Wagner - Die Walküre - Nagano - vc - TCE 24/04/2012

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Bernard C
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Message par Bernard C » 25 avr. 2012, 10:09

Ce n'était n'était pas de la moquette de Dubai , c'était les rideaux en brocart d'un fripier de Gamla Stan

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dongio
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Message par dongio » 25 avr. 2012, 10:33

Eh bien je me place dans le camp des enthousiastes. Et j'étais aussi au 1er balcon.
Quand aurons nous entendu une telle Walkyrie à Paris, malgré les quelques scories que l'on aura pu y décrire? Quand aura-t-on entendu un tel orchestre avec une telle chaleur, une telle rondeur de son, un tel modelé des cordes et des bois? Cuivres plus prosaïques effectivement, avec couacs intermittents. Mais pas de quoi gâcher le plaisir. Percussions magnifiques et très présentes (version de concert?)
Je n'ai pas ressenti de baisses de tension dans la progression dramatique. On déplorera un manque de description narrative dans le prélude du I, là où Barenboïm et le West Eastern Divan Orchestra à Pleyel il y a quelques saisons avaient été hallucinants (et à ce jour pour moi inapprochés): le génie de décrire la neige, le vent, les pas crissant dans la neige. Hier, orchestre plus plat dans ces plages introductrices. Mais quand même, le reste ... Présence, puissance, soutien, tout (ou beaucoup) y étaient. Et l'engagement physique de Nagano dans cette musique était captivant. Difficile de comparer avec Jordan et l'ONP dont j'avais aussi beaucoup aimé la Walkyrie, même s'il manquait du drame passionnel au I. On était hier quand même à un niveau...
InouIe Fricka de Schuster effectivement, tant au plan de la caractérisation scénique que vocale. Remarquablement chantée et représentée en femme amoureuse bafouée , et non hurlée façon mégère, cette interprétation restera une référence vraie.
Sensationnelle Sieglinde de Kampe. On aura connu live des Sieglinde lumineuses (Mattila), féminines (Westbroek, Varady, Meier) ou charnelles (Norman). Kampe réussit la magie d'associer ces trois qualités. Dans une formidable forme vocale et une touchante composition scénique malgré le concert, elle offre une extraordinaire composition devant laquelle on ne peut que s'incliner.
Qui sait chanter, qui peut chanter Brunnhilde ainsi de nos jours? L'ahurissante présence , puissance, chaleur, rondeur vocale de Nina Stemme est renversante et l'on ne sait quoi admirer. La ligne vocale est constamment respectée à la lettre me semble -t-il, que cela soit du pianissimo parfait à l'aigu tellurique (sans oublier le trille osé et réussi). Je trouve personnellement le timbre chaud et riche , et ne me plaindrai que d'une placidité scénique ne suscitant pas l'enthousiasme que me procure la prestation vocale parfaite. Un départ de phrase anticipé et vite rattrapé au III face à Wotan ne défigure pas cette qualité de chant que peu savent avoir actuellement, et qui se situe haut dans la succession des Nilsson et Jones si admirées (pour d'autres qualités, même si complémentaires).
Ryan m'a peu intéressé au I. Jouant d'une voix de Heldentenor stentoresque mais peu sexy (timbre gris et impersonnel), le côté lyrique du rôle, si fondamental au I, n'est pas rendu et les débuts de phrase souvent rêches et éraillées. Un chanteur sans doute plus apte à rendre justice à Siegfried qu'à Siegmund. Très beaux "Wälse", puissants et longuement tenus. Très beau II par contre pour moi, alliant sensibilité et vocalité. Mais le point le plus faible de la distribution.
Agner remarquable de noirceur vocale, et de poids de présence. La comparaison avec Pape en concert (Barenboïm toujours) renvoie l'interprète dans les cordes. Il y manquait la haine suintante, le mépris rassis, et la crainte que Hunding inspire. Mais quel niveau vocal!
Mayer reste pour moi un formidable Wotan, déjà admiré à Bastille en son temps. Remarquable diseur, il accuse des baisses de tension dans l'interprétation parsemées ça et là qui sont compensées par des moments d'engagement scénique et vocal assez fascinants. Passionnante confrontation avec Brunnhilde et les Walkyries au III, adieux plus gris et prosaïques (mais quelle description de Loge par l'orchestre!)
Bonnes Walkyries (compliments à celle d'extrème droite (non, pas Marine) sur scène qui s'était fait la tête de Bette Midler et était très engagée, et frissons à la première Walkyrie (celle de l'extrème gauche (mais non...) qui terrorisée de voir sans doute tant de monde dans la salle, a piaillé sa première phrase, oublié la deuxième et s'est reprise ensuite)
Non mais quand même, quelle soirée! Quand y a -t-il eu un tel Wagner à Paris ces dernières années? Ne soyons pas pisse vinaigre et ne boudons pas le plaisir . Je revendique mon enthousiasme de hier, proche de celui ressenti au Tannhäuser première version (Ozawa à l'ONP)

houppelande
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Message par houppelande » 25 avr. 2012, 10:40

PlacidoCarrerotti a écrit :J’ai adoré la Fricka de Michaela Schuster : je n’avais jamais entendu / vu une interprétation aussi nuancée du rôle. Je dis bien « vu » car le regard qu’elle jette à Wotan à la fin de leur duo, où l’on sent cette tristesse d’un amour non partagé, c’était juste magnifique.
Oui, quelle fine "diseuse" et une véritable actrice en même temps que chanteuse. Une découverte pour moi. Une surprise d'autant plus agréable que son apparition sur scène est assez spectaculaire : elle a "une gueule" extraordinaire, qui, du premier balcon où j'étais aussi, me faisait penser à un mélange improbable entre Yvette Guilbert et une vieille actrice des années 30 !
PlacidoCarrerotti a écrit :Je ne sais pas quand elle a chanté pour la dernière fois à Dubaï, mais elle a dû laissé un sacré trou dans la moquette.
Il faut expliquer à ceux qui n'y étaient pas que Stemme portait effectivement une des robes les plus laides qu'on puisse voir sur scène, mais très dans les couleurs (gris terne et violet fatigué) et motifs (écrevisses stylisées) des canapés et couvre-lits de chez Ikea.

PlacidoCarrerotti a écrit :A ses réserves près, c’était une très belle soirée, mais je ne crois pas que ça valait un tel délire à la fin. D’un autre côté, beaucoup de wagnériens, même chevronnés, se révèlent peu exigeants sur les voix. Je me souviens d’une conversation avec une critique autrefois célèbre qui mettait sur le même pied James King et Peter Hofmann. Devant ma stupéfaction, elle avait répliqué « Oui mais vous l’auriez vu avec ses cheveux blonds, son torse nu !!! ». Ok, mamie, c’est bon.
Je m'explique mieux la proportion très élevée de mâles solitaires ou en troupes hier dans le public !

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Message par Bernard C » 25 avr. 2012, 13:21

houppelande a écrit :Je m'explique mieux la proportion très élevée de mâles solitaires ou en troupes hier dans le public !
heu , moi j'étais surtout entouré de vieux ( "wagnériens" incontestablement ), ils ont su apprécier la montée a capella du 3III de Brünnhilde , à partir de ce "war" grave et profond !.

C'est dans ce passage de la honte et la maitrise de ces intervalles redoutables que N. Stemme est aujourd'hui incomparable

Je suis en désacord total avec Placido . S'il y a une chose singulière et admirable chez Nina Stemme c'est la maitrise absolue de ces registres .

Il est dommage de ne pas disposer d'enregistrement pour en apporter la démonstration sur pièce .
C'est à cet endroit précis qu'une comparaison pertinente peut être faite avec sa compatriote B. Nilsson Et c'est encore plus flagrant dans le Götterdämmerung , mais c'est une autre histoire .

Enfin je l'ai dit , je comprends la déception des uns et des autres sur le peu d'expressivité démonstrative de Stemme : certes elle avait besoin de la partition ( elle ne chante pas , je l'ai dit ce rôle depuis longtemps et elle n'est pas reprogrammée il me semble dans la 1ère journée ) , et puis ( mais j'étais à 3 m ) il faut voir comment la musique entre dans son corps . Alors la musique , pas le jeu dramatique .Et là aussi elle m'évoque de façon étonnante Nilsson . C'était très frappant de voir comment Nilsson subissait une métamorphose musculaire ,par exemple dans la mort d'Isolde . On voyait le cou , la gorge , le pharynx se mettre en situation , laisser entrer la musique et le personnage , avec un rehaut de la poitrine , un regard qui se fige et qui entre à l'intérieur de soi .
J'étais assis exactement au même endroit lors du dernier récital de Nilsson à Paris et cette capacité à se retirer du monde environnant pour être transfiguré est un point commun de ces grandes chanteuses wagnériennes.

Chez N. Stemme , les yeux se figent et s'exorbitent un peu , comme possédée . Nilsson subissait aussi une métamorphose de cette sorte un peu inquiétante .

ça va au delà de la mise en tension musculaire nécessaire aux grandes puissances .

Bernard

j'étais dans la proximité immédiate de cette chère Juliette Greco ( je sais que nombreux ici apprécient ce genre de détail qui me laisse de marbre :) )

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Message par Piem67 » 25 avr. 2012, 13:29

PlacidoCarrerotti a écrit :Lance Ryan a dû être un Siegmund fabuleux il y a quelques années, le timbre est clair, l’aigu triomphal, mais la voix est quand même usée, avec des instabilités un peu gênantes, des aboiements sur certaines notes. Mais là encore, quelle intelligence du texte, quel sens de la nuance : les moyens n’y sont pas toujours mais son interprétation est beaucoup plus complète que la moyenne.
Je confirme, Lance Ryan a été un Siegfried fabuleux, d'une insolente jeunesse et santé vocale lors du Ring strasbourgeois des ces dernières années. L'ayant réentendu plus récemment, j'ai bien peur qu'en effet la voix ait quelques faiblesses aujourd'hui. Reste l'intelligence du chanteur en effet.
PlacidoCarrerotti a écrit : Nina Stemme : je ne participe pas à l’enthousiasme général. Je veux bien admettre que c’est la plus grosse voix wagnérienne actuelle, mais elle manque de largeur dans le bas medium et dans le grave (je songe à Rysanek qui avait une homogénéité complète sur tout le registre). Je trouve le timbre un peu banal, mais c’est une question de goût. Je ne suis pas non plus captivé par son interprétation, que je trouve assez plate.
Je suis surpris des critiques sur la voix de Stemme. Bon, je n'étais pas au TCE mais l'ai entendue il y a un mois dans "Ariadne auf Naxos" où elle était somptueuse.
PLutôt que de la comparer à Ryzanek ou Nilsson (vraiment pas le même genre de voix), je la comparerais à Flagstad dont elle a la largeur de voix, la somptuosité du timbre, la crane assurance dans les aigus et un magnifique grave. Surtout, une tragédienne incomparable (le monologue d'entrée d'Ariadne, c'était quelque chose et à mille coudées de la peu concernée Mrs Fleming entendue dans le même rôle une semaine auparavant). Mais sans doute a-t-elle besoin de la mise en scène pour être un personnage (n'empêche qu'en récital, c'est tout aussi bon...).

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Message par PlacidoCarrerotti » 25 avr. 2012, 13:50

quetzal a écrit :
Je suis en désacord total avec Placido . S'il y a une chose singulière et admirable chez Nina Stemme c'est la maitrise absolue de ces registres .
J’ai déjà entendu plusieurs fois Stemme : le grave et le bas medium ne sont pas du tout autant projetés que le reste. Bien sur, ce manque d’homogénéité est moins flagrant quand on est dans les premiers rangs, mais dès qu’on s’éloigne ou que la salle est grande, c’est assez évident.

Pour répondre à une question précédente « avez-vous déjà entendu une meilleure Brûnnhilde », je répondrais « assurément oui ! » : Marton en concert à Pleyel, Jones sur scène au Met …

Pour moi Stemme est plus sonore que Gasteen ou Eaglen, mais je préfère le charnu de celles-ci. Elle me semble moins sonore que Schnaut ou Polaski, mais avec une voix autrement plus belle.

En revanche, je la place largement devant Behrens, Dalayman, Watson, Haas sans parler de Vinzing.


Mais ça n'empêche pas que c'était une grande soirée :Jumpy:
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Message par dongio » 25 avr. 2012, 14:17

PlacidoCarrerotti a écrit :
quetzal a écrit :
Je suis en désacord total avec Placido . S'il y a une chose singulière et admirable chez Nina Stemme c'est la maitrise absolue de ces registres .
Pour répondre à une question précédente « avez-vous déjà entendu une meilleure Brûnnhilde », je répondrais « assurément oui ! » : Marton en concert à Pleyel, Jones sur scène au Met …




C'est vrai que Marton à Pleyel dans ce Ring en concert c'était quelque chose. Et Idem pour Jones...
Mais au même niveau Stemme pour moi.

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Message par Alain_B » 25 avr. 2012, 15:10

Intéressant cette question d'homogénéité. moi c'est exactement l'argument inverse que donnerais : j'ai trouvé que du point de vue du timbre, je ne remarquais aucune différence entre son grave, son medium et son aigu. Le contre exemple pour moi étant Voigt au Met récemment.

Qu'après le grave d'une soprano se projette moins que son aigu, je trouve cela normal.

Je n'ai pas en live les références prestigieuses citées plus haut, à part Polaski en concert, et là je trouve vraiment qu'il n'y a pas de comparaison.

En tout cas c'est la meilleure Brünnhilde que j'ai entendue et de loin

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Message par Piem67 » 25 avr. 2012, 15:23

Alain_B a écrit :Intéressant cette question d'homogénéité. moi c'est exactement l'argument inverse que donnerais : j'ai trouvé que du point de vue du timbre, je ne remarquais aucune différence entre son grave, son medium et son aigu. Le contre exemple pour moi étant Voigt au Met récemment.

Qu'après le grave d'une soprano se projette moins que son aigu, je trouve cela normal.
Entièrement d'accord là-dessus, je trouve que Stemme affiche une très bonne homogénéité sur toute la tessiture...

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Message par PlacidoCarrerotti » 25 avr. 2012, 15:25

Alain_B a écrit :Intéressant cette question d'homogénéité. moi c'est exactement l'argument inverse que donnerais : j'ai trouvé que du point de vue du timbre, je ne remarquais aucune différence entre son grave, son medium et son aigu. Le contre exemple pour moi étant Voigt au Met récemment.

Qu'après le grave d'une soprano se projette moins que son aigu, je trouve cela normal.

Je n'ai pas en live les références prestigieuses citées plus haut, à part Polaski en concert, et là je trouve vraiment qu'il n'y a pas de comparaison.

En tout cas c'est la meilleure Brünnhilde que j'ai entendue et de loin


Je voulais parler de projection pas de timbre. Effectivement, il n'y a aucun saut de registre, c'est remarquable.
Sinon, où étais-tu placé ?
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