L’Aiglonne

 

«Le chant est imprégné de tout ce qui est ressenti,
de tout ce qui peut être vu sur scène.»

 

Le dernier rôle interprété sur scène par Alexia Cousin est celui de L’Aiglon, le rôle-titre de l’opéra écrit en collaboration par Jacques Ibert et Arthur Honegger, une oeuvre rarement donné, sur un livret inspiré par la pièce d’Edmond Rostand (1900), créée par Sarah Bernhardt.
Il s’agit d’une grande fresque balzacienne (qui évoque les récits de grognards qu’on peut trouver, par exemple, dans le Médecin de Campagne) racontant la jeunesse du Duc de Reichstadt, fils de Napoléon Ier et de Marie-Louise, sa volonté d’émancipation de la tutelle des princes européens, la fascination qu’il a pour l’écrasante figure paternelle et finalement sa mort. Ce rôle, tel qu’il a été interprété par Alexia Cousin, a marqué durablement les spectateurs.

C’est le dernier des grands rôles français interprétés par la soprano, qui aura approximativement chanté 10 rôles intégraux en français, 5 en italiens, 1 en allemand et 1 en russe. Cette prééminence du répertoire français dans sa carrière est favorisée par une diction exemplaire, parfaite jusque dans l’extrême aigu. Les consonnes claquent, retentissent avec netteté, les voyelles sonnent clairement. La voix est également très à son aise dans le grave de la tessiture, elle est charnelle, sensuelle, d’une volontaire et émouvante fragilité (lors des comptines de l’acte V, par exemple) et d’une ardeur brûlante. Alexia ne fait pas que chanter, elle se donne à son personnage avec une générosité vocale totale. La fin de l’acte IV est le plus impressionnante, à ce point de vue, avec cette succession de cris d’horreur poignants et de retour à soi de l’Aiglon chef de guerre, donnant froidement des ordres inutiles à ses soldats. Son agent Laurent Delage décrivait d’ailleurs sa présence scénique en parlant d’une «exigence artistique forte» qui l’amène à vouloir énormément «donner, sans aucune concession, sans aucun ménagement de soi». Elle n’aura pas été la seule à pleurer lors de ces soirées de l’automne 2004.

 

Extraits d’une interview avec Jérémie Rousseau diffusée sur France Musique le 16 octobre 2004, avant la diffusion de l’opéra :

Jérémie Rousseau : (…) Vous avez chanté ce rôle-titre de L’Aiglon dans une jolie production de l’Opéra de Marseille qui vient juste de se terminer. Comment avez-vous découvert cet opéra ?
Alexia Cousin : Alors tout d’abord, pardonnez-moi, mais ce n’est pas une « jolie » production ! (rires)
JR(faussement étonné) : Ce n’est pas une jolie production ?
AC : Non, ce n’est pas une « jolie » production, c’est une magnifique production ! (rires) J’ai découvert cet opéra très récemment, je ne connaissais pas du tout L’Aiglon et c’est la proposition de Renée Auphan qui m’a permis de découvrir l’œuvre. J’avoue que j’étais un peu sceptique, au départ.
JR : Pourquoi étiez-vous sceptique ?
AC : Parce que je trouve que le rôle travesti est une vraie difficulté, à l’opéra. J’aimais beaucoup la pièce, que je connaissais, mais je me demandais ce qu’on pouvait y ajouter. Je n’étais pas partante d’emblée et puis, finalement, en découvrant l’œuvre, en travaillant et en dépassant aussi certains a priori, je me suis vraiment passionnée pour elle.
JR : C’est un rôle écrasant. L’opéra est court, il dure moins de deux heures, je crois, mais vous êtes quasiment tout le temps sur scène, ça demande un gros effort.
AC : Oui, c’est vrai. C’est un vrai rôle-titre qui vaut vraiment le coup d’être endossé, à la fois pour le personnage et aussi vocalement : c’est un vrai enrichissement que de jouer cet Aiglon.
JR : C’est la première fois que vous jouiez un rôle travesti ?
AC : Oui, c’est la première fois et je crois qu’il y aura certainement peu d’autres occasions, parce qu’il y a peu de rôles travestis pour sopranos, à l’opéra.
JR : Pour un soprano dramatique comme vous, qui plus est.
AC : Oui.
JR : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce spectacle ? On a dit que c’était une magnifique production, qui est signée Patrice Caurier et Moshe Leiser, Qu’est-ce que vous voudriez dire aux auditeurs de France Musique qui vont entendre cette retransmission de l’Opéra de Marseille mais qui n’auront pas, bien sûr, l’image, pour expliquer un peu l’atmosphère de cette production d’opéra ?
AC : Evidemment, c’est difficile de parler d’un spectacle. Ce qui est sûr, c’est que le travail a été tellement intense et tellement profond que, au-delà du fait que c’est, bien sûr, toujours dommage de ne pas voir un spectacle, ils entendront notre travail parce que tout est imbriqué et qu’on chante un personnage au sens littéral, c’est-à-dire qu’on le joue en le chantant. Le chant est imprégné de tout ce qui est ressenti, de tout ce qui peut être vu sur scène.
JR : Est-ce que vous vous êtes amusée, avant de chanter ce rôle, à écouter de vieux enregistrements de Sarah Bernhardt, par exemple, ou d’autres comédiens et comédiennes ?
AC : J’ai entendu, oui, un petit extrait de Sarah Bernhardt dans le rôle, effectivement.
JR : Depuis toujours, quasiment, cet Aiglon a été joué par une femme.
AC : Ah oui ! Depuis toujours. Enfin, après, il y a eu des reprises par certains comédiens mais, bien sûr, à la création, c’était une femme qui le jouait. Mais je crois que, finalement, le travesti apporte un trouble qui va bien à ce personnage.
(…)

 

Extraits de critiques : «Alexia Cousin trouve en Franz un autre rôle-clef de sa jeune carrière. Il ne suffit pas de dire que, physiquement, elle est le personnage : elle entre en scène, en uniforme blanc, et l’on croit voir s’animer le portrait peint par Daffinger. Sans jamais forcer sa voix purement lyrique [sic], en la modulant jusqu’au murmure, elle incarne un Aiglon blessé, juste réchauffé par un faible espoir» (M. Parouty, 3 octobre 2004, Les Echos).
«Elle est le duc de Reichstadt par le charme et l’autorité de sa voix comme par la jeunesse et l’intensité de son jeu» (J. Doucelin, 4 octobre 2004, Le Figaro).
«Le rôle du duc de Reichstadt, l’Aiglon, va comme un gant à Alexia Cousin. Elle y est magnifique. Champ et prestance. Elle crache ses éponges mitées avec infiniment d’émotion. Elle est unique» (L. Décygnes, 6 octobre 2004, Le Canard enchaîné).
«Alexia Cousin sera pour longtemps encore un Aiglon de référence» (Marseille Hebdo).
On peut aussi lire les impressions des membres d’ODB-opéra ayant assisté aux représentations.

 

 

L’Aiglon, à Marseille (octobre 2004)
Photographie © DR / Opéra de Marseille

 

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