Halévy - Charles VI - Compiègne - 10/04/2005

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Xavier
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Message par Xavier » 11 avr. 2005, 16:38

C'est dire si Charles VI est un Grand opéra réussi ! Près de quatre heures de musique (16h15-20h40 avec 30 minutes d'entracte) avec un orphéon de garden party dirigé par un "chef" manifestement atteint d'hypotension, des choeurs dotés la prononciation à la Dario Moreno, un rôle titre sans l'ombre du soupçon du reste d'une voix, un premier rôle féminin (Odette) très moyenne et nous avons quand même était plusieurs à beaucoup aimer !

M. Halevy, vous avez accompli un exploit ! Outre Catherine et un nombre conséquent d'odébiens, était aussi à Compiegne un ami que j'y avais trainé, amateur d'opéra qui supporte, volontiers mais sans en réclamer, le Grand opéra. Eh bien même à lui ça a plu : en sortant, sur le chemin de la gare, il fredonnait le Chant national ! Comme disait à peu près Ernest Reyer : sortir du théâtre un morceau sur les lèvres, c'est la joie du public qui sort et l'espoir du public qui rentre.

A réver d'une reprise, à Compiegne ou ailleurs, avec un chef plus concerné (celui qui dirigeait Dinorah suffirait à notre bonheur), un rôle titre avec une voix (Mathieu Lecroart ferait très bien l'affaire), voire une chanteuse avec un peu plus d'étoffe qu'Anne sophie Schmidt, et encore, on peut transiger sur ce dernier point.

Je me suis cependant posé une petite question : qu'est-ce qu'il y a dans la partition au 3ième acte ? En effet, dans le second tableau, là où devrait se situer la grand scène impressionante (l'autodafé de Don Carlos, le couronnement du Prophète, etc.) on a eu droit à un choeur d'introduction, au climax (la renégation de Charles VI refusant de reconnaître Henri VI comme son successeur) et au finale. Il devait à l'origine s'y trouver aussi le ballet mais peut-être aussi une scène orchestrale et chorale un peu développée, comme dans La Juive dont la scène II du III est construit sur le même modèle.

X, plus halevyphile que jamais

valery
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Message par valery » 11 avr. 2005, 18:33

Faut-il souhaiter la sortie d'un témoignage CD ou DVD?
On ne sait plus que penser en vous lisant.
En tout cas, bravo à Compiègne la courageuse!

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Message par vincent » 11 avr. 2005, 19:08

valery a écrit :Faut-il souhaiter la sortie d'un témoignage CD ou DVD?
On ne sait plus que penser en vous lisant.
En tout cas, bravo à Compiègne la courageuse!
Le plaisir de la découverte d'une telle partition l'emporte largement sur toutes les réserves qui ont été faites (à juste titre). Sauf à espérer que l'opéra national le plus richement doté se penche un jour sur les titres qui ont fait son histoire...

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Lionel
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Message par Lionel » 11 avr. 2005, 20:24

Il y avait beaucoup d'anglais dans la salle qui devaient regarder d'un air amusé les vociférations françaises de son honneur national.

A la fin mon voisin m'a conté l'histoire de Waterloo : on était à deux doigts de les avoir, mais Grouchy n'est pas venu alors, vous comprenez, Blücher est venu et voilà, mais sinon, c'est sur on les avait !
J'ai eu le plaisir également de voir que ma voisine s'était enfin réveillée et que donc je la croyais morte comme bien d'autres à tort.

D'après ce que j'ai lu, Halévy n'ennuie pas...tout le monde ! Quelques rares passages sont beaux sans toutefois mériter l'eternité. Dommage, mais Halevy n'a pas de génie. Sa musique est convenue, banale. Elle est un décor, un accompagnement bien fade au silence . Elle est parfaite pour assaisonner la léthargie bourgeoise de l'époque quand même bien représentée à cette soirée. Heureusement que la moitié de la salle était invitée par la société générale.

L'orchestre était mou et inaudile... il n'y avait qu'un coup de timbale ou deux pour rappeler son existence. La partie orchestrale, de toute façon, n'a que peu d'intérêt... c'est de la musique de bar. Les seules moments qu'on pouvait lui accorder, c'était lorque tel instrument reprenait la fragile mélodie d'un fragment décomposé d'une ligne de chant. Avec ça on s'en sort bien avec quelques petites émotions, faut dire qu'on y était receptif, en 4 heures, la moindre modulation plus sensible est décuplée et arrive parfois à soulever un poil !

Quant au chant, c'est assez catastrophique et lamentable. Le goût français était donc à ce point fat et superficiel. On ne nous a pas gratifié d'un beau ballet, mais vu la mise en scène et la qualité orchestrale, valait mieux pas.
Biensur parmi ces longues heures, Halévy a réussit à piquer quelques idées chez ses contemporains, notamment dans l'ouverture qui fait penser à son homologue dans Zelmira. D'autres passages se tournent plus vers quelques compositeurs allemands. Mais dans l'ensemble il est resté fidèle à son style : ennuyeux.

L'effort est porté sur la diction. Pourquoi ? Parce que le chant est sacrifié. En fait il n'y a pas vraiment d'airs et la déclamation naturelle devient parfois mélodique. Ce sont les moments que je trouve réussi...mais on dirait que l'essai n'est pas marqué. ça du être assez dur de fabriquer un Grand Opéra, il ne faudrait pas demander qu'il soit beau en plus.
Aucun ensemble n'est admirable. D'ailleurs je n'en ai relevé qu'un qui ne soit pas à 90% à l'unisson. (Ah ! Harmonie et contrepoint , en France on ne vous connait point ! Non elle est restée avec Cadmos et contrepoint faisait les grands magasins Bd Haussman)

Les voix : Bravo à Lecroart. Quelle voix ! Quelle sonorité ! Quelle technique ! Oui, ça c'est une belle voix, bien travaillée, un chant bien executé. A quand un grand et beau rôle ?
Pour les autres je suis très réservé. Tout tirait. Comme un lifting trop forcé, on a l'impression que ça va peter à chaque mouvement. Charles VI s'en sort par son jeu parfois trop "asile psychiatrique à la Holywoodienne" mais au moins ça meuble, car la mise en scène ... euh enfin le truc servant de mise en scène ... c'était limite quand même.
Odette était ecrasée par l'orchestre c'est dire ... et pourtant le théatre était petit.
La reine a des parties bien perilleuses mais quand on vocalise, si ce n'est pas sur du chant, soit c'est de l'exercice, soit c'est du cirque. Là c'était du cirque, c'est pourquoi j'ai applaudi. La voix est rugueuse et apre. Cela convient surement à ce rôle.
Comparetti a un timbre spécial, il fait bien ses contre ut (PS : Catherine, si tu lis son interview sur ODB c'est à dire ici même , tu sauras combien il en chante de contre ut, même un contré ré bémol pour info !)
tout ça est quand même tiré et sec. Il ne faudrait pas s'enfermer dans des rôles français, il faut quand même chanter "naturellement" des fois...comme le gazoulli des oiseaux : fluide et leger.

Moi aussi, un air m'est resté sur les lèvres en sortant. Heureusement que le lecteur CD de ma voiture s'est mis en route au démarrage pour faire fuir ce refrain bien trop facile et convenu. En fait, le Français se caresse dans le sens du poil. C'est facile et après ça ronronne. On lui dit Perfide Albion, on va t'étriper (on s'abstient de le faire quand même...on se demande pourquoi) et le Français jubile.
Je ne sais pas si je dois qualifier ces airs d'hymne des bidochons ou de péan de bidasse ! J'obterai plus sur la bidasse vu les uniformes. C'est vrai que quand on voit les "Charlots en Espagne" on peut siffloter avec eux, mais ça vole pas haut !

Justement le petit soldat qui chante son siort de sentinelle est là pour nous le rappeler. Qu'il nous faire souffrir dans ses aigus. Le contraste avec son haut médium est saisissant qu'on dirait que son aigu est un son aphone ! Belle expérience en tout cas !

Les belles images que nous projetait en diapo. C'est bien, des fois je me croyais sur Arte sans le son ! J'ai particulièrement aimé celle ou un valeureux et pieux chevalier l'enfoncait dans le derrière de son ennemi... son pieu ! La vieille france endimanchée n'a semble t il pas relevé. Mais l'arrivée des bidasses qui ont manqué de se rouler une pelle a créé de l'émoi et des remous !

La mise en scène était à l'image de la musique et du chant en général : plate et fade.

A part ça je n'ai pas dormi, j'ai eu un moment de grande lutte au 2eme acte mais après le 1er entracte j'ai repris mes esprits. Remarque, si ça se termine tard, j'éviterai les bouchons sur le périph !

Merci Compiègne, Merci Monsieur gendre-jourdan. (ps : on a bien vu votre légion agraphée au mur, au fait vous y étiez à Waterloo ?)
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Alain
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Message par Alain » 11 avr. 2005, 20:31

Je partage avec vous tous le plaisir de la découverte de cet opéra totalement inconnu pour moi, c'est vrai qu'en sortant du théâtre, je n'arrêtais pas de fredonner l'hymne anti anglais.
J'ai été agréablement surpris par l'engagement d'Anne-Sophie Schmidt surtout près sa terne prestation dans Haÿdée.
Pareil pour Bruno Comparetti que j'ai trouvé en excellente forme vocale et scéniquement vraiment concerné par son rôle (son Lorédan m'avait un peu déçu).
Le seul bémol a été pour moi Armand Arapian bon acteur mais chanteur un peu décevant.
Le reste de la distribution ne mérite que des éloges.
Bravo aussi à Pierre Jourdan, il a réussi avec des moyens sobres et l'engagement de ses chanteurs à nous projeter complètement dans ce drame de l'histoire de France.
Je me pose maintenant la question, hormis la Juive et ce Charles VI, a-t'on des témoignages sonores d'autres opéras d'Halévy?

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benny
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Message par benny » 11 avr. 2005, 20:48

Je ne sais pas s'il y aura un DVD, mais la caméra a tout enregistré.
Presque 5 heures (dont 2 entractes), cela ne nous a même pas paru long !
Je ne retrouve pas les propos de "Catherine" (ODB) de ce matin, mais assez d'accord avec elle sur l'extinction de voix d'ARAPIAN, qui était heureusement un peu compensée par ses talents de mime et d'acteur.
Mention TB à Isabelle PHILIPPE, dans son rôle de la "méchante" Isabeau de Bavière, et à Bruno COMPARETTI (clin d'oeil) qui n'a pas failli dans la performance vocale qu'il nous annonçait. Pour répondre à Catherine, le nom du jeune deuxième ténor, c'est Mathias VIDAL, qui,semble-t'il chante depuis 1998. J'ai moins aimé Anne-Sophie SCHMIDT dans le rôle d'Odette pas vraiment à sa mesure, à mon goût.
Enfin il faut souligner l'excellente mise en scène et la performance d'une absence quasi totale de décors, remplacés par un diaporama permanent, qui évoquait suffisemment le contexte.
Pour ce qui est des costumes, comme nous l'avait annoncé Louyano (ODB), grande sobriété (sauf pour Isabeau) et suffisemment évocateurs.
Je ne terminerais pas sans applaudir un nouvelle fois l'orchestre Français Albéric Magnard dirigé par Miquel ORTEGA, et surtout le Choeur "Orféon Pamplonés", sans lequel ce spectacle n'aurait pas eu cette qualité; à signaler qu'il était composé de 30 chanteurs et 20 chanteuses (je les ai compté) pour 800 spectacteurs... Qui dit mieux !
Compiègne : Encore !

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Message par Xavier » 11 avr. 2005, 21:38

J'ai lu avec grand intérêt le message de Lionel. Outre qu'il est à conserver comme une mine permettant d'alimenter le fil "Ces phrases qui n'appellent pas de commentaire" (Halevy n'a pas de génie. Sa musique est convenue, banale.Soit...), je ne peux qu'admirer la capacité de certains d'entre nous à endurer quatre heures d'un vide aussi sidéral et de ne pas profiter d'un des deux entractes (le premier aurait dû suffire) pour prendre la tengeante. Et fissa !

Le lyricomane a des tendances masochistes. Enfin certains spécimens...

X

PS : La personne qui m'accompagnait et qui chantonnait l'"air de bidasse" e sortant n'est pas français et n'a pas fait l'armée. Il est donc a priori totalement hermétique à l'esprit cocardier. Comme quoi...

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Message par Lionel » 11 avr. 2005, 21:57

Si je n'étais pas resté, je n'aurai rien écrit. Peut être d'autres font autrement. Pas moi !
De plus aucune expérience n'est à rejeter. Genre masochiste j'ai fait pire : Péllas par exemple.
De plus je ne dis pas que c'était exécrable... juste ennuyeux et convenu avec quelques beaux passages ... donc rien qui vienne gâcher une soirée normale. Dieu sait si les bons spectacles sont rares. Cela n'empêche pas d'être exigent dans sa critique comme j'ai pu être élogieux pour des spectacles avec des défauts (voir mon fil sur Otello).
Beaucoup de compositeurs n'ont pas de génie et ont fait de la musique charmante, ou plaisante. De là à parler de vide sidéral ... il y a un gouffre voire un trou noir !
J'ai la critique dure mais le sens des nuances.
Quant à prendre la tangeante, c'est seulement dans la discipline mathématique que j'ai le courage de la prendre !
Xavier a écrit :PS : La personne qui m'accompagnait et qui chantonnait l'"air de bidasse" e sortant n'est pas français et n'a pas fait l'armée. Il est donc a priori totalement hermétique à l'esprit cocardier. Comme quoi...
il a peut être raté sa vocation ! :wink:
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Message par tuano » 11 avr. 2005, 22:02

benny a écrit :Je ne sais pas s'il y aura un DVD, mais la caméra a tout enregistré.
Quelle caméra ?

C'est étrange, Benny mais tu donnes l'impression de ne pas être un spectateur comme les autres. Je veux dire par là que tu as l'air de connaître personnellement des artistes de la production ou des membres du personnel du Théâtre Impérial.

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Message par benny » 11 avr. 2005, 22:13

Ma réponse à Tuano :
Peut-être suffit-t'il de regarder dans la salle pour voir la caméra, de bien observer les acteurs, et de lire tout simplement le programme vendu dans le hall.
Aisé pour les Compiègnois, la presse locale nous livre parfois les informations des coulisses.

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