Gustave Botiaux ou le don de soi.

 

 

Photographie © DR

 

« Il a eu l’une des plus belles voix de ténor de sa génération »
Jean Gourret, Dictionnaire des chanteurs de l’Opéra de Paris

 

Rien dans les années de jeunesse de Gustave Botiaux, né à Paris le 14 juillet 1926, ne laissait augurer de son destin de ténor star. Ce garçon de ferme athlétique rentra tôt dans la Résistance. De retour à Paris, grâce à des amis, il prit des leçons de chant et se présenta au Conservatoire où il fut reçu d’emblée en octobre 1950.

Pour vivre, il travailla la nuit dans une petite entreprise et suivit ses cours au Conservatoire le jour. A ce rythme là, il tomba malade et partit pour Saint Hilaire du Touvet au Sanatorium des étudiants. Il y séjourna jusqu’en août 1952. Il enchaîna avec la post-cure à Paris et put ainsi reprendre ses cours au Conservatoire en fin d’année. Il y passa le concours des accessits avec l’air des Lombards de Verdi et n’obtint aucune récompense. Des membres du jury s’élevèrent devant tant d’injustice et encouragèrent notre ténor à constituer un dossier de réclamation confié aux mains de Maître Naud le fameux avocat. Grâce à certaines complicités du personnel du Conservatoire, il put prouver entre autres diverses actions illicites, notamment, la vente de la harpe de la duchesse de Lamballe, classée instrument historique et figurant toujours à l’inventaire. Le Ministère de tutelle, sentant enfler le vent mauvais du scandale, exigea la démission en bloc de la direction ! Gustave Botiaux , réintégré la veille des cocours en 1953, obtint un Premier Prix de chat à l’unanimité.

Toutefois, c’est le fameux concours de ténors de Cannes en mars 1954 qui attira sur lui l’attention du grand public. Il ne fallut pas mois de quatre éliminatoires à un jury prestigieux où siégeaient Germaine Lubin, Jacques Ibert et Maurice Yvain départager les 184 ténors candidats d’abord à Paris, à la Gaîté lyrique puis sur la Riviera où la finale du 24 mars fut retransmise en direct à la radio. Gustave Botiaux y présenta l’air de Mario Cavaradossi (après avoir chanté celui d’Arnold dans Guillaume Tell en demi-finale !) et remporta le premier Prix ex aequo avec Alain Vanzo, Tony Poncet et Roger Gardes. Guy Chauvet obtient un prix spécial d’encouragement pour son jeune age.Un autre concours joua un rôle important dans l’essor de sa carrière, celui de Bruxelles qui lui ouvrit grandes les portes de la Monnaie où il débuta, excusez du peu, dans Pinkerton et Samson à l’automne 1955.

Dès le milieu des années 1950, il chantait les premiers rôles sur les grandes scènes de province (Nîmes, Bordeaux, Nice, Avignon…) où il était affiché avec la fine fleur du chant français de l’époque (G. Boué, R. Gorr, M. Dens). Il triomphait aussi en Algérie en Roméo, Lohengrin et Sigurd. C’est le 15 septembre 1957 qu’il aborda, avec un éclat tout particulier, Cavalleria rusticana à la salle Favart.

Il enregistra alors quatre récitals discographiques en solo, qui ont été reportés en CD par la firme Malibran, où il apparut chaque fois sur la pochette dans les éclatants costumes de scène conçus et réalisés avec celle qui était devenue sa partenaire à la scène comme à la ville, la soprano Jacqueline Silvy.
Jacqueline Silvy a mené l’une des carrières les plus originales de son époque en alternant, de 1949 à 1969, les opéras les plus connus (Traviata, Barbier, Bohème, Carmen, Mireille, …) et les plus grandes raretés (Le directeur de théâtre, Platée, Les Fêtes d’Hébé). Elle servit donc, en pionnière, le répertoire oublié des Lumières aussi la musique contemporaine (Le Libertin de Stravinsky, Le Songe d’une nuit d’été de Britten, Le Joueur de Prokofiev, Le Prince de Hombourg de Henze) assurant même les créations mondiales de la Dolores de Jolivet ou du Koenigsmark de Berthomieu. Avec Gustave Botiaux, elle partagea régulièrement l’affiche de cinq ouvrages : Rigoletto, Roméo et Juliette, Faust, l’Africaine et Sigurd.

C’est que notre ténor avait repris le flambeau de ses plus illustres devanciers, Césare Vezzani et José Luccioni, dans ces rôles héroïques du Grand Opéra : Vasco de Gama et Sigurd.
Il assura également la création en langue française de La Fille du far West de Puccini.
Il fit montre de sa vaillance hors de commun dans le cadre monumental et antique des Arènes de Nîmes et de l’amphithéâtre d’Orange. Et sur toutes les scènes lyriques de l’hexagone.

Promu au rang de star, il chanta le Duc de Mantoue et Radamès à Garnier, en alternance avec Torrido et des Roméo à Favart ; dans ce dernier rôle, en 1959, sa prestation suscita un véritable délire du public qui lui offrit pas moins de dix-sept rappels : un record ! Il obtint des engagements prestigieux à l’étranger. En Suisse, il participa à un Opéra Ballet à la fête des vignerons de Vevey (Suisse) avec Leyla Gencer et Ernest Blanc. En Allemagne, il fut Mario Cavaradossi aux côtés de Léonie Rysanek, et au Japon, Don José pour les deux plus volcaniques Carmen de son temps, Jane Rhodes et Grace Bumbry. Il fut invité aussi en Russie à l’initiative de Dimitri Chostakovitch qui l’avait beaucoup admiré à Paris.

Mais le tourbillon des bravi et des engagements rapprochés qu’on accumule se mua un jour en cercle vicieux du surmenage, du trac irrépressible et du chant moins assuré. Colosse plus fragile qu’en apparence, il lui fallut ouvrir une parenthèse de décembre 1964 à février 1968.
Il reprit le chemin des théâtres après une Hérodiade à Aix en Provence, et réintégra la troupe de la RTLN. Il ajouta alors à son répertoire le rôle de Canio, et de manière plus inattendue, celui d’Alfred dans La chauve-souris de Johann Strauss.
En 1973, il choisit d'abandonner définitivement le théâtre ce qui laissa un vide : tout un pan du répertoire français pour « fort ténor » tomba alors en désuétude.

Il décida alors de se retirer en Haute Ardèche, avec sa fidèle Jacqueline Silvy, qui vit dans sa lumière. Il y donne, au sens premier du terme, des cours de chant aux jeunes espoirs qui le sollicitent jusque dans son hameau reculé et tente d’animer un embryon de vie culturelle dans cette région si belle mais en jachère sur ce plan là. Parfois il fait travailler à ses aspirants chanteurs un Ave Maria composé sur un poème d’Henry Jacqueton par un certain…Alain Vanzo qui lui a offert la partition autographe.
Il y cultive l’art d’être grand-père auprès de petits enfants qui portent des noms d’opéra : Manon, Faustine, Coppellia, Brunehild, Tristan, Boris.

La maison des Botiaux-Silvy est des plus accueillantes. On y repart toujours les papilles en fête, la tête pleine d’anecdotes savoureuses et des cadeaux inespérés dans les mains.

 

 

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