Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

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HELENE ADAM
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Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par HELENE ADAM » 21 juin 2020, 08:36

Ottelo
Guiseppe Verdi

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Orchestre, Choeur et Voix blanches de l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia
Antonio Pappano, direction musicale

Otello: Jonas Kaufmann
Desdemona: Federica Lombardi
Jago: Carlos Alvarez
Emilia: Virginie Verrez
Cassio: Liparit Avetisyan
Roderigo: Carlo Bosi
Lodovico: Riccardo Fassi
Montano: Fabrizio Beggi
Araldo: Gian Paolo Fiocchi

Enregistré dans les studios de la Santa Cecilia à Rome début juillet 2019.
CD Sony Classical. Sortie juin 2020.

Une première critique de Jérome, située dans le fil "Otello de Verdi, CD, DVD". Les échanges qui suivent à retrouver dans ce fil ne concernent pas directement le CD lui-même. Je ne les reprends donc pas ici.
jerome a écrit :
12 juin 2020, 18:39
J'ai écouté la dernière version studio d'Otello qui vient de paraître chez SONY sous la direction d'Antonio Pappano et avec Jonas Kaufmann, Federica Lombardi et Carlos Alvarez

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Je le dis d'emblée, c'est un bel enregistrement et la réussite en incombe avant tout à Pappano qui, servi par une prise de son somptueuse, déploie un tissu orchestral de toute beauté et une texture chorale sensationnelle. Avec un tel écrin, il joue sur toute une palette d'intentions interprétatives - qui ne sont pas sans rappeler celles servies par les beautés orchestrales fulgurantes de Karajan ou dans la superbe lisibilité instrumentale de Solti - et le tout au service d'un théâtre constamment présent et qui donne des ailes aux chanteurs de manière assez extraordinaire, quand bien même ces derniers ne sont pas dans l'absolu totalement irréprochables. Mais il y a là un souffle dramatique d'une puissance incontestable et un sens de l'architecture sonore qu'on avait déjà dans son enregistrement d'Aida à la tête des mêmes forces de l'Orchestre et du Chœur de l'Academia Nazionale di Santa Cecilia qui confirment là, s'il en était besoin, leur excellence!
Aucun des 3 solistes, pourtant irréprochables et même un peu mieux que cela, ne vient bouleverser fondamentalement la discographie de son rôle.
Carlos Alvarez est un baryton solide mais un peu générique: le chant est conduit avec efficacité et probité mais le timbre assez anonyme et l'interprétation un peu tout d'une pièce marquent moins que chez bon nombre de ses célèbres prédécesseurs (Cappuccilli, Milnes en tête) qui savaient se montrer beaucoup plus sinueux et machiavéliques. Mais aucune faute de goût chez lui, ce qui est déjà beaucoup.
Federica Lombardi est une bonne surprise: ses moyens vocaux de soprano lyrique sont plutôt séduisants et s'appuient sur un aigu confortable et un medium assis quand le grave se fait, toutes proportions gardées évidemment, un peu plus confidentiel. Sa Desdémone, sans se hisser pleinement aux hauteurs vertigineuses de ses illustres devancières, ne pâlit pas de la comparaison. A peine souhaiterait-on qu'elle soit un tantinet moins corsetée dramatiquement parlant. Mais disons-le clairement, elle constituait la grande crainte de cet enregistrement. On est donc rassuré, ce qu'elle propose là est de belle facture!
Enfin l'Otello de Jonas Kaufmann qui est supposé être la justification de cette nouvelle version! Très flatté par les micros qui s'évertuent à lui donner les moyens vocaux du rôle qu'il n'a pas, il donne une interprétation assez remarquable tant vocalement qu'interprétativement parlant! Il a incontestablement écouté Vickers tant on retrouve chez lui des inflexions et des nuances qui contribuaient à faire tout le prix de l'incarnation du ténor canadien (mais qui, lui, avait les moyens vocaux!). Kaufmann aime ce rôle et ça se sent du début à la fin: timbre, chant, style, tout converge vers la constitution d'un portrait dont l'arc dramatique est porté de manière intense et juste. Quel dommage que la voix soit assez peu grande au regard de ce que requiert le rôle mais ça a le mérite d'exister sans détrôner Vickers, Domingo et Cossutta et même Pavarotti qui déployaient tous des moyens vocaux autrement substantiels.
Conclusion: un bel Otello de studio uniquement qui ne remet pas en cause la suprématie des versions Serafin, Karajan et Solti et dont il faut surtout retenir la formidable direction de Pappano!
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par HELENE ADAM » 21 juin 2020, 09:06

Ma "critique" de cet enregistrement studio.

CD événement, surtout en ces temps où l'opéra ne devient plus que virtuel, ce qui lui va si mal lui "art vivant" par excellence, cet Otello de Verdi "Pappano/Kaufmann" a déjà fait couler énormément d'encre, la presse spécialisée ou non d'ailleurs, s'étant rapidement emparée de ce nouvel opus, pierre à l'édifice des enregistrements du chef d'oeuvre de Verdi, qui, ces derniers temps, s'étaient faits fort rares, autrement qu'en live ce qui est, qu'on le veuille ou non, assez différent.
Ce CD événement, enregistré dans les studios de la Santa Cecilia à Rome, arrive près de 60 ans après que l’un des enregistrements Otello les plus légendaires et les meilleurs de l’histoire des disques ait été réalisé dans cette ville, avec Jon Vickers, Leonie Rysanek, Tito Gobbi, Florindo Andreolli, l’Orchestra del Teatro dell’Opera di Roma et la direction de Tullio Serafin.
Soulignons immédiatement que cette expérience en studio qui repose sur l'extraordinaire entente musicale et interprétative entre le directeur de la prestigieuse Santa Cecilia (qui cumule avec les fonctions de directeur musical du ROH de Londres) et l'un des ténors incontournables des scènes du monde entier, j'ai nommé Antonio Pappano et Jonas Kaufmann.
Pour la petite histoire, leur rencontre date d'ailleurs de l'année 2000 à Bruxelles, quant Pappano dirige "la Monnaie" et qu'il accueille le jeune ténor bavarois alors encore ténor de troupe mais qui s'essaye à voler de ses propres ailes, dans la Damnation de Faust. Les superstars sont alors ses partenaires Suzan Graham et José Van Dam. Une vidéo montre le travail que fait Pappano avec le jeune Kaufmann, encore très "ténor léger allemand" pour lui apprendre comment construire les phrases musicales du Faust de Berlioz et l'on pressent déjà toute la confiance réciproque qui se créée alors.
Et qui ne s'est jamais démentie au cours des deux décennies passées. C'est avec le maestro que Kaufmann a chanté nombre de rôles pour la première fois, dont, évidemment, cet Otello très attendu que le ténor avait reporté plusieurs fois ne se considérant pas prêt pour le "rôle des rôles". Et la confiance réciproque n'est pas rien dans l'entreprise d'un projet musical. Elle servira à sa réussite, à son caractère exceptionnel, et elle se sent quand, spectateur dans la salle, on observe aussi ces échanges entre le chanteur sous tension et le chef qui veille à ne jamais le déstabiliser mais au contraire à encourager son difficile exercice.
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Dans une récente interview, Kaufmann revient d'ailleurs sur le fait qu'il n'aurait pas souhaité enregistrer cet Otello s'il ne l'avait pas déjà joué sur scène (16 fois exactement au moment de l'enregistrement) et s'il n'avait pas, donc, construit son personnage émotionnellement avant de le chanter devant un micro et pas forcément dans l'ordre du déroulé de l'action et donc de la montée des tensions. On pourrait ajouter qu'il a eu la chance (et réciproquement) de le chanter dans deux séries de représentations, la première série avec Antonio Pappano à Londres, la deuxième avec Kiril Petrenko à Munich, autrement dit dans le cadre des maisons actuelles parmi les plus prestigieuses et à chaque fois, avec leur directeur musical lui-même.
On peut aussi se demander par la même occasion, ce qui attire ces deux chefs prestigieux (et dont la lecture d'Otello est assez différente finalement) vers le ténor bavarois avec qui ils ont manifestement un grand plaisir à travailler.
La réponse est sans aucun doute dans ce qu'ils ont tous les trois en commun : un amour du retour à la partition d'origine, sans se laisser influencer par les multiples "traductions" qui ont semblé devenir des "normes" comme par exemple l'idée que l'Otello de Verdi serait un "bloc" de puissance (vocale comprise) où l'art des nuances et les changements de couleurs vocaux ne seraient pas spécialement requis et ce, malgré les multiples airs "d'amour" que le Maure est amené à chanter et qui nécessitent que l'armure se fende lors de ce retour de la Guerre.
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Jonas Kaufmann est un chanteur lyrique "spinto". Son Otello est d'abord et avant tout lyrique, les moments "spinto", en ressortent d'ailleurs avec d'autant plus de force et de relief que l'ensemble de son interprétation est différente des standards souvent adoptés pour ce rôle. Si Kaufmann a un modèle, ce n'est pas Placido Domingo, contrairement à ce qu'il dit lui-même d'ailleurs et, quitte à faire hurler quelques fans du passé, celui auquel je pense, en écoutant Kaufmann, c'est Jon Vickers. Il n'a ni la même voix, ni surtout le même timbre, mais il a la même lecture du personnage et si Vickers, et seulement Vickers d'ailleurs à mon avis, parvenait à se lâcher complètement dans un "Sangue, Sangue" d'anthologie, inégalé, ce que Kaufmann retient un tout petit peu sans doute pour ne pas se "perdre" en route, obsession de l'interprète d'Otello, énormément des choix faits par Kaufmann, s'apparentent à son ainé. En particulier le fait de "changer" de voix selon les passages et les émotions exprimées, quitte à rendre le timbre presque "laid" quand le personnage est au bord de l'explosion et de la rage aveugle causée par sa jalousie.
Kaufmann dit lui-même en parlant de Pappano et des conditions de l'enregistrement studio : "Je lui dois beaucoup, non seulement en ce qui concerne les intuitions qu'il a eues en approfondissant mes rôles, mais aussi parce qu'il m'a donné des moments de pure joie - sur scène comme en studio , où en un rien de temps il a réussi à recréer la même tension des performances live ".
Et en effet, cette tension est perceptible à chaque "plage" du CD, nous plongeant littéralement dans l'opéra, sans jamais avoir l'impression d'un côté artificiel, sur-joué ou pompier.
Certains critiques regrettent cependant que Pappano ait beaucoup renforcé les différences de volumes entre les parties "romantiques-lyriques" et les moments "climax", semblant exagérer de manière non naturelle, la richesse de la partition et de ses variations. On sursaute il est vrai, très souvent, aux brusques montées d'adrénaline mais l'absolu accord entre les chanteurs et le maestro, et singulièrement celui d'Otello, rend au contraire l'écoute, à mon sens, terriblement excitante.
Il faut éviter de devoir veiller à ne pas déranger les voisins ( :wink: ) il faut écouter ce CD tout volume ouvert pour pouvoir vraiment apprécier l'incroyable travail fait par tous les protagonistes, ingénieurs du son (très décriés par de nombreux critiques) compris. J'ai trouvé au contraire, que le "live" de Londres, que j'ai vu en salle, se retrouvait bien dans les choix encore approfondis, évidemment du couple Pappano/Kaufmann.
Depuis Londres, Kaufmann a mûri son personnage et sa voix a sans doute un peu perdu de sa brillance, pour se caractériser de plus en plus par son timbre très particulier de bronze qui se durcit et semble devenir de l'acier, mais garde toute sa capacité à changer de couleurs et de styles ce qui est avant tout, sa marque de fabrique.
On "entend" le combat intérieur d'Otello, aucun air n'est chanté pour la "beauté de l'air" (et son éventuelle célébrité) ; chaque passage est au contraire au service d'une interprétation, la plus proche possible de la partition, en osmose avec la manière dont Kaufmann exprime les contradictions violentes d'un homme debout que le destin va peu à peu briser. On le voit, on l'entend se fissurer depuis le magnifique duo "Già nella notte densa", jusqu'au "Calma come la tomba" final, il ne cesse d'osciller entre deux états, le doute puis la confiance, puis le doute, puis la rage, puis l'amour, puis la rage, tout cela dans la même phrase, avec de brusques accélérations phénoménales et sidérantes de justesse.
Le délire pathologique de la jalousie provoque un cruel travail intérieur de destruction qui le torture et le mine, le transforme et le détruit. Kaufmann donne beaucoup dans ce rôle, il donne tout même, pourrait-on dire, et il convainc sans réserve en ce qui me concerne.
Sans doute a-t'on en tête l'interprétation scénique de Kaufmann en écoutant l'enregistrement studio quand on l'a vu, comme moi, plusieurs fois à Londres puis à Munich, et sans doute aussi, les impressions peuvent être différentes sans cette expérience du "live", tout simplement parce ceux qui l'ont vu en salle, savent cette sorte de charisme très spécial du chanteur qui fait qu'on devine sa présence avant même qu'il ne paraisse vraiment.
Et sans doute aussi, tous ceux qui ont des "modèles" d'Otello très différents, comme Del Monaco par exemple ou même le grand, l'immense Vickers, voire Domingo, trouveront que la voix de Kaufmann n'a pas l'ampleur nécessaire, mais personnellement, je pense qu'un "enregistrement" ne devient un événement que s'il offre une nouvelle manière d'interpréter un personnage, surtout quand il est aussi complexe que l'Otello de Verdi, qui chante tout autant les douceurs presque mielleuses de l'amour que la rage incontrôlée du meurtrier...
Et lors du dernier air, on sent à quel point Otello a déjà quitté ce monde pour un autre...
Or telle est la difficulté. Chanter fortissimo avec rage et colère puis pianissimo avec amour et douceur, est parfois une quadrature du cercle pour certaines voix qui ne parviennent pas à faire ressortir cet absolu contraste qui peut intervenir au beau milieu d'une phrase musicale. C'est tout le talent de Kaufmann que d'y parvenir de manière parfois littéralement sidérante.
On pourra entrer dans les détails pour souligner par exemple, la délicatesse du «Dio mi potevi» qui ne "s'emballe" jamais ou le contraste brutal entre la colère des premières phrases et ce «calma fronte», en rupture totale avec un très beau diminuendo qui donne immédiatement à voir les fissures du glorieux guerrier (certains critiques auraient décelé des problèmes de souffle, en tous cas surement pas sur cette magnifique prouesse vocale qui créée une tension perceptible et infiniment rare à cet endroit dans le rôle.
On pourra citer aussi le «Dio ti gioconda» dont les nuances et les couleurs sont une pure merveille avec ses assombrissements qui expriment le doute avant un provisoire apaisement qui reste plein de doutes permettant de réaliser l'un des musts de l'enregistrement, l'accélération perceptible sur la montée vertigineuse et le contre-ut glorieux de «quella vil cortigiana». C'est l'un des passages que, personnellement, j'ai toujours considéré comme incroyablement original chez Kaufmann, à cause de cette alternance entre la douceur et la rage qui rend à l'ensemble sa grande complexité originelle.

Sans entrer dans tous les détails de cette magistrale interprétation (qu'il faut d'ailleurs écouter plusieurs fois tant la partition est riche et complexe ainsi servie) on soulignera cependant la longue préparation qu'une telle réalisation a demandée.
Et sans doute enfin, l'accord parfait entre Pappano et Kaufmann, rend-il cette lecture unique et bouleversante.
Outre l'excellence des formations musicales de Pappano (orchestre et choeurs) dont l'osmose avec les choix du maestro sont, là aussi, très impressionnantes, les partenaires de Kaufmann dans cet Otello sont plus que satisfaisants.

Le Iago de Carlos Alvarez (un "vétéran" du rôle) a la force et la ruse du traitre, alternant le chant fier, rageur et décidé hors de la présence d'Otello (un "credo" très réussi) au ton fielleux qui convient au fait de distiller le poison mortel qui achèvera ce Maure qu'il hait et jalouse lui-même. C'est magnifiquement chanté et le duo qui termine l'acte II est absolument sidérant.

Federica Lombardi débutait en Desdémone. Elle chante beaucoup toute sorte de rôles à Munich et j'avais déjà eu l'occasion de la remarquer par deux fois dans les "Noces" et dans "Cosi". Passer de Mozart à Verdi, c'est assez audacieux, sans doute encore un peu "vert" surtout dans l'acte 1, avec parfois un léger vibrato mais globalement très prometteur et tout à fait agréable pour le rôle et dans ce cadre très sécurisé par Pappano. Magnifique Air du saule et Ave maria.

Le Cassio de Liparit Avetisyan montre une belle voix/beau timbre (en contraste parfait avec celui, très sombre, de Kaufmann), très enjoué et très crédible dans tout l'acte 1, notamment dans son "Miracolo vago dell’aspo e dell’ago" tout comme d'ailleurs l'Emilia de la mezzo française Virginie Verrez qui réussit un parcours sans faute pour ce rôle.

Quelques détails supplémentaires
Le coffret propose le livret intégral et quelques interviews et photos de l'enregistrement et un texte écrit par l'ami et biographe de Kaufmann, Thomas Voigt, qui s'intitule "le long chemin vers Otello". texte qui rappelle brièvement la composition d'Otello par Verdi et les interprètes de sa création puis raconte le chemin de Kaufmann lui-même vers ce rôle : depuis son premier Cassio à Chicago aux côtés de Ben Heppner, Renée Fleming et Lucio Gallo en 2001, jusqu'à sa prise de rôle à Londres en 2017 en passant par l'enregistrement de deux airs sur son CD Verdi et par tous les refus de se lancer dans Otello avant d'être prêt, malgré les multiples propositions qui lui sont faites dès lors. On apprend que c'est Sony Classical qui, ayant gravé le DVD de Londres, propose à Antonio Pappano et Jonas Kaufmann, l'enregistrement d'une intégrale studio, la première du label Sony avec Kaufmann. L'enregistrement programmé début juillet 2019, comprend quatorze séances sur deux semaines.
Et Voigt laisse le mot de la fin à Kaufmann à propos de la "difficulté à sortir du rôle" à la fin de l'opéra.
"Normalement je n'éprouve pas de grande difficulté à sortir d'un personnage, au plus tard au moment des applaudissements, mais avec Otello j'ai eu beaucoup de mal et cela m'a donné à réfléchir. Cette folie délirante qui va jusqu'au meurtre -en plus il se vante de l'avoir tuée- c'est quand même autre chose qu'un Don José désespéré qui poignarde Carmen parce qu'elle ne lui rend pas son amour. Otello est persuadé d'avoir agi justement en tuant Desdemone. Et quand il s'aperçoit qu'elle était innocente, le choc est d'autant plus rude. Comme un coup de marteau. C'est pour cela qu'il me fait aussi pitié et que cette scène résonne longtemps en moi. L'oeuvre est bouleversante du début à la fin..."

Les podcasts proposés par Sony
Discussion à propos de l'acte 1 d'Otello : Voigt, Pappano, Kaufmann.
https://podcasts.apple.com/us/podcast/d ... vmzkIDfNJQ
A suivre deux autres podcasts

Vidéos de l'enregistrement et conférence de presse virtuelle
https://www.facebook.com/kaufmannjonas/ ... 243379034/
https://www.youtube.com/watch?v=i6J5FPE ... 5aoRyaUgwg
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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par HELENE ADAM » 23 juin 2020, 09:00

Et un compte-rendu de la conférence de presse "virtuelle" par France Culture (par Bertrand Renard ) qu souligne aussitot

"Jonas Kaufmann publie un double album chez Sony où il incarne le célèbre personnage de Shakespeare mis en musique par Verdi. Voilà l'information au coeur de l'événement organisé par visioconférence. Ce sera peut-être ainsi que nous fonctionnerons désormais. Une centaine de journalistes de tous les continents écoutait religieusement (leurs questions avaient été réunies à l’avance) la star Jonas Kaufmann, le chef Antonio Pappano et Andrea Penna, le patron de l’Académie Ste-Cécile de Rome qui fournit l’orchestre et les chœurs. Chœurs nous offrant en amuse-bouche celui dit de La Tempête (quand Othello revient victorieux à Chypre) sous la forme désormais familière d’un écran éclaté en cinquante mosaïques."

Lire ici
https://www.francetvinfo.fr/culture/mus ... XA_ta4Si50
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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par philipppe » 23 juin 2020, 12:57

Vous avez plutôt apprécié cet Otello, donc ?

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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par jerome » 23 juin 2020, 16:29

Ah oui! Un bel Otello de studio globalement fort bien chanté, finement interprété sur le plan dramaturgique, suprêmement dirigé et qui prend une place toute légitime dans une discographie au sein de laquelle la suprématie des versions Serafin, Karajan 1 et 2 et Solti 1, mieux dotées vocalement concernant le rôle-titre, n'est pas remise en cause.

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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par DelBosco » 23 juin 2020, 21:05

jerome a écrit :
23 juin 2020, 16:29
Ah oui! Un bel Otello de studio globalement fort bien chanté, finement interprété sur le plan dramaturgique, suprêmement dirigé et qui prend une place toute légitime dans une discographie au sein de laquelle la suprématie des versions Serafin, Karajan 1 et 2 et Solti 1, mieux dotées vocalement concernant le rôle-titre, n'est pas remise en cause.
Suprématie ... Ça se discute évidemment. Mais Solti 2 et Levine sont également mieux que bien ..

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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par jerome » 23 juin 2020, 23:24

DelBosco a écrit :
23 juin 2020, 21:05
Mais Solti 2 et Levine sont également mieux que bien ..
Oh mais rassure-toi: je suis entièrement d'accord avec toi (et je rajouterai qu'il en est de même pour la version Barbirolli) mais réservons le détail de ces autres versions au fil général consacré à la discographie de l'œuvre.

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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par HELENE ADAM » 25 juin 2020, 18:46

Quelques grands Otello et leurs nuances de noir...(dans tous les sens du terme)

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Et cette très belle revue qui joue aussi sur le noir...et se conclue par :
"Les Otellos machos colériques cèdent désormais la place à un modèle sensible mais en même temps, musicalement captivant à l'époque de l"interdiction des "blackfaces" et des principes éthiques d'égalité. Bravo Kaufmann! Bravo Verdi! Écoutez-vous !"

http://www.drehpunktkultur.at/index.php ... um7T4NmmIw
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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par HELENE ADAM » 06 juil. 2020, 08:09

Quelques critiques en vrac (en supplément de celles déjà citées dans le fil JK)

"CD : Le premier Otello au disque de Jonas Kaufmann" (Musique)
https://on-mag.fr/index.php/topaudio/mu ... V_8t3SATrw

"EIN GROSSER WURF MIT JONAS KAUFMANN IN DER TITELROLLE" (BR Klassik)
https://www.br-klassik.de/aktuell/br-kl ... n-100.html

"Bei Jonas Kaufmann muss Otello nicht nur schmettern"
Augsburger Allgemeine
https://www.augsburger-allgemeine.de/ku ... 50576.html

"Von wegen farbloser Otello"
http://www.drehpunktkultur.at/index.php ... ser-otello

"Kaufmanns Otello: Eine erstklassige Einspielung – Irrsinn kann nicht verlangt werden!"
https://klassik-begeistert.de/cd-rezens ... HycMgGQrlQ

"Jonas Kaufmann y Antonio Pappano firman un notable Otello para la posteritad"
https://comentarista.emol.com/1610677/1 ... 2ELSvRY7no

"Jonas Kaufmann als "Otello" (Abendzeitung)
https://www.abendzeitung-muenchen.de/in ... ndWOfTRg1c

Podscasts disponible, trois séries d'entretiens Pappano/Kaufmann/Voigt.
https://podcasts.apple.com/de/podcast/d ... pU1B-VpO-4

Photo de l'enregistrement, Rome, juillet 2019, Santa Cecilia, final.
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Re: Otello - Verdi - Pappano/Kaufmann - CD intégrale Studio - orchestre de la Santa Cecilia de Rome

Message par PlacidoCarrerotti » 06 juil. 2020, 08:25

Après écoute de cet Otello, je reste un peu partagé.

En ce qui concerne Kaufmann, il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Pas d'effet Bocelli à l'enregistrement : c'est exactement ce qu'on entend de lui à la scène (surtout quand on est dans les premiers rangs ;-) ), donc une belle interprétation AMHA.

Pour le reste de la distribution, c'est différent. Alvarez est pour moi un Iago sans surprise, assez générique dans son interprétation, pas à la hauteur de son partenaire. La voix est saine, mais ça ne suffit pas ici de chanter toutes les notes. Pas davantage convaincu par Federica Lombardi : ce n'est ni bon, ni mauvais, assez joli à l'occasion, mais surtout très oubliable.
Les chœurs ne m'ont impressionné, en particulier les ténors dont les aigus sont noyés par ceux des sopranos (ceci dit, j'ai écouté sur Qobuz).
Déception aussi pour Pappano qui m'a beaucoup moins plu qu'à la scène : du bruit là où il faut de la tension, un orchestre un peu mou de réactivité, des alternances forte, piano exacerbées...
Par rapport à la vidéo de Londres, on gagne un Iago et un orchestre de meilleures tenues mais pas transcendants, et on perd une belle Desdemona : maigre bilan.
- J'ai fait mon chemin et ma fortune dans les arts.
- Vous les cultivez, monsieur ?
- Pas si bête! je les exploite !
(La Sirène, Auber & Scribe)

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