Haendel - Agrippina - Jacobs - Pleyel - 14/05/13

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Haendel - Agrippina - Jacobs - Pleyel - 14/05/13

Message par Asvo » 16 mai 2013, 09:13

Akademie für Alte Musik Berlin - René Jacobs
Agrippina
mardi 14/05 2013 19:00

Akademie für Alte Musik Berlin
René Jacobs : direction
Alex Penda : Agrippina
Marcos Fink : Claudio
Sunhae Im : Poppea
Jennifer Rivera : Nerone
Bejun Mehta : Ottone
Christian Senn : Pallante
Dominique Visse : Narciso
Gyula Orendt : Lesbo




Une version "de concert"?

Que de théâtre dans une version de concert ! C'est ce que je retiendrai de cette Agrippina donnée ici à Pleyel, peu de temps après une série de représentations, en version scénique à Berlin.

Ici, point de décors, ni de costumes particuliers, mais ce que je commence à comprendre comme l'essence même du théâtre dans l'opéra baroque (je parle avec des pincettes en non-spécialiste) : des récitatifs superlatifs, combinés à des chanteurs/acteurs qui incarnent leur rôle de manière splendide. Personne n'a de partition bien sûr, et les chanteurs se déplacent sur scène, derrière l'orchestre, montent sur l'arrière-scène, se rapprochent, s'éloignent, etc. Un seul accessoire, une pomme que Poppée utilise pour séduire Néron. C'est au sortir d'un spectacle comme celui-ci qu'on se prend à réfléchir sur ce que doit être la mise en scène, si les symboles et l'accumulation de décors ne prennent pas parfois trop de place par rapport à la direction d'acteurs.

J'ai avant tout découvert une oeuvre, dont je connaissais simplement les plus beaux airs, mais qui dans son intégralité me plaît énormément, avec de superbes airs mais surtout des récitatifs très expressifs ! L'intrigue m'a beaucoup plu, sonnant un peu comme un "Poppée, le commencement". Retournements de situation passionnants, tourments intérieurs, tout y est pour savourer cette histoire.

Musicalement, mis à part quelques petites ombres, on a du très très bon.

René Jacobs avant tout, et son Akademie für Alte Musik Berlin sont parfaits : je ne connais pas trop Jacobs dans le baroque mais ai beaucoup écouté ses Mozart et aime retrouver cette sonorité acidulée très caractéristique ainsi que cette direction superbe, moins nerveuse et effrénée que ce qui se fait habituellement dans le baroque. Formidables récitatifs, avec un orchestre riche, un clavecin inventif et précis, de très beaux bois.

Côté chant, on commencera pas le plus anecdotique avec Dominique Visse qu'on est content de voir et dont la sympathie qu'il inspire combinée à l'importance de cet homme dans l'histoire de l'interprétation de la musique baroque font pardonner les horreurs vocales de la soirée... Christian Senn, incarnant le deuxième "bênet" dans l'opéra, s'en sort beaucoup mieux car aussi drôle et bien plus agréable à entendre que Visse. Enfin, dommage que Gyula Orendt n'ait pas un plus gros rôle, sa voix de basse brillante et à l'aise dans les vocalises m'ayant plu.

Le Claudio de Marcos Fink, s'il escamote quelques graves, convainc, incarnant très bien un empereur prétentieux, vieux séducteur trop porté sur la chose.

Je retiendrai davantage le couple Ottone/Poppea. Bejun Mehta que je ne connaissais que par son dernier récital et la captation d'Orlando a un timbre unique, qui me touche particulièrement. Le chant est très précis et parfaitement incarné, le rôle d'Ottone, le plus innocent de l'opéra, lui convient à merveille. Sa partenaire, Sunhae Im est une découverte pour moi. Au début surpris et agacé par les espèces de mouvements de gorge qu'elle a mis dans ses premières vocalises, j'ai peu à peu été bluffé par la virtuose, l'interprète et l'actrice.

Le Néron de Jennifer Rivera, un peu aigre parfois, se défend très bien cependant, notamment dans ce qui doit être un des airs les plus virtuoses de l'opéra, "Come nube che fugge dal vento". Peut-être paraît-elle plus fade que le reste de la distribution parce que l'incarnation du personnage y est moins convaincante.

Enfin, Alex Penda est royale. Sa voix très métallique incarne à merveille la fourberie d'Agrippine, passe sans problème les exigences techniques du rôle et parvient malgré le timbre qui n'a rien d'exceptionnel à convaincre pleinement.



Une soirée dont je retiendrai avant tout la prise de conscience de la puissance des récitatifs et qui me conforte dans l'affection que j'ai pour Jacobs et pour Mehta !

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Re: Haendel - Agrippina - Jacobs - Pleyel - 14/05/13

Message par meteosat » 16 mai 2013, 10:57

Tout à fait d'accord sur ce CR.

En revanche, l'Agrippina du TCE hier soir a été un carnage absolu, je n'ai tenu qu'un acte: execution orchestrale plus qu'hasardeuse (surtout le lendemain de l'Akademie für Alte Musik!), coupures nombreuses, chanteurs médiocres (sauf Ann Hallenberg).

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Re: Haendel - Agrippina - Jacobs - Pleyel - 14/05/13

Message par Thelxinoe » 16 mai 2013, 12:45

Asvo a écrit : Que de théâtre dans une version de concert ! C'est ce que je retiendrai de cette Agrippina donnée ici à Pleyel, peu de temps après une série de représentations, en version scénique à Berlin.

Ici, point de décors, ni de costumes particuliers, mais ce que je commence à comprendre comme l'essence même du théâtre dans l'opéra baroque (je parle avec des pincettes en non-spécialiste) : des récitatifs superlatifs, combinés à des chanteurs/acteurs qui incarnent leur rôle de manière splendide. Personne n'a de partition bien sûr, et les chanteurs se déplacent sur scène, derrière l'orchestre, montent sur l'arrière-scène, se rapprochent, s'éloignent, etc. Un seul accessoire, une pomme que Poppée utilise pour séduire Néron. C'est au sortir d'un spectacle comme celui-ci qu'on se prend à réfléchir sur ce que doit être la mise en scène, si les symboles et l'accumulation de décors ne prennent pas parfois trop de place par rapport à la direction d'acteurs.
Dans son Cosi au même endroit, Jacobs avait aussi dessiné (plus esquissé à l'époque) une "mise en scène" de sa version de concert. Il me semble que ca devient une sorte de signature, agréable et fraiche en passant.
Pour cette Agrippina, il y a un vrai travail, une vraie réflexion (certains musiciens sont aussi sollicités).
Le plateau est quand même majoritairement occupé par l'orchestre donc parfois, simulé ou pas, certains musiciens ont failli être bousculés par les chanteurs, ont du déplacer leurs chaises/pupitres etc.

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Re: Haendel - Agrippina - Jacobs - Pleyel - 14/05/13

Message par Asvo » 16 mai 2013, 13:47

Thelxinoe a écrit : Dans son Cosi au même endroit, Jacobs avait aussi dessiné (plus esquissé à l'époque) une "mise en scène" de sa version de concert.
Merci pour l'info, je ne savais pas si cette "mise en scène" était simplement un "reste" de ce qui avait été fait à Berlin ou si c'était quelque chose spécialement fait pour Pleyel.

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