Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

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JdeB
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Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par JdeB » 04 mai 2015, 08:16

Hamlet d'Ambroise Thomas

chef d'orchestre Jean-Yves Ossonce
Metteur en scène Vincent Boussard
Décors Vincent Lemaire
Costumes Katia Duflot
Lumières Alessandro Carletti
Chef de choeur Aurore Marchand
~
Ophélie Patrizia Ciofi
Hamlet Jean-François Lapointe
La Reine Gertrude Géraldine Chauvet
Horatio Bernard Imbert
Claudius Nicolas Testé
Laërte Sébastien Guèze
Le spectre Patrick Bolleire
Marcellus Julien Dran
Horatio Bernard Imbert
Polonius Jean-Marie Delpas
1. fossoyeur Alain Herriau
2. fossoyeur Raphaël Bremard

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Avignon, le 6 mai 2015.



Rappelons tout d’abord les écarts que le livret de Barbier et Carré fait subir à son modèle shakespearien : Hamlet sacré roi in fine (sauf dans la version éphémère de Covent Garden en 1869 où il meurt), complicité de Gertrude dans le meurtre de son royal époux, suppression de la mort de Polonius, …Vincent Boussard a donc bien raison de proclamer qu’« aborder Thomas dans le regret de Shakespeare est stérile ».
La scénographie emprisonne le drame dans le « coin d’une pièce qu’on imagine monumentale (« Elseneur elyséen ? ») tout en jouant de tous les espaces périphériques, des loges d’avant-scène et du parterre même où Hamlet, par deux fois, fuit…
Surtout, elle confine le drame dans un monde sans ciel ni végétal où l’allusion à la nature ne se perçoit que par métonymie (la baignoire sabot de blanc immaculé pour l’eau, les feuilles de papier pour celle des arbres qui s’agglutinent sur la tombe d’Ophélie…), car dans ces années 1868 le symbolisme et le décadentisme prennent leur essor qui célèbrent l’artifice et la minéral.
Le tout menacé par les prémices d’une sorte de marée noire métaphorique, souillures de sang d’encre, qui vient lécher et éclabousser le bas des hauts murs du palais royal, comme une érosion au travail.
Rongées d’en bas, ces murailles sont aussi gangrénées largement de fissures et de failles superficielles sur leur vernis qui sont autant de minimes disjonctions du décor, d’impacts des violences de la Cour et de signes avant-coureurs des fêlures des âmes.
On pourrait faire de ce travail d’une rare acuité une analyse psychanalytique en songeant au concept lacanien du "stade du miroir," fondamental dans la construction de toute identité stable et durable.

Dans un tel contexte le Hamlet fort bien chantant, au timbre somptueux et au phrasé incisif de Jean-François Lapointe manque un peu de ce vague et de cet indécis, de ce flou crépusculaire qui caractérise ce personnage de fils en mal de père qui ne sait dévoiler son drame intime que par le biais du théâtre dans le théâtre. Il est trop sain, trop vif, trop viril, trop pugnace, trop bouillant, trop tranchant et trop carré pour incarner vraiment la dérive du fatidique prince de Danemark…Mais quelle présence, quelle leçon de chant, quel bonheur vocal il nous dispense !

Patrizia Ciofi bouleverse en apportant à Ophélie sa poésie délicate et fragile, presque friable, qui passe par un chant d’automne toujours sur la corde du funambule mais qui jamais ne se brise (malgré quelques scories) et qui cascade comme on tourbillonne vaguement dans une fête en larmes. Sur les réminiscences intempestives de la valse qui toujours la précipite vers son destin de dryade disjonctée, en de folles écumes de vocalises.

Géraldine Chauvet dessine une reine au profil de camée, au port altier et très maîtresse de ses émotions, femme fatale sans remords, d’une voix sensuelle et ferme mais à la diction qui parfois se relâche. Nicolas Testé, après des débuts un peu ternes, confère beaucoup de relief et d’humanité déchue au roi usurpateur confondu par la machination d’Hamlet.

Laërte jeune et fougueux, mais sous tension, Sébastien Guèze doit libérer son émission de ce qu’elle a de systématiquement forcée.

Les seconds rôles sont très bien tenus, avec une mention spéciale pour Raphaël Bremard, éclatant dans sa brève intervention de fossoyeur.

Le triomphe de cette soirée mémorable doit beaucoup à la direction ondoyante et pleine de sève, de couleurs et d’allant de JY Ossonce, d’une probité stylistique remarquable, à la tête de l’orchestre et des chœurs de la maison qu’on a rarement entendus à un tel niveau.

Qu’on a hâte maintenant de découvrir Le Caïd, Le Songe d’une nuit d’été ou Françoise de Rimini (et de revoir cette formidable production d’Hamlet à Marseille à la rentrée 2016, avec à nouveau, la fascinante Ophélie de Ciofi) !

Jérôme Pesqué
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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par raph13 » 04 mai 2015, 09:33

bibi21 a écrit :C'était un peu ambiance des mauvais jours à la Scala aujourd'hui à Avignon !!! Une sorte de cabale visant Patrizia Ciofi ! Elle a été huée lors de son premier air ! nos applaudissements et "brava" les ont couvertes !
Et puis lors du duo Hamlet / la Reine, lorsqu'il lui arrache la robe et qu'on voit sa jolie lingerie noire (volontairement un peu "put"), re ouh !!
J'ai pensé qu'il y aurait déferlement lorsqu'il y aurait l'air de la folie dans la baignoire ! et bien non ! juste un frémissement dans la salle ! ça a pu surprendre le public d'un dimanche après midi !!!

Ceci dit, Patrizia Ciofi (malgré ces évènements) a été extraordinaire dans l'air de la folie et a été ovationnée (sans aucune huée) !!!
Je dois dire que la mise en scène de la baignoire et plus réussie lorsqu'on est au parterre (mon cas à Marseille) que lorsqu'on est plus haut (ce jour à Avignon) : on la voit mieux disparaitre.

JF Lapointe a une belle voix mais - pour moi - est statique et il ne se dégage aucune émotion; ce qui est dommage pour le rôle d'Hamlet.
Un bon point pour la diction pour tous : on comprenait tout !
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Re: Thomas-Hamlet-Ossonce / Boussard-Avignon-05/2015

Message par amelita » 04 mai 2015, 09:47

Effectivement ambiance chaude au sens propre et figuré hier en matinée au petit bijou du théâtre d'Avignon où on est si proche des protagonistes chanteurs et musiciens.Hier on pouvait
se replacer au premier balcon sans problème après l'entracte ce qui m'a permis de suivre cette scene extraordinaire habitée par le jeu dramatique unique et la voix bouleversante de Patrizia Ciofi.
Sans elle cette scène serait sans doute risible compte tenu du seul élément de décor ( ce qui n'a pas manqué de se produire autour de moi) mais elle transforme cela en une sorte de féerie hallucinée si bien que sa silhouette d'elfe éphémère, son agilité vocale et gestuelle nous entraînent dans sa folie mortuaire ... la baignoire étant ainsi transfigurée. J'avais beaucoup aimé cet Hamlet à Marseille, Je l'ai adoré hier avec l'adaptation scénique plus intime et surtout un plateau vocal de premier plan. Joie de revoir les espoirs du lyrique si bien dans leurs rôles comme les jeunes Dran et Guèze et aussi de découvrir un Hamlet beaucoup plus nuancé et totalement romantique dans un jeu élégant. Si on a voulu en découdre avec vulgarité avec Patrizia Ciofi à la fin de son premier air on aura pu constater l'immense ovation qui a interrompu sa grande folie...Qui peut encore chanter, incarner avec sa propre fragilité Ophélie? Nous avons de la chance de l'avoir !
Les notes du metteur en scène Vincent Boussard dans le programme sont formidables et permettent de mieux situer cette mise en scène par rapport à Shakespeare et A. Thomas puis de mieux saisir la distance prise par ce mettrur en scène.

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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par muriel » 04 mai 2015, 10:17

Je me suis replacée au 1é rang du parterre... le jeu de Ciofi est absolument fascinant.
J'avais vu 2 représentations magnifiques à Marseille et hier j'ai adoré également.
Quel opéra merveilleux.

Distribution fabuleuse avec un Hamlet au sommet. Lapointe vocalement et physiquement impressionnant et élégant. Pas très amoureux, certes, mais une fin bouleversante. L'air du vin parfait avec des aigus rajoutés il me semble.
Extraordinaire scène de la folie d'Ophélie, largement ovationnée ("sei una stella Patrizia !").
Géraldine Chauvet que je découvrais , formidable Reine, au physique et à la voix superbes.
Nicolas Testé somptueux dans son dernier air.
Guèze un peu décevant. Très bon Bolleire dans le Spectre.
Diction merveilleuse pour tous . Pas besoin de sur-titres.

Orchestre très très beau, notamment solo de saxophone et solo de clarinette. Et aussi le trombone, le hautbois ....
Très bon choeur aussi, un peu trop fort au début.

Les musiciens de l'orchestre étaient assez amusés à la sortie de cette ambiance et du chahut.
A noter que le type a qui hué du 2è balcon a été copieusement lynché à l'entracte par ses voisines :wink:

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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par PlacidoCarrerotti » 04 mai 2015, 11:10

Merci pour ces impressions : quelle était la durée de la musique donnée ?
- J'ai fait mon chemin et ma fortune dans les arts.
- Vous les cultivez, monsieur ?
- Pas si bête! je les exploite !
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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par raph13 » 04 mai 2015, 11:21

Le spectacle dure environ 3h20 avec un entracte.
CR à suivre :)
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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par muriel » 04 mai 2015, 17:22

(entracte de 20 min)

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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par muriel » 04 mai 2015, 17:22

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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par Polyeucte » 05 mai 2015, 09:08

Oui, superbe représentation, superbe oeuvre et superbe production...

Mon seul point noir reste Guèze... j'ai beaucoup de mal avec la façon dont il chante.
Impressionné par Chauvet et Lapointe... et totalement marqué par Ciofi...

Grand découverte!
http://erikcarnets.fr/
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Re: Thomas - Hamlet - Ossonce/Boussard - Avignon - 05/2015

Message par JdeB » 05 mai 2015, 09:15

Polyeucte a écrit : Mon seul point noir reste Guèze... j'ai beaucoup de mal avec la façon dont il chante.
saurais-tu dire pourquoi ? Je croyais qu'il venait de résoudre ses problèmes techniques...
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