Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

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Oylandoy
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Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par Oylandoy » 04 nov. 2019, 13:58

Ercole Amante
Hercule amoureux de FRANCESCO CAVALLI

Opéra en un prologue et cinq actes. Livret de Francesco Buti.
Créé à Paris (Tuileries) en 1662.

Direction musicale Raphaël Pichon
Mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq (Sociétaire de la Comédie Française)
Décors Laurent Peduzzi
Costumes et machines Vanessa Sannino
Lumières Christian Pinaud
Collaboration aux mouvements Rémi Boissy
Réalisation des marionnettes Carole Allemand, Sophie Coeffic, Valérie Lesort
Assistant mise en scène Olivier Podesta
Assistante scénographie Maïté Vauclin
Assistante costumes Peggy Sturm
Chef de chant Pierre Gallon

Ercole Nahuel di Pierro
Giunone Anna Bonitatibus
Dejanira Giuseppina Bridelli
Jole Francesca Aspromonte
Hyllo Krystian Adam
Pasithea Clerica, Terza Grazia, Secondo Pianeta Eugénie Lefebvre
Venere, Bellezza, Cinthia (prologo) Giulia Semenzato
Nettuno, Eutyro Luca Tittoto
Il Paggio Ray Chenez
Licco Dominique Visse
Prima Grazia Marie Planinsek
Seconda Grazia, Primo Pianeta Perrine Devillers
Terzo Pianeta Corinne Bahuaud
Prima Aura Olivier Coiffet
Seconda Aura, un Sacrificatore Renaud Brès
Ruscello, Busiride, un Sacrificatore Nicolas Brooymans
Un Sacrificatore Constantin Goubet
Danseurs Anna Beghelli, Rémi Boissy, Leslie Dzierla, Mikaël Fau, Florence Peyrard

Choeur et Orchestre Pygmalion
Nouvelle production Opéra Comique
Coproduction Château de Versailles Spectacles, Opéra National de Bordeaux

Présentation (Opéra-Comique) :
Hercule aime la jeune Iole mais il est l’époux de Déjanire. Iole est en outre aimée de leur fils Hyllus. De Vénus qui favorise l’amour, ou de Junon qui protège la fidélité, qui l’emportera ?
Hercule amoureux ou la force alliée à la séduction. On ne pouvait choisir sujet plus flatteur pour célébrer les noces du jeune Louis XIV avec l’infante d’Espagne. C’est afin de propager l’image d’une monarchie irrésistible que Mazarin mobilisa pour ce spectacle les meilleurs artistes transalpins. L’opéra était encore un art italien, et le prolifique Cavalli son meilleur représentant depuis la mort de Monteverdi.
L’œuvre mêle le gotha à la mythologie, les émotions aux phénomènes naturels et cosmiques. Le résultat, à la fois ballet de cour, pièce à machines et opéra, est fastueux et baroque à souhait. Chanté en italien, Ercole amante ne fut guère compris alors, mais il devait inspirer le jeune maître de ballet, un certain Lully…

Création
Cavalli, compositeur vénitien, qui avait déjà connu en Italie des succès flatteurs, en particulier avec son Xerse, fut pressenti par Mazarin, pour venir en France, y composer un opéra à l’occasion du mariage de Louis XIV et Marie Thérèse d’Espagne. Après s’être fait passablement tirer l’oreille puis avoir tendu celle-ci vers des espèces sonnantes et trébuchantes sans réplique, il finit par accepter et débarqua à Paris en 1660 accompagné de son librettiste.
Le choix se porta sur les aventures d’Hercule et Cavalli se mit au travail se pliant comme il put au style français de l‘époque déjà dominé par Lully : pièce en 5 actes, entrées de ballets, prologue dithyrambique, etc.
Malheureusement il se retrouva au centre d’une cabale de cour, dont l’âme fut Lully qui avait vite pressenti pour lui le danger de la situation et montra tout son talent dans ce domaine : l’entreprise fut proprement sabotée par des incidents continuels, retard dans les répétitions, dans les décors, etc, au point que Mazarin décida de faire jouer à la place, lors des festivités nuptiales, le Xerse qui avait connu un triomphe en Italie.
Fine mouche, Lully sembla laisser faire pour l’étonnement de tous : notre florentin avait vu juste. Etrangère à ce type de spectacle, ne comprenant pas la langue, l’intérêt de la cour faiblit rapidement fortement sapé également par la longueur de la représentation (6 heures et demi), et l’opération se solda par un échec mémorable.
Ercole Amante fut créé avec deux ans de retard, en 1662. Pour se conformer au goût français, des entrées et intermèdes dansés sur des musiques de Isaac de Benserade et Jean-Baptiste Lully furent ajoutés, principalement à la fin des actes. Le roi lui-même participa à ces passages dansés. Ercole amante fut le spectacle le plus grandiose conçu en Europe en ces temps avec une contribution riche du chœur et de l’orchestre. Une machinerie complexe, comprenant autre autres un bras mécanique, permettait le déplacement de plus de 50 danseurs et danseuses.
La réception de l’opéra par le public fut plutôt négative, les dimensions de la salle des Machines ne fournissaient pas une bonne acoustique et la cour française n’était que peu intéressée par ce type de spectacle. De plus, le livret était en langue italienne que la cour comprenait peu.

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Représentation du 6 novembre 2019
Il valait mieux avoir gardé une âme d’enfant pour apprécier toutes les fantaisies créées par Valérie Lesort et Christian Hecq, et l’ambiance quasi féérique qui en découlait. Des monstres, marins et terrestres, une montgolfière, une femme-paon (Junon), une femme-fleur (Venus), des danseurs (superbes dans leur nage collective et synchronisée), des costumes délirants (mention pour les evzones bleus), un siège magique à la conduite extrêmement inappropriée, une traine de robe de plusieurs dizaines de mètres, un feu d’artifice final… Des entrées et sorties rythmées comme un ballet, avec une utilisation impressionnante des trappes ! Une gaieté communicative, une invention qui persiste pendant tout le spectacle (hormis peut-être le prologue, plutôt convenu) ont amusé le public nombreux (salle quasi pleine, contrairement à Bastille lundi dernier pour Don Carlo). Des décors agréables à regarder, très mobiles : des colonnes qui se déplacent, un palmier qui apparaît et disparaît, des plantes étranges qui fleurissent fort à propos, puis qui se fanent, des flots tumultueux…
Bref, un enchantement.

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La musique de Francesco Cavalli, sans être très variée, s’écoute avec un réel plaisir et s’adapte aux situations, qu’elle illustre judicieusement. Après un début un peu languissant, inquiétant pour une composition datant des débuts du baroque, avec des airs peu marqués, enchainés avec les récitatifs, donnant une impression de musique « continue », mais par la suite, Cavalli fait preuve d’une réelle inventivité, sans quitter le même style, finalement très reconnaissable. Les trois heures ne pèsent pas et la soirée reste entrainante.
A tout seigneur tout honneur, Nahuel di Pierro est rayonnant dans le rôle-titre, une voix sonore et puissante, au timbre agréable, fait preuve d’un abattage certain, et donne une grande présence au héros de la soirée. Anna Bonitatibus prête sa belle voix de mezzo à Junon (la femme-paon…) et déploie une belle énergie à défendre l’amour de Hyllus et Iole contre Hercule et à contrarier les plans de ce dernier. Giuseppina Bridelli campe une Déjanire dynamique bien décidée elle aussi à lutter contre les desseins de Hercule. Belle projection. Annoncée souffrante, Francesca Aspromonte interprète efficacement Iole, et sa voix ne trahit aucune indisposition. Belle voix également de Krystian Adam en Hyllus. Tout au long du spectacle, un duo comique participe à l’action, et la conduit souvent : le page de Ray Chenez (excellent !) et Dominique Visse en Lychas, qui n’a pas perdu sa vis comica bien connue. Très belle voix grave de Luca Tittoto en Neptune et Eutyrus.

L’ensemble Pygmalion (chœur et orchestre) est parfait et Raphaël Pichon génial (la gaieté et le dynamisme de la musique de Cavalli lui doivent sans aucun doute beaucoup !). Détail amusant : sollicité par Iole, le chef essaie vainement de réveiller Hercule en le hélant et demande alors à son orchestre un accord fort et fort faux. Effet garanti !

Jean Yves Courtiau

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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par HELENE ADAM » 04 nov. 2019, 14:22

Billets à moins 50% à vendre pour ce soir (voir les bons plans).
Juste une anecdote que beaucoup connaissent certainement ici concernant cet Ercole : l'oeuvre a été créée à la "salle des Machines" pour son inauguration. C'était une salle de spectacle dotée d'énormes machineries scéniques et de 4000 places, située entre le Louvre (coté "cour") et les Tuileries (côté "jardin") : c'est de là que viennent ces appellations concernant les deux côtés d'une scène.
La salle qui a servi notamment aux réunions de la Convention sous la Révolution, a brûlé dans l'incendie des Tuileries pendant la Commune de Paris.

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Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par Oylandoy » 04 nov. 2019, 14:33

La salle des machines était dans les Tuileries, non ? Entre la cour du Louvre et le jardin des Tuileries, donc.
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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par HELENE ADAM » 04 nov. 2019, 14:34

Oylandoy a écrit :
04 nov. 2019, 14:33
La salle des machines était dans les Tuileries, non ? Entre la cour du Louvre et le jardin des Tuileries, donc.
Oui c'est cela ! :wink:
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par paco » 04 nov. 2019, 14:57

HELENE ADAM a écrit :
04 nov. 2019, 14:22
Billets à moins 50% à vendre pour ce soir (voir les bons plans).
Ah ben voilà, ils ont atterri :D Ercole Amante est pour moi l'oeuvre la plus réussie de Cavalli, mais l'OC (tout comme Versailles) avait complètement perdu le sens des réalités au niveau des tarifs. A peine arrivé sur la page de réservation, je me suis enfui à toutes jambes, ils sont devenus fous :lol:
Là, à -50%, cela vaut le coup d'y revenir ...

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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par PlacidoCarrerotti » 04 nov. 2019, 16:14

HELENE ADAM a écrit :
04 nov. 2019, 14:34
Oylandoy a écrit :
04 nov. 2019, 14:33
La salle des machines était dans les Tuileries, non ? Entre la cour du Louvre et le jardin des Tuileries, donc.
Oui c'est cela ! :wink:
Quelle dommage que le projet de reconstruction soit tombé à l'eau avec la disparition de son promoteur.

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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par philipppe » 04 nov. 2019, 17:37

Qui était ce promoteur ? Est-ce vraiment dommage ?

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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par Oylandoy » 04 nov. 2019, 17:49

Druon. Mais avec un devis initial à 350 millions, je suis tranquille, la perspective ne risque rien...
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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par PlacidoCarrerotti » 04 nov. 2019, 18:12

Oylandoy a écrit :
04 nov. 2019, 17:49
Druon. Mais avec un devis initial à 350 millions, je suis tranquille, la perspective ne risque rien...
L'arrêt de l'association n'a rien à voir avec Druon :https://www.napoleon.org/magazine/revue ... pire-2009/

Quant à la perspective, elle aurait été au contraire rétablie, à partir de l'axe des Tuileries, alors qu'elle est biaisée à partir de l’esplanade de la Pyramide, décalée de 5°, du fait de la construction indépendante des Tuileries et du Louvre, qui suit l’inflexion de la rive droite de la Seine.

Mais bon, c'est fini tous ces projets.
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Re: Cavalli - Ercole Amante - Pichon / Lesort-Hecq - Opéra-Comique - 11/2019

Message par paco » 04 nov. 2019, 19:36

Il existe beaucoup de photos noir et blanc des Tuileries avant l'incendie et franchement je trouve que ce bâtiment ne faisait pas rêver : assez massif, fermé, pas très élégant. Personnellement je ne regrette pas du tout qu'il ait disparu et je ne trouve pas que sa reconstruction apporterait un "+" au site.

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