ODB-Opéra publie un entretien avec la soprano américaine à l'occasion de sa participation à la création mondiale de l'opéra de Tan Dun, The First Emperor, diffusé ce samedi 13 janvier 2007, en direct du Met sur France Musique.

 

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Quand vous étiez enfant, vous chantiez dans des chœurs d'églises et vous écoutiez beaucoup de musiques différentes, chez vous. Comment avez-vous découvert l'opéra ? Quel est votre plus ancien souvenir, le premier spectacle auquel vous ayez assisté ?
Mon plus ancien souvenir d'opéra remonte à mon enfance. Mes parents avaient acheté des billets pour un cycle de concerts dans ma petite ville de Lousiane, dont le nom est Covington. Ce cycle offrait un spectre très large de manifestations artistiques différentes, dont au moins un opéra chaque année. Le premier que j'ai vu est Madama Butterfly. Je me souviens avoir adoré ! Mais je n'ai pas décidé à ce moment-là de devenir chanteuse d'opéra ! ça me semblait quelque chose de très lointain.

Vous avez étudié à l'Université d'Indiana avec Virginia Zeani puis vous avez remporté le concours "Operalia" et avez chanté avec Placido Domingo.
En fait, j'avais fait des concerts avec Domingo avant de remporter Operalia ! Il m'a d'abord entendue à Chicago quand j'étais au "Centre d'Opéra Lyrique pour les Artistes Américains" (Lyric Opera Center for American Artists). Il m'a ensuite invitée pour chanter avec lui dans quelques concerts. Operalia est venu ensuite.

Ce concours a-t-il tout de même été important, pour vous ?
Oui, ça a été important. Tous les concours auxquels j'ai participé lorsque je faisais mes premiers pas dans ma carrière ont été très importants, d'une certaine façon. Certains l'ont été simplement parce que je gagnais de l'argent, ce qui m'a aidé à continuer à étudier (et à manger !) pendant mes premières années professionnelles.

Votre premier succès, celui qui vous a révélée, a été le rôle-titre de Lakmé, à Chicago. Vous avez chanté beaucoup d'autres opéras français, comme Roméo et Juliette, Beatrice et Benedict, Benvenuto Cellini, Chérubin, L’Étoile du Nord... Beaucoup d'opéras qu'on ne voit pas souvent en France ! Aimez-vous particulièrement la musique française ? Comment caractériseriez-vous l'écriture "française" pour votre voix ?
L'opéra français occupe une place très spéciale dans mon coeur et pour ma voix. J'aime tous les opéras français ! Je souhaite pouvoir les chanter plus souvent. Je ne sais pas exactement ce qu'il y a dans l'opéra français qui fait que ma voix s'y sent aussi à l'aise. Peut-être est-ce simplement la langue elle-même qui pousse ma voix à s'installer dans un endroit où elle se sent bien ! Bien sûr, les différentes périodes de l'opéra français offrent des variations importantes mais il y a toujours ce style de la ligne mélodique qui me parle vraiment.

 

Avez-vous déjà chanté les Contes d'Hoffmann ?
Non, je n'ai jamais chanté les rôles féminins des Contes, bien qu'on me l'ait proposé.

Pourquoi avoir refusé ?
Je pense que la raison pour laquelle je n'ai pas encore accepté de chanter ces rôles est que je n'avais pas l'impression que je pouvais les faire tous bien, au moment où on me l'a proposé. Maintenant, je trouve que c'est plus à ma portée, vocalement. Donc peut-être les chanterai-je bientôt...

Quelles sont alors vos prochaines prises de rôles, dans l'opéra français ?
Malheureusement, je n'ai pas de nouveaux opéras français à l'horizon. Toutefois, j'aimerais chanter Marguerite de Faust dans les prochaines années, ainsi que Thaïs, dans une version avec mise en scène (j'ai chanté ce rôle en version concert, une fois seulement, à Londres).

Et en-dehors de l'opéra français ?
Ma prochaine prise de rôle est Alcina en 2007/2008.

En France, vous avez récemment chanté Le Turc en Italie à Marseille et, avec Marcelo Alvarez, un Elisir d'Amore à Toulouse et un récital à Orange (Cf. chronologie, infra). Avez-vous des projets chez nous ?
Pour l'instant, non. On verra ! [en français dans le texte]

Votre répertoire est très large : du baroque, du bel canto, du Grand Opéra, Verdi, Mozart, de la musique américaine du XXème siècle... C'est rare pour une soprano colorature. D'autres se plaignent de ne pas trouver suffisamment de rôles pour leur voix. Pensez-vous que votre voix soit adaptée à un répertoire purement lyrique ? Votre voix a-t-elle changé ?
Non, je ne pense pas que ma voix ait changé, si ce n'est dans le sens naturel de la maturité... Elle est plus chaude, peut-être un peu plus "pleine". Mais ma voix a toujours eu naturellement une dimension lyrique que, peut-être, certaines sopranos coloratures n'ont pas. J'ai chanté des rôles faits pour ma voix. J'ai simplement été ouverte à beaucoup de périodes musicales et de styles différents.

 

Est-il difficile de chanter des choses aussi différentes que Haendel et Prévin, Verdi et Strauss ? Avez-vous besoin de temps pour passer, par exemple, de Pamina à L'Assedio di Corinto ou de Cunégonde à Zerbinetta ?
C'est passionnant de passer d'un style à un autre. Bien sûr, il y a des ajustements à faire dans l'approche vocale. J'ai un très bon professeur de chant à New York City, Arthur Levy, qui m'aide à gérer tout cela !

Chantez-vous souvent du répertoire rare, des Rossini ou des Meyerbeer inconnus, de la musique américaine ? comment accepte-t-on ce genre de proposition ? Est-ce que vous écoutez des disques ou lisez attentivement la partition, ou est-ce que vous dîtes "oui" à un projet parce que c'est avec tel chef, tel metteur en scène, tel compositeur, dans telle salle ? Je sais que certaines sopranos se définissent elles-mêmes comme des "kamikazes" !
J'aime vraiment les défis que représentent le répertoire rare. C'est formidable de se risquer dans des territoires inexplorés. Toutefois, je suis toujours guidée par la musique. Je n'accepterais jamais de chanter un rôle sans avoir lu auparavant la partition et déterminé si elle me convient. Si c'est une création, cela implique un certain degré de responsabilité ! En général, quand même, un compositeur comme André Prévin ou Tan Dun connait ma voix et est guidé par elle quand il écrit un rôle pour moi.

 

Comment s'est passé le travail avec Tan Dun, pour ce nouvel opéra ?
Tan Dun et moi nous sommes rencontrés avant que je ne donne ma réponse pour ce projet. A cette époque, il m'a posé plusieurs questions sur le degré de confort que j'éprouvais dans des hauteurs de voix données. En se basant sur ces informations et sur ce qu'il avait appris en venant m'écouter chanter plusieurs rôles différents, il a écrit la musique de mon personnage. Après avoir reçu la partition et travaillé mon rôle, lui et moi avons apporté quelques changements mineurs à la disposition du texte, à la fois pour faciliter le chant et pour une meilleure intelligibilité du texte. En certains endroits, nous avons changé des notes afin d'obtenir une meilleure balance avec l'orchestre. Certaines notes avaient besoin d'être dans un registre de ma voix plus haut, de façon à ce que je sois mieux entendue.

Parlons à présent d'Orpheus and Euridice, de Gordon (un spectacle et un disque évoqués ici sur ODB-Opéra). Comment avez-vous été choisie pour interpréter cette musique ?
J'ai connu Ricky Gordon il y a dix ans et je chante ses mélodies depuis lors. C'est un ami très cher et j'adore chanter sa musique. Quand il m'a donc demandé si je voudrais chanter Orpheus, c'est une perspective qui m'a enthousiasmée et enchantée. L'idée générale de mettre en scène cette pièce est venue par la suite mais je trouvais cette idée terriblement intéressante et je pensais que cela représentait un nouveau grand défi. Et cela en a été un, de fait ! C'est un des projets les plus prometteurs et les plus gratifiants que j'ai jamais chanté.

A-t-il été difficile de danser sur scène ? Par ailleurs, chantez-vous ces mélodies comme un opéra ou comme un cycle de Lieder ? Vous sentez-vous comme un personnage d'opéra quand vous le chantez ?
Je pense que nous l'avons envisagé plus comme un opéra que comme un cycle de mélodies. L’œuvre a été entièrement mise en scène et mon "personnage" oscillait entre Euridice et le narrateur. Danser sur scène tout en chantant a été un nouveau défi, mais nous avons été aidés par un chorégraphe très intelligent, Doug Varone, qui a été très attentif à nos demandes, lorsque nous travaillions. J'ai adoré chaque minute de cette production et nous espérons tous que le spectacle sera bientôt repris !

Qu'aimez-vous faire lorsque vous ne chantez pas ?
Quand je ne chante pas, j'aime être chez moi avec mon mari (s'il est là... il est chef d'orchestre et n'est donc pas souvent à la maison !). J'aime cuisiner, me divertir, me promener, lire, coudre, regarder les oiseaux et rêver au futur jardin que nous allons avoir cette année. J'aime aussi voyager pour rendre visite à ma famille et à mes amis.

Merci d'avoir répondu à mes questions !

 

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