Lévinas : Les Nègres ? Kontarsky/Nordey ? Genève, 2004

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Lévinas : Les Nègres ? Kontarsky/Nordey ? Genève, 2004

Message par philou » 05 mai 2004, 09:37

Petit compte rendu pour les amateurs de contemporain :

Levinas évite l'hermétisme ou la complexité contemporaine (on est très loin de Stockhausen ou Matthias Pintscher) : ici c'est surtout du pastiche : valse lente, berceuse), ou alors spirale electro-acoustique hypnotique répetitive sur une base harmonique très tonale....rien de très surprenant, un brin ennuyeux, parfois très inspiré (le duo entre la Reine et Félicité, ou le grand monologue de Diouf).

Mise en scène de Nordey réduite au strict minimum, mais dans une épure très design, avec des lumières somptueuses, tout en noir et blanc, en lignes symétriques, costumes soignés et sobres : du travail minimiliste de très bonne facture, avec une direction d'acteurs très poussée...

La pièce de Genet, qui sert de base au livret, sorte du Théâtre dans le Théâtre pour souligner les méfaits de la colonisation et de la domination culturelle européenne en Afrique, n'est plus vraiment d'actualité, et semble un peu obsolète. Du coup le sujet de l'opéra tombe un peu à l'eau. Tant qu'à faire, quitte à parler de l'Afrique en 2004, il aurait mieux valu une création contemporaine sur le génocide rwandais, ou les incessantes guerres en Afrique de l'Ouest, ou le désastre angolais. Lévinas s'en défend en disant que la pièce parle d'un antagonisme irreductible entre blancs et noirs, qui sera à jamais d'actualité : "la modernité des Nègres est une modernité par essence. Et si la pièce de Genet s'inscrit dans le contexte des années soixante, en tant que dénonciation du racisme et du colonialisme ambiant, elle n'est pas réductible à cet ancrage. L'oeuvre transcende une époque au tempérament optimiste, en assénant malgré elle le refus de tout espoir. C'est là où le texte échappe à Genet, et où il reste d'actualité aujourd'hui, dans un monde qui a perdu tous ses repères. Le blanc et le noir sont à jamais irréconciliables" : ça justifie le choix de la pièce de Genet, mais je trouve ça tellement fataliste et désespéré comme vision du monde que je prefère ne pas m'attarder......

La ligne vocale chez Lévinas est vraiment pauvre, et les rares moments lyriques sont appréciés comme un verre d'eau fraiche en plein Sahara. La distribution est solide et de qualité convenable, à part la diction (ce sont tous des chanteurs noirs-américains, dont le français est plus qu'approximatif). Trois voix sortent vraiment du lot : Fabrice di Falco (contre-ténor au timbre délicat et au volume ample), Bonita Hyman (une alto à la voix chaude, maternelle, suave, souple...un délice), et Mark Coles, une basse profonde que l'on aimerait entendre en Sparafucile, ou en Roi Marke....

Une production en demi-teinte en somme, à l'esthétique aboutie, avec quelques voix très intéressantes, et une musique à de trop rares moments captivante, mais qui ne tient jamais en haleine, et qui ne réussit pas vraiment à insuffler un quelconque mystère ou une quelconque fascination,...

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