Un viaggio a Roma - S. Piau / S. Mingardo - R. Alessandrini (CD Naïve, 2018)

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EdeB
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Un viaggio a Roma - S. Piau / S. Mingardo - R. Alessandrini (CD Naïve, 2018)

Message par EdeB » 13 oct. 2018, 10:14

Un viaggio a Roma

Georg Friedrich Haendel
Sonata a cinque (HWV 288) (1707)
« Sorge il dì » (Aci, Galatea e Polifemo) (Naples, 1708) [SP - SM]
« Disseratevi, o porte d'Averno » (La Resurrezione, 1708) [SP]
« Pure del cielo... Tu del ciel ministro eletto » (Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, 1707) [SP]

Alessandro Stradella
Sonata a otto viole con una tromba, en Do majeur.
Sinfonia, « Deh, che più tardi... Queste lagrime, e sospiri » (San Giovanni Battista, 1675)

Georg Muffat – Propitia sydera (ciacona) (1701)

Alessandro Scarlatti – Su le sponde del Tebro (cantate H.705) [SP]

Arcangelo Corelli – Concerto grosso (Op. 6 no 4) (Amsterdam, 1714)

Sandrine Piau – soprano [SP]
Sara Mingaro – contralto [SM]

Concerto italiano
Rinaldo Alessandrini – direction musicale

CD Naïve, 2018


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On ne présente plus l’effervescence musicale que fut la Rome pontificale aux XVIIe et XVIIIe siècles, malgré des interdits religieux et des censures diverses qui stimulèrent in fine l’ingéniosité de librettistes et de compositeurs louvoyant entre les formes théâtrales et les obligations liturgiques : cette évolution et ce foisonnement sont évoqués par Alessandro Alessandrini dans un texte éclairant et compact dans le livret d’accompagnement du présent enregistrement. C’est donc à un voyage romain circonscrit à « quelques dizaines d’années » que nous convie le fondateur du Concerto italiano. Les partitions choisies, souvent connues de l’amateur, récapitulent l’influence prégnante qu’eut la capitale de la Chrétienté sur des compositeurs qui s’y fixèrent ou qui ne firent que la traverser : Stradella, qui créa l’oratorio, dont certains extraits sont inclus dans cet enregistrement, en l’église San Giovanni dei Fiorentini ; Georg Muffat, qui fut élève de Corelli ; ce dernier qui y résida dès 1675, illustre représentant de cette inspiration musicale, et qui fut également le premier violon de Haendel ; le « caro Sassone » dont le séjour dans l’Urbs porta d’abondants fruits vocaux ; Scarlatti, dont la cantate ici incluse n’est qu’un bref aperçu d’une activité prolifique… Il faut d’ailleurs noter que les œuvres de ces deux derniers se trouvèrent opposées lors du Carême de 1708, l’un étant le champion des Ruspoli et l’autre, des Ottoboni, familles de mécènes connues pour leur magnificence. Remarquons que malgré les remarques du chef sur l’évolution de l’opéra dans la cité papale, ce sont des œuvres sacrées qui forment la majorité de son programme électif.

Si les pages de Haendel interprétées par Sandrine Piau et Sara Mingardo ne sont pas une surprise pour l’auditeur – elles les avaient abordées en 2003 et 2009 chez Erato et pour Naïve, sous les directions d’Emmanuelle Haïm et de Stefano Montanari –, on éprouve toujours un plaisir extrême d’entendre ces deux fines musiciennes revisiter ces pages : leur duo bucolique palpite du suc d’une harmonie déjà étincelante dans le très bel enregistrement de duos et d’airs gravés chez Naïve en 2009, sous l’égide de Rinaldo Alessandrini. Quant à la proclamation angélique ouvrant tout grand les portes des Enfers, elle comporte l’assurance requise, tout comme une autorité magistrale, triomphant dans un da capo exultant d’une ornementation fouillée ; elle ne verse pourtant jamais dans un excès étouffant de festons. Si le registre extrême est moins coruscant que naguère, la musicalité et l’intimité de la soprano avec ces pièces n’ont fait que croître, bouleversant par l’espérance vibrante et poignante de sa Beauté éperdue. Ces premières plages nous conduisent vers deux sommets de poésie et de délicatesse : la Salomé de Stradella distille des soupirs mouillés de larmes dans un temps suspendu souligné par la délicate palette de l’orchestre. L’innocence feinte de la jeune fille se détrempe alors d’un machiavélisme d’autant plus séducteur qu’il se fond dans un décor aussi enchanteur, à peine effleuré par le sous-texte : cette supplication quasi angélique achèvera pourtant la vie de Jean le Baptiste… La même empathie pour la situation dramatique et un souple naturel sont tout aussi prégnants dans la cantate (probablement napolitaine) de Scarlatti, à l’étonnante trompette obligato. Si son insertion dans ce programme questionne quelque peu, on ne peut la regretter tant Sandrine Piau se coule dans les sursauts de douleur du berger Aminta et sa révolte amoureuse, avant la décrispation ultime et un apaisement bienvenu, colorant ce cheminement avec grâce et intériorité.

Le Concerto Italiano brille tout autant que la principale soliste, puisque lui sont dévolus une brillante introduction handélienne, une preste sonate de Stradella aussi chantante que gouleyante, et une chaconne chatoyante de Muffat ; mais c’est dans le concerto grosso de Corelli que l’ensemble conduit par Rinaldo Alessandrini donne toute sa mesure, adoptant des tempi sans hâte indue, ce qui permet d’en goûter pleinement la finesse, les articulations, la joie sereine (dans un Adagio amène aux séduisantes harmoniques) et la persuasion (des Allegro diaprés et attrayants).

Emmanuelle Pesqué
Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. - M. Leiris
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