LES BORÉADES/Strasbourg

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LES BORÉADES/Strasbourg

Message par lyricomaniaque » 06 juil. 2005, 10:58

Je viens de perdre le post que j'avais mis 45 minutes à taper. Pardon pour les fautes qui vont suivre, mais là je n'ai plus envie de peaufiner ou de relire...

Petite remarque préparatoire : pour ce qui est des Boréades, je n'ai à mon actif que la connaissance de l'enregistrement Gardiner, des productions de Paris et de Lyon. Cela explique peut-être mon enthousiasme face à la représentation de lundi dernier - soir de l'ultime représentation de la série. Pardon à tous les spécialistes et les philologues !

J'ai tout d'abord trouvé Haïm magnifique. Pour ce qui est de la gestuelle, je ne la trouve ni hystérique, ni digne d'un cirque. Comparée à Minko, Harnoncourt, Jacobs, Rousset, Christie, elle n'est ni plus ni moins excentrique. Elle sourit à tous ses musiciens et sait les motiver. Elle vit avec la musique - ce que les chefs baroques nous ont habitués à voir. J'ai trouvée sa direction vraiment très réussie - avec au sommet de tout une sublime Entrée (Acte IV scène 4) qui fait venir les larmes aux yeux. les danses avaient la pulsation requise (excellente Contredanse conlusive du I) et, dans les grands airs ou les dialogues, j'ai retrouvé ce mélange de classicisme et de baroque, de retenue et d'éxubérance, de distance et de pathos que j'aime dans ce répertoire. Les instruments ont tous eu le loisir de ressortir de la trame orchestrale. Oui, les cuivres produisent des couacs, surtout dans l'ouverture - comme à Lyon. Cela dit, je me demande si, comme dans "Abscheulicher", il est possible d'entendre ces passages sans heurts... passons...Pour le reste, l'orchestre m'a paru en grande forme, plein de couleurs, de pugnacité et d'abandon. Quant aux variations évoquées dans un autre fil, elles m'ont semblées inventives, point trop extravangantes, équilibrées et, finalement, anecdotiques. À en lire certains ici, on avait l'impression d'assister à Lucia !!! Mais j'avoue que, n'ayant réalisé aucun doctorat en musicologie, l'ensemble m'a sans doute plu à cause de mes carences culturelles et intellectuelles.

Le plateau était excellent.

A.L.Sollied a effacé d'un coup d'un seul le souvenir pâlichon de la faiblarde Delunsch à Lyon et de Bonney à Paris - laquelle était toutefois plus qu'honorable le jour où j'y étais ; mais il semble qu'elle ait donné des représentations épouvantables. Certes, la diction est parfois un peu confuse, mais je préfère jeter un oeil aux surtitres plutôt que jouer au jeu du Mime avec Delusch !!! Ici, la voix est riche, dense, très bien conduite, capable de très belles colorations, de nuances réussies, et avec un phrasé qui impose le personnage. "Un horizon serein" fut conduit avec un abattage renversant ; le sublime "songe affreux" suivit une ligne exemplaire.

Face à une Alphise aussi présente, Agnew a forcément paru moins souverain qu'à Lyon - où il était meilleur qu'à Paris ! Quelques légères fêlures du timbre, et une projection juste un peu entamée n'ont cependant pas pesé bien lourd face à un tel art du mot, un tel sens de la ligne. Les irisations du timbre ne cessent de produire leur effet hypnotique, et la mine du chanteur ajoute encore au côté pathétique, nostalgique, presque automnal du personnage. "Lieux désolés" reste merveilleux ; "je cours fléchir" reste aussi aérien et ciselé ; ""Fuyez, reprenez vos chaînes" flamboie toujours autant. Et le finale demeure aussi émouvant !

Le reste de la distribution était d'un très bon niveau : épatant Thomas Dolié en Apollon et Adamas, très solide Cavallier en Borilée, un Foster Williams d'une présence ravageuse en Borée (sans tomber dans le vérisme de Naouri) ; Delphien Gillot composa une belle Sémire, à la voix pleine.

Seul Éric Laporte ne fut pas du tout à la hauteur de Calisis : la tessiture lui posa d'insurmontables problèmes qui se traduisirent en sauts d'émission désagréables, voire en accidents fâcheux. C'est une erreur patente et regrettable de distribution.

Les chorégraphies m'ont pleinement convaincu. La troupe de danseurs fut très impliquée et techniquement habile. L'occupation de l'espace et la gestuelle demandée aux danseurs m'ont semblées très en harmonie avec la musique - ou en dysharmonie subtilement calculée. Dès la chasse à l'homme initiale, les ballets ont occupé la place qui doit être la leur dans cette oeuvre : une place majeure ! J'ai beaucoup aime l'insertion d'Alphise et d'Abaris dans les chorégraphies (avec des portés étonnants de Paul Agnew !), ce qui ajoutait encore à la fusion musique/chant/danse. J'ai aussi beaucoup apprécié la dimension théâtrale de ces ballets - ainsi pas trop décrochés de l'action.

La mise en scène, enfin, semble avoir plus que gêné certains ODBiens, allant jusqu'à leur gâcher la soirée. J'ai pourtant trouvée que le monde du cirque (certes pas révolutionnaire dans l'opéra), avec ce qu'il a de naïf, mais aussi de sourire, d'aérien, d'enfantin, de gracieux, de léger correspondait bien à cette oeuvre - où l'ironie perce souvent, qui ne manque pas de sourire, de distance amusée. De plus, dans les moments émouvants, le dépouillement savait se faire prenant - le contraire du vide carsénien à Paris. Le jeu propre au monde du cirque n'exclut pas, en effet, la gravité.
La carte de la mise en abyme m'a semblée de surcroît vraiment bien adaptée à cette esthétique bigarée, et les jeux de lumières (avant-scène, fond de scène, cyclo, rideau blanc, rideau rouge, rideaux latéraux) comme les enchaînements m'ont parus réussis. Les belles idées n'ont pas manqué - comme cette Alphise grimée alla Masina dans La Strada qui se défait de ses oripeaux avant le finale et démaquille l'Auguste qu'est Abaris - clown triste, nostalgique, passif, incertain de sa force de séduction et de persuasion. En tout cas, les idées se traduisaient visuellement pour le spectateur - le contraire de certaines thèses qu'on peut lire dans des programmes de salle et qui n'ont aucune traduction scénique ! On peut tout à fait contester ces options. Mais au moins, voilà une équipe (chef, metteur en scène, déocrateur, chorégraphe) qui a beaucoup travaillé et qui propose une représentation cohérente ! En tout cas, à mes pauvres yeux de ramiste débutant.

À placer pour moi aux côtés de la Platée de Pelly.

J'aimerais à présent voir un Zoroastre (c'est sublime !) !!

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Re: LES BORÉADES/Strasbourg

Message par Clement » 06 juil. 2005, 11:08

lyricomaniaque a écrit : J'aimerais à présent voir un Zoroastre (c'est sublime !) !!
Va à Drottningholm ! dans le sublime slottsteater, cette année, outre la Capricciosa corretta (Martin y Soler) et un Mariveau, on donne (début Août) ZOROASTRE avec tout de même :

Dirigent ? Christophe Rousset
Regissör ? Pierre Audi
Koreograf ? Amir Hosseinpour
Scenograf ? Patrick Kinmonth
Ljussättare ? Peter van Praet

I rollerna:
Zoroastre ? Anders J. Dahlin
Amélite ? Sine Bundgaard
Érinice ? Anna Maria Panzarella
Céphie ? Ditte Andersen
Abramane ? Evgueniy Alexiev
Oromasès, Ariman ? Gérard Théruel
Zopire, La Vengeance ? Lars Arvidson
Narbanor ? Markus Schwartz

Drottningholmsteaterns dansare
Drottningholmsteaterns kör
Drottningholmsteaterns orkester

TyvÄrr, on m'a proposé d'y aller mais ça ne sera pas cette année... :(

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Message par lyricomaniaque » 06 juil. 2005, 11:32

Koreograf ? Amir Hosseinpour
Pitié ! J'ai donné avec l'affreux Rinaldo à Montpellier!!!!

De surcroît, Drottningholm c'est trop loin ET en Août je suis en Bretagne, alors...

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Message par Xavier » 06 juil. 2005, 11:44

lyricomaniaque a écrit :
Koreograf ? Amir Hosseinpour
Pitié ! J'ai donné avec l'affreux Rinaldo à Montpellier!!!!

De surcroît, Drottningholm c'est trop loin ET en Août je suis en Bretagne, alors...
Tu peux aller à Stockholm avec Ryanair pour 60 ? aller-et-retour (2h30 de vol). Le chateau de Drottingholm et son splendide théâtre se trouvent très près de la ville, on peut même y aller en bateau et se baigner dans le lac avant d'aller au spectacle (l'eau y est moins froide qu'en Bretagne :wink: )

X, agent touristique de la Suède à Paris

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Message par lyricomaniaque » 06 juil. 2005, 11:51

Et quelle est la destination (et le tarif tant qu'on y est) pour entendre ta distribution du Prophète ? (Enfin, moi j'y mettrais Zajick ET Podles en alternance, pour comparer ; j'aurais aussi tendance à confier Berthe à une Fleming bien encadrée, et Jonas à Florez, mais bon...) ??

Lyrico, ravi de constater que les meyerbeeriens jettent un oeil sur les compte-rendus ramistes tandis que ces derniers s'affairent à peaufiner leur distribution meyerbeerienne... :indian:

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Message par Clement » 06 juil. 2005, 12:01

Xavier a écrit : Tu peux aller à Stockholm avec Ryanair pour 60 ? aller-et-retour (2h30 de vol)

X, agent touristique de la Suède à Paris
En même temps il faut compter le temps d'aller à Beauvais en car, puis de Skavsta à Stockholm (à l'arrivée), environ 2h30 de voyage en plus. mais c'est pas cher, ça vaut vraimenrt le coup !!!

la balade en bâteau pour Drottningholm est superbe, mais on peut aussi y aller plus simplement et rapidement en transports en commun.

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Message par Gualtiero » 07 juil. 2005, 08:34

:D Je suis ravi que le spectacle t'ai plu !!
J'ai mis mes commentaires dans un post "fin de saison 2004/2005 ONR"
mais j'étais aussi enthousiaste que toi samedi en sortant avec une Haïm majestueuse... en plus les chanteurs étaient fatigués d'avoir enchainé A LA SUITE lundi/mardi/mercredi PUIS vendredi/Samedi... Agnew était vraiment sur sa réserve dans la première partie puis fabuleux après... je regrette qu'on ne comprenne rien à Solied...

Petite anecdote : Amour est arrivée à Mulhouse et à la générale sur un cheval et repartait dessus et non portée par les danseurs comme vu à Strasbourg... Le cheval étant tellement incontrolable et ayant fait ses besoins naturels sur scène lors de son court passage, est tout simplement passé à la trappe

JB

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