L’ardente flamme

 

« L’opéra est plus que jamais un art moderne !
Les gens sont en manque de rêve et de sensations fortes.
Eh bien, l’opéra peut leur en donner. »

 

Alexia Cousin, c’est avant tout une forte personnalité, très attachée à la scène et à ses personnages. Dès quatorze ans, à son premier cours de chant, elle se sent des affinités particulièrement fortes avec le page des Noces de Figaro : «Quand j’ai chanté l’air de Chérubin, je haletais comme Chérubin, cet ado un peu boutonneux et amoureux qui se cherche… J’étais Chérubin… Ce fut une révélation ! J’ai compris qu’on pouvait mettre la musique au service d’une expression dramatique. Il y avait les mots, les gestes, mais aussi l’œuvre du compositeur, le soutien de l’orchestre… Le théâtre sublimé par la musique ! »

Elle vit sur scène entièrement dans la peau de son personnage. «On prétend qu’il faut conserver 50% de contrôle intellectuel et se laisser aller à 50%. Moi, je me laisse aller ! J’oublie la partition. Je chante et c’est tout.»
La communion avec le public est son moteur. Si c’est le cas de bien des artistes lyriques, elle pousse cette relation à un tel point que ceux qui l’ont vue sur scène s’en souviennent toujours, même lorsque sa performance vocale ne les a pas marqués et même si elle les a marqués négativement.
«C’est l’énergie du public qui me fait fonctionner. Les spectateurs sont ma pile électrique. A moi de donner l’impulsion. Si je sens une réponse, je donne de plus en plus. Cela peut paraître inexplicable, mais c’est très réel : le public est une masse, mais on peut percevoir les individualités. Quand je sors de scène, je peux vous dire où, dans la salle, on a le mieux écouté.»

 

 

Photographie © Eric Mahoudeau

 

Ardente défenseuse de ses choix artistiques, son idée motrice est celle de la primauté du texte sur les notes. «Pour moi, il y a un avant-Callas : des gens qui chantent des notes, et un après-Callas : des gens qui chantent en interprétant un personnage.»

Et de regretter une sorte de retour actuel au mauvais jeu d’acteur du chanteur «la main sur le cœur». On a pris le jeu timide d’Alagna en Des Grieux, à la Bastille, pour un étonnement impatienté face au chant inadéquat de sa Manon ; ne peut-on pas plutôt (ou aussi) y déceler la manifestation du contraste existant entre une véritable actrice et un artiste qui est un chanteur, avant tout ? «Devant un public avec lequel une relation immédiate et très forte se vit à chaque seconde, on ne peut pas chanter sans s’engager totalement, physiquement et mentalement. Mes modèles sont ceux qui brûlent sur scène, pas les techniciens d’exception. Je préfère mille fois quelques imperfections mais une grande intensité émotionnelle et artistique.»

C’est peut-être ce qui l’a conduite à accepter le rôle de Manon et ce qui lui a permis de tenir face aux sévères critiques qu'elle a reçu (Cf. infra). Le jeu scénique, pour elle, fait accepter un chant qui peut ne pas être à la hauteur de ce que font ses partenaires. Pas de couple plus mal assorti qu’Alagna et Cousin, en somme.

 

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