Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Paris & Bordeaux- 11/2019

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JdeB
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Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Paris & Bordeaux- 11/2019

Message par JdeB » 26 nov. 2019, 08:04

Direction musicale Marc Minkowski

Ariodante Marianne Crebassa
Ginevra Ana Maria Labin
Polinesso Yuriy Mynenko
Le Roi d’Ecosse James Platt
Dalinda Caroline Jestaedt
Lurcanio Valerio Contaldo
Odoardo Paco Garcia

Les Musiciens du Louvre
Chœur de l'Opéra National de Bordeaux

Bordeaux, Auditorium, le 28 novembre 2019

Chef d’oeuvre absolu, Ariodante (1735) est une œuvre-pivot dans l’évolution du style de Haendel qui intègre ici, 24 ans après ses débuts à Londres avec Rinaldo, à sa riche matière l’influence de l’opéra-ballet d’outre-manche. Il y renforce le rôle du chœur et desserre le carcan superbe de l’aria da capo au profit d’une structure plus fluide, ondoyante et novatrice au plus près des humeurs de l’âme, en fouillant comme jamais, avec une sensibilité étonnante et acérée, la vérité humaine de ses personnages dérivés de l’Arioste via la Ginevra de Salvi.

22 ans après s’être emparé de cet opéra en janvier 1997 à Poissy puis à Grenoble,Marc Minkowski revient en triomphateur sur ces terres d’Écosse et de haute chevalerie. C’est son intégrale discographique mirifique qui a fait chavirer Laurence Dessertine, maire de la partie de Bordeaux classée au patrimoine mondial par l’Unesco et présidente de « la régie personnalisée de l’Opéra national » de cette ville, celle qui a obtenu, contre forte partie, la nomination du grand chef parisien à la tête de cette belle maison il y a 3 ans.

Après Grenoble, Hambourg, Cologne et Paris, le concert de Bordeaux électrise avec une distribution superlative riche de découvertes réjouissantes.

Marc Minkowski nous tient en haleine pendant trois heures pleines de musique en maître de l’épique et des bleus des hautes âmes avec quelques moments volés à l’avancée de la grande clepsydre de nos vies où tout se suspend au souffle pur des solistes et des Musiciens du Louvre d’un panache impétueux et irrésistible.

Nouvel astre de la galaxie minkowskienne et qui lui doit tant, Marianne Crebassa se hisse ici au sommet de sa virtuosité expressive et trouve dans cette prise de rôle éclatante un nouveau triomphe et son bâton de maréchal de grande coloriste en un éblouissant camaïeu de noirs et d’oultre-grissaille jaillissante !

Après un début où la voix sonne un rien étriquée, Ana Maria Labin accède à une stature racinienne et à une ampleur ravageuses, altière dans ses trilles et claironnante d’aigus avec une diction au laser. Caroline Jestaedt dessine une Dalinda toute de fraicheur et de charme, sur toute la gamme de la féminité, avec un registre aigu gorgé de soleil. Valerio Contaldo étonne par sa maîtrise du chant ductile et de la vocalisation rapide. Yuriy Mynenko, au timbre lisse et à la virtuosité remarquable, affadit son Polinesso à force d’en gommer les aspérités et les cruautés curiales. James Platt campe un roi d’Écosse comme échappé d'un opéra de Glinka mais d'un beau relief et presque rompu à ce style.

Triomphe absolu pour soirée mémorable !

Jérôme Pesqué
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Re: Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Bordeaux- 11/2019

Message par lyricomaniaque » 27 nov. 2019, 18:23

Soirée de feu à l'Auditorium de Radio France hier soir. Dès le premier accord, qui résonne dans cette salle en bois de manière magique, le drame est planté : Marc Minkowski a encore frappé très fort avec une direction noirâtre, tragique, serrée, qui n'exclut aucun élan poétique mais ne ménage aucun temps mort, laissant plus d'une fois l'auditeur en apnée. Du théâtre, avant tout ! Marianne Crebassa est un Ariodante accompli, incroyable d'engagement émotionnel, avec un aplomb technique ébouriffant et une probité stylistique absolue, le tout avec une voix d'un ambigus comme on n'en entend que trop rarement dans ce répertoire, d'un grave profond à un aigu fulgurant. Une prise de rôle majeure qui permet de rêver : Rinaldo, Serse, Rugierro pour bientôt à Paris ? Autour d'elle, Mynenko fait ce qu'il peu avec sa voix de contre-ténor qui me semble un mauvais choix pour ce rôle particulièrement grave et dramatique. A l'inverse, James Platt compose un Roi-Sarastro de la plus belle eau, avec un air final à faire pleurer les pierres, messa di voce comprise. Ana Maria Labin possède la grammaire baroque, style et engagement émotionnel, surtout dans la fin du II et le III. Caroline Jestaedt, de son côté, a une voix plutôt frêle et qui manque de couleurs, mais se lance avec un abattage surprenant dans son "Neghittosi". Enfin Varlerio Contaldo donne vigueur et ligne à son Lurcanio. Les Musiciens du Louvre, enfin, sous l'amour de leur chef, vrombissent, sautent, pleurent, éclatent, dans un élan irrésistible. Une soirée portée au sommet par le tandem Minkowski-Crebassa.

meteosat
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Re: Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Bordeaux- 11/2019

Message par meteosat » 27 nov. 2019, 20:21

Immense soirée en effet. Crebassa m'a bluffé, j'ai adoré Ana Maria Labin.

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Re: Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Bordeaux- 11/2019

Message par JdeB » 01 déc. 2019, 11:29

je viens de publier ma critique en tête de ce fil
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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lyricomaniaque
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Re: Haendel- Ariodante- vc- Minkowski- Paris & Bordeaux- 11/2019

Message par lyricomaniaque » 02 déc. 2019, 17:41

Ah, si Minkowski avait pu bénéficier du Polinesso incomparable (et absolu !) de Christophe Dumaux... La soirée eût été parfaite !

Le chef soutient tellement l'attention que les coupures opérées par Christie à la Philharmonie, qui m'avaient déjà paru à peu près inadmissibles au cours du concert, en deviennent juste saugrenues : avec un tel dramatisme, les trois heures de musique passent avec la fulgurante des passions mises à l'oeuvre : du très grand art !

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