Récital F.Fagioli- Venice Baroque Orchestra-Versailles le 09.06.18

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Récital F.Fagioli- Venice Baroque Orchestra-Versailles le 09.06.18

Message par pingpangpong » 13 juin 2018, 17:59

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Sinfonia en sol majeur RV 146
Cantate Cessate o mai cessate RV 684
Sinfonia en sol mineur RV 156
« Mentre dormi », air extrait de L’Olimpiade
« Nel profondo cieco mondo », air extrait de Orlando Furioso

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
« Se potessero i sospir miei », air extrait d'Imeneo
« Sento brillar », air extrait d'Il Pastor Fido

Antonio Vivaldi
Sinfonia en ut majeur extraite d'Il Giustinio RV 717

Georg Friedrich Haendel
« Scherza infida », air extrait d' Ariodante

Francesco Geminiani (1687-1762)
Concerto grosso en ré mineur “La Follia“ d'après Arcangelo Corelli

Georg Friedrich Haendel
« Dopo notte », air extrait d' Ariodante

Franco Fagioli Contre-ténor
Venice Baroque Orchestra


Pour son second récital de la saison à l'Opéra Royal de versailles, Franco Fagioli avait choisi de mettre face à face les deux “compositeurs-stars“ du baroque lyrique, Vivaldi et Haendel, avec des compositions créées autour de l'année 1730.
Assister à un récital du contre-ténor argentin est une expérience hors-normes. La comparaison avec Cecilia Bartoli, fréquente, est d'ailleurs ce qui vient naturellement à l'esprit.
Un engagement à deux cents pour cent, une énergie débordante, une participation totale du corps ayant pour conséquence des mimiques peu seyantes, une relation charnelle à la musique alliée à une joie de chanter communicative.
L'eau tiède n'étant pas sa tasse de thé, Franco Fagioli sort ses tripes pour le plus grand plaisir du public qui le lui rend bien.
D'aucuns lui reprocheront de tirer le récital vers le one-man show. Ce serait bien sûr faire fausse route, tant la musique est servie de royale façon, et pas seulement lorsque nous sommes sur la scène de l'Opéra Royal de Versailles.
Il n'est, pour s'en persuader, que d 'écouter ses enregistrements, dont le récent Handel Arias contient les quatre airs d'opéras dûs au “cher saxon“ inscrits au programme du concert de ce soir.

Vivaldi, avec quatre airs, est quantitativement servi d'égale manière; cantativement même puisqu'après une mise en bouche du seul Venice Baroque Orchestra dans la Sinfonia RV 146, Franco Fagioli interprète la cantate “Cessate omai cessate“ avec toute l'onction requise dans le premier air sur les pizzicati des cordes, avec fougue plutôt que rage pour le second.
Suivant une deuxième Sinfonia, rondement menée mais sans brutalité par des musiciens dont on aura pu admirer la délicatesse tout au long de la soirée, sachant leur Vivaldi sur le bout des doigts, le contre-ténor proposait deux airs tirés d'opéras du “Prêtre roux“.

Créé au Théâtre Sant’Angelo le 17 février 1734, l'Olimpiade narre, sur fond de jeux olympiques, les amours contrariées de Licida et de son ami Megacle. Licida chante l'air “Mentre dormi“, formulant le souhait que les rêves de son ami soient empreints d'un bonheur semblable au sien.
Le contre-ténor argentin, fort de belles qualités expressives et de souplesse vocale, y met toute la simplicité que l'on trouve dans des paroles teintées de naïveté.
“Nel profondo cieco mondo“ tiré de l'Orlando Furioso, met en valeur maîtrise sans faille des vocalises, longueur de souffle et sauts de registres entre tête et poitrine qui relèvent de la haute voltige grâce à une technique éprouvée aux écarts dynamiques négociés avec crânerie.

La seconde partie du récital, consacrée à Haendel pour ce qui est du chant, n'est pas moins riche en émotions, où un timbre chaleureux, sensuel, toujours généreux en terme de couleurs, fait merveille dans Imeneo ou Il Pastor fido; ou, suivant la Sinfonia d'Il Giustinio de Vivaldi, dans un bouleversant “Scherza infida “ d'Ariodante dont on ne saurait se lasser.
Après un virtuose Concerto grosso de Geminiani d'après Corelli, brillamment enlevé par le premier violon Gianpiero Zanocco, “Dopo notte“, toujours d'Ariodante, clôt le programme, porté par une émission défiant toute concurrence, la ligne se déployant avec agilité entre tête et poitrine, sans le moindre heurt, notamment dans de goûteuses vocalises, dont le contre-ténor semble lui-même s'enivrer.
Acclamé debout, Franco Fagioli ne se ménage pas dans son premier bis, un insensé “Crude Furie “, de Sersé, réclamé par un spectateur, à raison, tant cet air permet par sa virtuosité de laisser la salle abasourdie.
Après tant d'insolence, le tube qu'est“Ombra mai fu“, ajoute une note sentimentale mais dispensable, une légère mais compréhensible fatigue vocale se faisant sentir au terme de cette longue soirée de deux heures quarante, après laquelle, paraphrasant le titre octroyé aux Frères Jacques, on pourrait qualifier le contre-ténor argentin d'Athlète complet du baroque.

E.Gibert
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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Re: Récital F.Fagioli- Venice Baroque Orchestra-Versailles le 09.06.18

Message par PlacidoCarrerotti » 13 juin 2018, 18:48

Ayant vu tous ses récitals / concerts récents à Paris et Versailles depuis de nombreuses années, j'ai trouvé que c'était l'un des tous meilleurs depuis longtemps. Il y a eu quelques moments fabuleux : la cantate notamment en première partie, l'Orlando (aussi excitant que Marilyn Horne) et, en seconde partie un mélange d'airs d'une brulante émotion et d'autres, virtuoses, avec des écarts de tessiture absolument incroyables.
Fa-bu-leux.
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Re: Récital F.Fagioli- Venice Baroque Orchestra-Versailles le 09.06.18

Message par pingpangpong » 13 juin 2018, 20:04

La façon qu'il a de se mettre en danger, l'impression qu'il donne d'être possédé par la musique, mettant un long temps avant d'en sortir et de saluer, sont proprement jubilatoires.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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