle, qu'elle a d'être soprano dramatique, passant tranquillement toutes les difficultés de la partition, tout en gardant une légèreté et une jeunesse de la voix proprement sidérantes. Elle ne "hurle" jamais, ne semble jamais forcer sa voix, elle chante Wagner avec naturel, épousant toutes les évolutions de cette belle Isolde au travers des choix stylistiques qu'elle fait, du "piano" soudain avec un aigu forte divin, du diminuendo délicieux au crescendo glorieux, elle peut tout, elle ose tout, juste pour "traduire" en immenses émotions, l'interprétation d'un rôle dont elle comprend tout.
Intelligence musicale, intelligence de l'artiste aussi, qui sait, avec peu de gestes et peu d'expressions faciales, tout faire passer et nous bouleverser à chaque seconde de cette interminable partition.
Peu importe alors que Vick en fasse successivement une oie blanche (et rousse), rebelle (et droguée), se préparant à son fastueux mariage, puis une femme chic, hauts talons et veste lamé or, et pour finir une "mamie" âgée en charentaises, on s'en fout. On entend la voix divine de Stemme (qu'il faut entendre en salle, on ne vous le dira jamais assez, aucun enregistrement ne lui rend justice), on entend la belle Isolde et son amour fou.

Stephen Gould est un Tristan magnifique. Il était en grande forme vocale lui aussi, sans aucune baisse de régime dans ce rôle meurtrier, et son entente vocale et scénique (même minimaliste) avec Nina Stemme, est sublime.
Et c'est finalement incroyable de se dire qu'une salle entière peut rester suspendue aux performances de ces deux chanteurs pendant plus de 4 heures (de musique) sans manifester autre chose qu'une ferveur silencieuse mais perceptible.
Le sommet est sans doute atteint lors du duo de l'acte 2, plus de quarante minutes d'un échange amoureux dont la profondeur n'a jamais été égalée, et qui se termine par le magnifique "So stürben wir, um ungetrennt, ewig einig ohne End',ohn' Erwachen,ohn' Erbangen,namenlosin Lieb' umfangen,ganzuns selbst gegeben, der Liebe nur zu leben !" qui annonce le troisième acte (Ainsi nous mourrions....pour ne plus vivre que l'amour).
Pris par cette étrange fièvre qui s'empare du spectateur en les regardant tous les deux dans cette incroyable ferveur, on est presque agacé de l'interruption un peu brutale de Marke (et de Melot) du fait du choix de Vick de rallumer brutalement la lumière et de faire se rhabiller prestement les amoureux comme deux enfants pris en faute.
Bref passons.
Musicalement, l'acte 3 voit les performances vocales des deux héros se succéder et la mort de Tristan comme celle d'Isole sont de pures merveilles dont on voudrait qu'elles ne s'arrêtent jamais...

Concernant les autres rôles (forcément secondaires dans cet opus magistral à deux voix...), j'ai mis un peu de temps à "adopter" la Brangäne de Daniela Sintram que je trouvais un peu "verte" au début puis petit à petit, je me suis laissée entrainer par son style bien chanté et bien projeté, à la voix très jeune mais qui module bien et je l'ai trouvée excellente à l'acte 3.
J'aime bien la voix et le style du roi Marke (quelle jeune silhouette !) d'Ante Jerkunica aux graves magnifiques. Petite faiblesse dans les aigus c'est dommage mais dans l'ensemble c'est impressionnant.
Le Kurwenal de Martin Gantner a la voix assez abîmée (ce qui n'est pas nouveau...) mais son "métier" et sa longue expérience wagnérienne s'entendent dans le phrasé et l'engagement dans le rôle ce qui lui a valu une ovation appuyée.

Une "matinée" exceptionnelle qui s'est terminée par une longue standing ovation et la conviction que le couple Stemme/Gould n'a toujours pas son pareil.

Dommage que le DOB ne se paye pas une nouvelle mise en scène. Celle du Vick date de 2011 et elle est indigne.
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par Bernard C » 09 déc. 2019, 11:36

Ça fait quelques années que le couple Stemme/Gould n'a pas son pareil :wink:

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par HELENE ADAM » 09 déc. 2019, 11:40

Bernard C a écrit :
09 déc. 2019, 11:36
Ça fait quelques années que le couple Stemme/Gould n'a pas son pareil :wink:

Bernard
Ambiguité de ma phrase : je voulais dire parmi les chanteurs "actuels" de ces rôles (je ne compare pas à ceux du passé par exemple). J'ai modifié en "toujours" pour éviter l'impression fausse que pourrait avoir un lecteur non averti. Bien sûr que cela fait quelques années c'est pour cela qu'on essaie de ne pas les rater. Parce que la bonne question est quand même : jusques à quand ? ( :wink: )
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par Snobinart » 09 déc. 2019, 12:05

J'ajouterais deux choses à ce que tu écris Hélène. Stemme est surtout incomparable pour moi dans la coloration des mots : le dédain quand elle parle de Tristan valet (Was hältst du von dem Knechte : avec cet accent piquant sur ce dernier mot), l'abandon amoureux quand elle raconte qu'elle a lâché l'épée au moment où il l'a regardé dans les yeux (er sah mir in die Augen : chanté avec une douceur incomparable) etc. etc. on peut prendre toute les répliques d'Isolde et décrire comment elle interprète ou plutôt comment elle vit son personnage à chacune d'elle.
Surtout et je ne l'ai jamais vue et entendue comme ça à ce point, quand elle revient au III son "ach ich bin's" est le plus déchirant que je connaisse (même mes vieilles cires de 1952 ne rendent pas ça) et ce soir elle était hors d'elle pour le chanter. Quand elle arrive à la fin du monologue c'est de rage qu'elle écume contre Tristan qui la trahit une fois de plus "Nicht meine Klagendarf ich dir sagen?". Elle crache cette phrase et porte la main à la bouche ensuite comme si son sentiment l'avait dépassé elle-même. Elle ne le faisait pas la fois d'avant dans cette mise en scène, ni dans aucune des 4 autres où je l'ai vue. Tout cela dépasse, le chant et sa maîtrise sans pareille de ce rôle meurtrier. C'est maintenant une seconde peau qu'elle endosse sans mal et même mieux qu'elle fait vivre différemment à chaque représentation.

Et oui je n'en peux plus de cette mise en scène, mais au moins elle leur offre une direction d'acteur. C'est exaspérant dans ce que ça dit mais je pense que ça aide les interprètes à porter leur rôle. Plus que le rang de poireaux devant la fosse d'orchestre AMHA.

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par Snobinart » 09 déc. 2019, 12:09

HELENE ADAM a écrit :
09 déc. 2019, 11:40
Parce que la bonne question est quand même : jusques à quand ? ( :wink: )
Après hier soir, je n'ai pas d'inquiétude. Elle raccrochera ce rôle dans quelques années. Les Ring, Elektra et Farberin l'entretiennent. Paradoxalement, il n'y a pas tant d'écarts (ou pas si meurtriers que chez Strauss) et les quelques aigus vachards sont écrits dans le mouvement. Surtout il n'y a plus rien d'extrême au III pour elle. Je ne pense que pas que c'était la dernière (et si ça l'était, quelle dernière c'était !!!)

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Message par HELENE ADAM » 09 déc. 2019, 21:21

Snobinart a écrit :
09 déc. 2019, 12:09
HELENE ADAM a écrit :
09 déc. 2019, 11:40
Parce que la bonne question est quand même : jusques à quand ? ( :wink: )
Après hier soir, je n'ai pas d'inquiétude. Elle raccrochera ce rôle dans quelques années. Les Ring, Elektra et Farberin l'entretiennent. Paradoxalement, il n'y a pas tant d'écarts (ou pas si meurtriers que chez Strauss) et les quelques aigus vachards sont écrits dans le mouvement. Surtout il n'y a plus rien d'extrême au III pour elle. Je ne pense que pas que c'était la dernière (et si ça l'était, quelle dernière c'était !!!)
Je suis d'accord avec toi et mon interrogation ne venait pas du fait que sa prestation aurait senti la "fin de règne" du tout. Mais ne suivant pas toujours de très près la carrière de cette artiste très discrète le plus souvent, je me demandais si elle comptait chanter encore Isolde ou si elle passait plutôt à d'autres rôles qu'elle a commencé plus récemment (La teinturière, Kundry) voire d'autres encore.
(j'espère au contraire que si JK tente enfin T et I en entier, elle sera son Isolde... :wink: )
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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par Wim » 10 déc. 2019, 12:18

Encore une soirée mémorable, portée en premier lieu par une Nina Stemme qui donne l'impression qu'elle pourrait chanter Isolde chaque jour. Quelle immense artiste avec une voix plus saine que jamais. Absolument magique. J'espère qu'elle chantera Isolde pendant encore très longtemps.

Sur Gould, je ne m'étendrai pas trop parce que je sais que je suis très seul à ne pas trop l'aimer. Le timbre assez désagréable, les aigus en force, les petits écarts de justesse, je suis désolé mais je ne prends pas de plaisir à l'entendre (sauf dans son Tannhäuser cet été à Bayreuth où ça allait beaucoup mieux). Aussi, soyons sévères mais justes: sa performance au III était plutôt ennuyeuse, mal servie, il est vrai, par la mise en scène. Décidément je n'étais pas le seul parce que j'ai entendu un ronflement pas trop loin. Je ne pouvais attendre le moment du retour de Nina et quelle délivrance quand elle a recommencé à chanter. Inutile d'essayer de me convaincre: j'ai déjà eu des discussions interminables avec plusieurs amis qui adorent Gould...

Si je pense à ce que Vinke en a fait à Bayreuth cet été où il nous a emmené dans un tourbillon toujours plus hallucinant. Lui, il est vrai aussi, servi par une mes magique du III par Katarina Wagner.

Ceci dit, oui, sans la moindre hésitation, il faut avoir vu cette déesse wagnérienne qu'est Nina Stemme. On sort enivré de chacune de ses représentations et il faut plus de temps que d'habitude pour s'en remettre.

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Re: Wagner - Tristan und Isolde - Runnicles/Vick - DOB Berlin - 12/2019

Message par Snobinart » 10 déc. 2019, 14:02

Je ne sais pas comment était Vinke à Bayreuth mais en VC à Montpellier, il était à coté de ses chaussures au I et II, et excellent au III.

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