Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/2013

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Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/2013

Message par dge » 15 nov. 2013, 09:25

Wagner : Die Walküre - opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Crée à Munich le 26 juin 1870

Direction musicale : Ingo Metzmacher
Mise en scène : Dieter Dorn
Décors et costumes : Jürgen Rose
Lumières : Tobias Löffler
Expression corporelle : Heinz Wanitschek
Dramaturgie : Hans-Joachim Ruckhäberle

Siegmund : Will Hartmann
Wotan : Tom Fox
Hunding : Günther GroissböckSieglinde : Michela Kaune
Fricka : Elena Zhidkova
Brünnhilde : Petra Lang
Gerhilde : Katja Levin
Ortlinde : Marion Ammann
Waltraute : Lucie Roche
Schwertleite : Ahlima Mhadi
Helwinge : Rena Harms
Siegrune : Stephanie Lauricella
Grimgerde : Suzanne Hendrix
Rossweisse : Laura Nykänen

Orchestre de la Suisse Romande



Représentation du 10 novembre 2013


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Die Walküre - 1er acte - Michaela Kaune (Sieglinde) et Will Hartmann (Siegmund)- crédit GTG / Carole Parodi



Le Grand Théâtre de Genève poursuit la réalisation de son cycle de L’Anneau du Nibelung commencé en mars dernier avec L’ Or du Rhin. On avait souligné alors l’excellent travail de Dieter Dorn qui avait fait une lecture très proche du livret, nous contant cette histoire de dieux, de géants et de nains « comme une histoire qu’il aurait racontée à ses enfants » avec un décor minimaliste et selon une narration proche d’une bande dessinée dont l’humour et la dérision n’étaient pas absents. Et tout cela fonctionnait à merveille.

Mais La Walkyrie voit l’irruption des humains dans la saga et l’on pouvait fort justement se demander si le concept du prologue trouverait un prolongement cohérent dans cette première journée du Ring. Le défi est parfaitement relevé et Dieter Dorn nous donne de cette Walkyrie une lecture d’une grande lisibilité. Comme dans le prologue, la fidélité au texte est totale et on ne peut que louer une approche qui en permanence fait sens. Un grand nombre de détails de l’action sont utilisés à des fins dramaturgiques alors que beaucoup de lectures venant en particulier du Regietheater les avaient enfouis sous des considérations diverses.


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Die Walküre - 2eme acte - Tom Fox (Wotan) - crédit GTG / Carole Parodi


Les décors de Jürgen Rose sont très simples et se veulent plus suggestifs que réalistes. Ce sont des planches de bois qui font figure de rochers, le cheval de Brünnhilde est une marionnette conçue spécialement et actionnée par des figurants et les flammes finales sont celles reproduites sur un immense rideau rouge qui s’élève du sol vers les cintres. Mais l’essentiel est ailleurs, il est dans une direction d’acteurs d’une extraordinaire efficacité. Le metteur en scène nous fait profiter de sa longue expérience du théâtre qu’il met au service d’une œuvre et d’un compositeur qu’il aime et on le se sent. Ce qui intéresse au plus haut point Dieter Dorn ce sont les caractérisation des personnages et leurs relations. Rarement on a vu Siegmund et Sieglinde se regarder avec autant d’intensité avant l’arrivée de Hunding ou Hunding manifester si brutalement à Siegmund que Sieglinde est sa propriété. Les confrontations de Wotan avec Fricka ou avec Brünnhilde sont aussi d’une très grande efficacité.
Le plan imaginé par Wotan pour faire se rencontrer les deux jumeaux est illustré dès le lever de rideau, alors que retentissent les premières mesures de l’orage : il entre et regarde si tout est en ordre avant de s’éclipser à l’arrivée de Siegmund. Au deuxième acte, pendant son monologue, des miroirs de dressent progressivement à côté de lui pour le renvoyer à lui même et à ses fautes et progressivement l’enfermeront dans un espace restreint et presque clos qui illustre d’une façon très puissante ses propos « Je ne veux plus qu’une seule chose…la fin ». Il se dévêt progressivement de ses manteaux. Le dieu est presque « nu ». La scène est d’une très grande force.
Seule petite réserve : si l’on s’amuse de voir l’attelage de Fricka composé d’hommes portant des têtes de béliers, on sera plus réticent sur une scène de chevauchée au troisième acte traitée avec trop de dérision : les hommes à tête de chevaux qui sautillent en portant les cadavres font plus penser à une revue de potaches de fin d’année. L’émotion de ce fait est bien estompée.


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Die Walküre - 3eme acte - Tom Fox (Wotan) et Petra Lang (Brünnhilde) - crédit GTG / Carole Parodi


Malheureusement le plateau vocal est un peu en deçà des attentes. Tom Fox incarne un Wotan résigné, conscient de la fin inéluctable des dieux, accablé par les exigences de Fricka mais sachant retrouver son autorité face à la désobéissance de Brünnhilde. Il en a la prestance physique Scéniquement l’engagement est admirable et l’on sent bien le travail fait avec le metteur en scène. Mais la voix manque d’aura, le timbre est souvent neutre, sans beaucoup de couleurs. La fatigue vocale est perceptible dans un Leb wohl que quelques engorgements privent de noblesse et d’émotion.
Will Hartmann n’a pas le format vocal de Siegmund. La voix est trop légère et l’absence de couleurs conduit à un chant uniforme manquant d’héroïsme dans Wälse, et de sensualité dans Winterstürme.
Sieglinde est un rôle aussi un peu lourd pour la voix de Michaela Kaune. Si la voix s’épanouit bien dans le registre aigu malgré quelques stridences, le bas medium et surtout le grave manquent de projection. Les deux jumeaux de ce fait nous donnent un premier acte manquant de passion dans le chant. Sa Sieglinde ne manque pas néanmoins de fragilité et d'émotion dans les deuxième et troisième actes.
Petra Lang a été annoncée souffrante au premier entracte et on mettra sur le compte de cette indisposition les aigus difficilement négociés de ses Hoïotoho meurtriers. Le rôle ne convient pas forcément très bien à sa tessiture et l’on note quelques instabilités entre les registres. Mais la voix est bien projetée, et on apprécie sa vaillance, son intelligence musicale et son engagement scénique.
Beauté du timbre, aisance sur toute la tessiture, la Fricka d’ Elena Zhidkova ne manque pas d’allure d’autant qu’elle sait donner au personnage toute son autorité et son intransigeance. Avec un timbre très sombre et une voix parfaitement projetée, Günther Groissböck compose un Hunding brutal et cynique de grand format.

Il faut souligner la très grande homogénéité du groupe des walkyries. On apprécie la fusion des timbres et un équilibre vocal parfait.

Comme dans L’Or du Rhin, Ingo Metzmacher donne une lecture très « chambriste », avec des tempi relativement rapides et un contrôle du volume de l’orchestre qu’il adapte au format des chanteurs. On apprécie le travail sur les couleurs et la mise en évidence de beaucoup de détails et il est dommage qu’en ce dimanche après-midi les cuivres de l’Orchestre de la Suisse Romande n’aient pas la précision et la justesse habituelles.



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Re: Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/201

Message par Musanne » 15 nov. 2013, 22:27

Merci pour ce CR détaillé. J'ai en général une préférence pour les mises en scène minimalistes, surtout dans une oeuvre comme la Walkyrie. Celle-ci semble intéressante.Il est dommage que le plateau vocal ne soit pas à la hauteur. Faut-il qu'on ait soit des chanteurs médiocres ou insuffisants dans une mise en scène réussie, soit de bons chanteurs dans une mise en scène nulle??
L'idée de Wotan présent au début du 1 pour bien montrer qu'il a tout préparé, que tout ce qui va suivre n'est pas dû au hasard, cette idée a déjà été utilisée mais je ne sais plus dans quelle production.

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Re: Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/201

Message par paco » 15 nov. 2013, 22:36

Merci pour ce CR. J'étais étonné de voir Will Hartmann distribué en Siegmund, je lis qu'effectivement ce n'est pas un rôle pour lui...

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Re: Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/201

Message par dge » 15 nov. 2013, 22:45

Musanne a écrit :Merci pour ce CR détaillé. J'ai en général une préférence pour les mises en scène minimalistes, surtout dans une oeuvre comme la Walkyrie. Celle-ci semble intéressante.Il est dommage que le plateau vocal ne soit pas à la hauteur. Faut-il qu'on ait soit des chanteurs médiocres ou insuffisants dans une mise en scène réussie, soit de bons chanteurs dans une mise en scène nulle??
L'idée de Wotan présent au début du 1 pour bien montrer qu'il a tout préparé, que tout ce qui va suivre n'est pas dû au hasard, cette idée a déjà été utilisée mais je ne sais plus dans quelle production.
Probablement. Chéreau avait aussi utilisé un miroir pour Wotan, mais Dorn ici en fait une utilisation plus aboutie.

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Re: Wagner - Die Walküre - Metzmacher/Dorn - Genève - 11/201

Message par Olric » 16 nov. 2013, 23:02

Musanne a écrit :L'idée de Wotan présent au début du 1 pour bien montrer qu'il a tout préparé, que tout ce qui va suivre n'est pas dû au hasard, cette idée a déjà été utilisée mais je ne sais plus dans quelle production.
Dans la ms de Willy Decker (Semperoper Dresde), qui date des années 2000, Wotan, quand il ne chante pas, est présent en observateur/inspirateur à certains moments, y compris dans le Crépuscule. L'idée, partant du texte, est celle de Wotan metteur en scène du drame (on peut même dire qu'il se manipule lui-même). On le voit en bord de coulisse ou sur l'avant-scène, assis dans des fauteuils identiques à ceux de la salle, il y a toute une rhétorique, sa présence muette s'articule avec sa présence chantée dans des mises en abymes successives. Decker développe-là une réflexion sur le metteur en scène en général, et sa responsabilité. Il y a tout ce que j'aime dans une ms du Ring : une connaissance du texte, sa métaphore, une vision dramatique d'ensemble. (et on nous parle d'un Krämer :roll: ).

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