Cinquante ans de pratiques culturelles en France

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jerome
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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par jerome » 12 juil. 2020, 11:16

JdeB a écrit :
12 juil. 2020, 09:21
il y a un vrai problème de renouvellement du public de l'opéra, de moins en moins de jeunes en pourcentage qui y vont
Ben oui mais dans cette équation, ce n'est pas forcément l'opéra le problème! Ce sont aussi les jeunes en ce qu'ils sont aujourd'hui et en ce qu'on en a fait ...

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David-Opera
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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par David-Opera » 12 juil. 2020, 12:00

Je nuancerais tout de même en faisant remarquer qu'en Allemagne le public est nettement plus âgé qu'en France, même en Province, et je ne parle même pas du MET où l'on dépasse les 60 ans de moyenne d'âge (l'âge moyen des auditeurs de France Musique).
Pourtant, ces institutions tiennent le choc, avec des taux de fréquentation assez moyens, car il y a une volonté politique (Allemagne) ou bien généreuse (New-York).

Concernant La France, le problème est donc moins affaire de public que d'orientation politique.

La nomination de Roselyne Bachelot donne un sursis à ce genre complexe, mais je ne sens pas en France un tel volontarisme pour défendre cet Art (surtout avec des partis politiques aussi médiocres que le FN, les Insoumis et autres verts idéologisés).
Nous verrons bien, il y a aussi des forces discrètes qui agissent assez efficacement.

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par parsifal1 » 12 juil. 2020, 12:02

Étant enseignant en primaire et pratiquant l'initiation à l'opéra depuis 20ans, il me semble que c'est le mode de consommation des médias chez les jeunes qui est aussi un obstacle majeur.
En effet s'ils sont bien préparés (réseau littéraire et artistique autour de l'œuvre mais aussi comparaison de mises en scène voire d'interprétations) et bien... ils ne demandent qu'à y retourner !
Ayant vu à 9 ou 10 ans la Walkyrie au Capitole sans broncher, ou un Ring entier sur un an, en vidéos, oui je pense que certains sont assez marqués pour y retourner... Sauf s'ils pensent qu'ils ne peuvent pas faire d'eux mêmes le travail de préparation.
Je les ai vu pleurer d'émotion à la fin d'un acte, je les ai entendu partager leurs souvenirs avec leurs parents, certains sont même retourné le surlendemain avec eux, voir le même opéra...
Grâce à l'opéra ils ont ouvert leur esprit aux Lumières,... Et ils sont tous issus d'une des zones les plus rurales de France (60 habitants dans le village où se situe mon école).
Restons optimistes mais vigilants, car l'école a son rôle à jouer dans cette étape.
J'espere que des maires verts rouges me liront...
Je pourrais écrire des pages sur mes joies et mes surprises afférentes à ces expériences.
Une dernière en forme de clin d'œil: je me place toujours devant eux et au centre pour pouvoir me retourner au climax d'un opéra... Et avoir cette vue qui me procure un plaisir indiscible: tous les yeux écarquillés, et la bouche semi ouverte, dans le saisissement de l'ouvrage.
Ne lâchez rien !
Bon dimanche à tous

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par jerome » 12 juil. 2020, 12:11

JdeB a écrit :
12 juil. 2020, 09:34
C'est aussi que les ballets sont moins longs, qu'ils exigent moins de références culturelles que l'opéra, que c'est dynamique. A l'opéra, la plupart des jeunes trouvent qu'il ne se passe rien, que l'action n'avance pas, que les airs ralentissent la progression de l'intrigue sensiblement.
je pense que les livrets sont un obstacle pour beaucoup.
Moi l'argument de la longueur, je ne le retiens pas complètement puisqu'ils sont capables de rester enfermés dans une salle de cinéma pour des films de presque 3 heures (qui contiennent eux aussi des temps de pause de 6 ou 7 minutes où les personnages blablattent (et pas qu'un peu) ...
je retiens davantage l'argument des références culturelles mais ça ce n'est pas la faute de l'opéra! C'est la leur!
Quant au ralentissement de la progression de l'action, je ne l'ai entendu de la part des jeunes qu'avec Jules César (Haendel), la première moitié des actes 2 de Don Giovanni et de Cosi fan tutte, der Freischütz, le dernier acte de Tannhäuser, tout Tristan und Isolde (là j'avais emmené 3 classes et j'ai failli tous les perdre, c'est d'ailleurs le seul titre, parmi les 120 auxquels j'ai emmené des élèves depuis 25 ans, où ton argumentaire se vérifie quasi pleinement et la beauté de la musique n'a pas suffisamment compensé) mais pour le reste, que ce soit chez Rossini, Donizetti, Verdi, Puccini, Bizet, Gounod, Offenbach, ... jamais de soucis particuliers de longueur...
En revanche, des références culturelles souvent aléatoires ... et que la préparation pédagogique se doit de donner.

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par jerome » 12 juil. 2020, 12:14

parsifal1 a écrit :
12 juil. 2020, 12:02
il me semble que c'est le mode de consommation des médias chez les jeunes qui est aussi un obstacle majeur.
Oui je suis entièrement d'accord avec ça et je rajouterais: avec la complicité plus ou moins passive de leurs parents.

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par titoschipa » 12 juil. 2020, 12:29

Je ne sais plus dans quel "fil" (artistes et covid?, philharmonie?...) j'avais été saisi par le chiffre du nombre de salariés (personnel qualifié d' "administratifs") à la Philharmonie de Paris s'occupant exclusivement de formation du public/des jeunes.
Cela devrait aider, non?

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par jerome » 12 juil. 2020, 12:40

Il faudrait déjà que l'école (primaire et secondaire) revienne quasi exclusivement aux fondamentaux dans les enseignements musicaux (à savoir la musique classique et lyrique) et dans une charge horaire hebdomadaire renforcée, et ce, avec le soutien de tous les parents, parents qui devraient être un peu moins laxistes et démissionnaires ...
Mais bon, c'est là un vœu pieux ...

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par HELENE ADAM » 12 juil. 2020, 13:10

Il y a beaucoup plus de jeunes à la PP qu'au TCE par exemple, c'est sans commune mesure, notamment pour les concerts orchestraux. L'Opéra se situe entre les deux mais il y a régulièrement des classes d'ado au deuxième étage de Bastille ou à l'amphi à Garnier, pour les spectacles les plus "grands publics" et à chaque répétition à laquelle j'ai assisté, il y avait toujours une ou deux classes présentes également (lycée ou collège).
Oui en effet, tout ce qui est fait par les institutions pour attirer un public jeune est une bonne chose (succès des Avant premières jeunes). La question est plutôt de savoir si au-delà de ces représentations pas chères, un public jeune est prêt à réserver un budget plus important à cet art très onéreux par la suite... Et là c'est plus compliqué compte tenu du nombre de fois où finalement, il est possible de voir la même chose en retransmission, de zapper si c'est trop long, par exemple, ou de regarder en plusieurs parties...
Si la PP attire en "live" plus de jeunes, c'est sans doute parce que les soirées orchestrales sont généralement beaucoup plus courtes et surtout parce que c'est beaucoup moins cher en moyenne (et moins cher à la PP qu'au TCE pour un confort largement supérieur)
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par houppelande » 12 juil. 2020, 13:41

jerome a écrit :
12 juil. 2020, 12:11
Moi l'argument de la longueur, je ne le retiens pas complètement puisqu'ils sont capables de rester enfermés dans une salle de cinéma pour des films de presque 3 heures (qui contiennent eux aussi des temps de pause de 6 ou 7 minutes où les personnages blablattent (et pas qu'un peu) ...
Oui, mais là, ils peuvent manger du pop corn et consulter leurs portables.

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Bernard C
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Re: Cinquante ans de pratiques culturelles en France

Message par Bernard C » 12 juil. 2020, 13:42

La question fondamentale et qui ne se pose pas qu'en France c'est de savoir quel va être l'avenir de la transmission de cette culture face au développement inoui ( et pas si récent que ça, même si ça accélère sous l'impact des migrations ) du progressisme racialiste ....il suffit de voir en Amérique l'ampleur que ça prend.

L'opéra est dans un carrefour cible particulièrement vulnérable.
Par ses livrets ( comme la littérature occidentale) , par son iconographie , par sa musique ( détrônée largement comme toute musique classique ou savante par les rythmes et les influences répétitives et syncopées du rap , musiques qui ont des vertus hypnotiques bien supérieures , beaucoup plus immédiates) .
Par dessus le marché les metteurs en scène se sont mis depuis quelques décennies à faire un travail de sape de l'intérieur en détruisant les représentations portées par les œuvres pour y infiltrer une imagerie actualisée qui cherche à casser le principe même de l'œuvre d'art , la sublimation ( sublimation qui laisse à la subjectivité de l'auditeur spectateur l'émergence de son émotion à partir du complexe de la convention de l'opéra : une histoire chantée jouée sur une scène de théâtre prise dans une partition musicale.)
Au lieu de ça on a des réductions idéologiques de l'histoire au gré des régisseurs qui dénaturent l'histoire et placent lourdement leur discours complaisamment moulé sur l'actualité et la mode du moment au premier plan ... évidemment la magie subtile n'opère plus ... )

Je pense tout à coup à l'art byzantin unique de Sainte Sophie.
Et si on est pessimiste on sait que les hommes peuvent anéantir leur histoire et leurs œuvres les plus précieuses. Palmyre réduit en miettes nous le rappelle.

Bernard
"Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore " (Louis Farigoule)
Écoutez Luciano Pavarotti et James Brown pour le plaisir:
https://youtu.be/GaB9F3R9cIY

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