Wagner - Das Rheingold - Metzmacher/Dorn - Genève - 03/2013

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Wagner - Das Rheingold - Metzmacher/Dorn - Genève - 03/2013

Message par dge » 18 mars 2013, 17:37

Wagner : Das Rheingold
Prologue en quatre scènes au festival scénique Der Ring des Nibelungen.
Livret du compositeur

Grand Théâtre de Genève – Mars 2013


Direction musicale : Ingo Metzmacher
Mise en scène : Dieter Dorn
Décors et costumes : Jürgen Rose
Lumières : Tobias Löffler
Expression corporelle : Heinz Wanitschek
Vidéo : Jana Schatz
Dramaturgie : Hans-Joachim Ruckhäberle

Wotan : Tom Fox
Donner : Thomas Oliemans
Froh : Christoph Strehl
Loge : Corby Welch
Fasolt : Alfred Reiter
Fafner : Steven Humes
Alberich : John Lundgren
Mime : Andreas Conrad
Fricka : Elena Zhidkova
Freia : Agneta Eichenholz
Erda : Maria Radner
Woglinde : Polina Pasztircsàk
Wellgunde : Stephanie Lauricella
Flosshilde : Laura Nykänen

Orchestre de la Suisse Romande


Représentation du 12 mars 2013


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Pour commémorer le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner, le Grand Théâtre de Genève s’est lancé dans l’aventure de monter un Ring sur deux saisons. Das Rheingold est donné en ce mois de mars 2013 et dans le courant de la saison 2013-2014 seront donnés séparément Die Walkure, Siegried puis le Götterdämmerung avant deux séries de représentations complètes du cycle en mai 2014. L’entreprise a été confiée au metteur en scène allemand Dieter Dorn et au chef d’orchestre Ingo Metzmacher.

Malgré ses 77 ans et la fréquentation de plusieurs opéras wagnériens (dont un superbe Fliegende Holländer à Bayreuth) Dieter Dorn ne s’était jamais confronté au Ring. Alors que, à la suite de la vision de Chéreau à Bayreuth qui situait l’action à l’ère post-industrielle, les metteurs en scènes essaient le plus souvent d’interroger le mythe et de lui trouver des résonances à nos problèmes contemporains qu’ils soient sociaux, politiques ou moraux, Dieter Dorn s’en tient à une lecture stricte du livret. Il le précise dans des interviews : « …nous avons décidé de partir d’une scène vide, de montrer avec des moyens théâtraux d’une grande simplicité – des podiums, des cartons, des tissus, des rideaux -, et de créer différents univers en laissant s’exprimer cette fable, sans y imposer notre interprétation ou nos obsessions ». Son idée est «de retourner à une naïveté narrative et esthétique, comme si l’on racontait l’opéra à des enfants ».


Au tout début du prélude, les Nornes roulent la grande sphère du monde sur une scène noire et vide et peu à peu le plateau se remplit d’une série d’accessoires. Dans la première scène le rocher autour duquel évoluent les filles du Rhin n’est qu’un amas de caisses de bois dans lesquelles elles se réfugient pour résister aux assauts amoureux d’Alberich. Pas de jeux de lumières ou de fumées pour figurer l’eau du Rhin , si ce n’est quelques ondines qui traversent la scène en roller. Et lorsque Alberich rampe pour aller voler l’or - une simple boule lumineuse translucide - on se dit que ce parti pris minimaliste va vite connaître des limites. Il n’en sera rien tant la direction d’acteurs est précise et fouillée.
La deuxième scène débute par un plateau a nouveau vide. Au fond, une tente dans laquelle campent les dieux en attendant que le Walhalla soit terminé. Ils en sortent masqués comme dans les tragédies grecques. Les costumes de Jurgen Rose, qui signe aussi les décors, sont très riches et disparates, un peu japonisants pour ceux de Donner et Froh. La scène du Niebelheim est particulièrement réussie : le plateau de scène s’élève pour montrer un univers de poutrelles métalliques où s’affairent des créatures cagoulées, tout de noir vêtues dans une quasi obscurité. Les transformations d’Alberich sont magnifiquement réussies grâce à un jeu de lumières et de miroirs et l’illusion de la disparition est totale. Le trésor n’est qu’un amas hétéroclite d’objets dorés de bazar (mais il y a aussi une épée qui ne peut qu’être Notung quand on connaît la suite de l’histoire). Lors de la dernière scène on regrette quand même une apparition d’Erda par un trou dans le plancher bien prosaïque. Après avoir tué Fasolt, Fafner récupère tout le trésor sauf l’épée dont s’empare Wotan. C’est dans une montgolfière dont la nacelle ressemble fort à une boîte en carton que les dieux partent prendre possession de leur nouvelle demeure, ce Walhalla que l’on ne verra que représenté sur un tableau brandi par Loge et auquel il mettra le feu quand la montgolfière s’élèvera. Un immense drap aux couleurs arc en ciel tombera alors des cintres…

L’aspect kitsch des décors est parfaitement assumé comme l’est une certaine distanciation avec les personnages qui permet de les peindre avec une pointe d’ironie. Et si scéniquement Dieter Dorn ne veut pas aller au delà du texte, la direction d’acteurs et l’impression que chaque personnage écoute ce qui lui est dit et réagit en conséquence lui redonne toute sa force.


La distribution réunie est d’une très grande homogénéité et il convient de souligner la performance théâtrale de tous les chanteurs réunis qui entrent à la perfection dans la vision du metteur en scène. S’il n’a sans doute pas toute la largeur de voix qui conviendrait, Tom Fox est un maître des dieux qui met beaucoup d’intelligence à montrer les contradictions du personnage. Joli timbre, voix très bien projetée, John Lundgren est un Alberich très bien chantant qui donne beaucoup de force à sa malédiction de l’anneau . Elena Zhidkova prête son beau mezzo à Fricka dont elle fait une très belle incarnation d’épouse un peu bourgeoise et déjantée. Corby Welch est un Loge cauteleux et roublard à souhait dont la présence scénique impressionne. Malgré des timbres un peu clairs, Alfred Reiter en Fasolt amoureux et Steven Humes en Fafner composent un couple de géants convaincant. Andreas Conrad est un excellent Mime que l’on espère réentendre dans Siegfried. Agneta Eichenholz est une belle Freia exprimant bien toute sa détresse ( et quelle souplesse pour se cacher dans une caisse en bois !). Avec une voix claire et un vibrato trop large, Maria Radner est une Erda manquant un peu d’aura. Bons Froh de Christof Strehl et Donner de Thomas Oliemans qui donne un He da !He do ! bien projeté. Polina Pasztircsàk, Stéphanie Lauricella, Laura Nikänen constituent un trio de filles du Rhin très homogène et aux voix bien différenciées.

En parfaite osmose avec le metteur en scène Ingo Metzmacher donne une lecture très claire de la partition où toute emphase est exclue. Les tempi sont relativement rapides et on est séduit par la lisibilité du travail leitmotivique même si parfois on aimerait un peu plus d’arrêtes et de contrastes. On en regrette d’autant plus quelques défaillances inhabituelles dans le pupitre des cuivres.

On sort de cette représentation sous le charme et on regrette presque que nos enfants ou petits enfants ne nous aient pas accompagnés. On en a presque oublié que ce Rheingold n’est qu’un prologue tant l’histoire qui nous a été contée l’a été comme une histoire en soi. Et l’on est alors impatient de savoir si le metteur en scène gardera le même ton pour nous conter les épisodes suivants de cette saga. Car cette fois il faudra qu’il s’occupe aussi des hommes absents de cette première journée, et ce sera un autre défi…

Vivement la saison 2 !

Gérard Ferrand


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