La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

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JdeB
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La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par JdeB » 04 juil. 2019, 07:00

Óliver Díaz, direction musicale

Ana María Martínez, soprano
Ismael Jordi, ténor
Plácido Domingo, baryton

Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Les ballets d'Antonio Gades

Orange, le 6 juillet 2019


Placido Domingo a déjà donné dans notre pays deux soirées consacrées à la zarzuela comme ténor et, ce soir, une troisième comme baryton. La première, le 23 janvier 1996, aux côtés de Maria Bayo et de Raquel Pieriotti s'est tenue dans le cadre du Midem de Cannes, au Palais des festivals, sur invitations aux professionnels du Salon tandis que celle de Nice, le 16 décembre 1998, était ouverte à tous, à l'Acropolis. Il y était entouré de Cecilia Diaz et, déjà, d'Anna Maria Martinez.

A l'occasion de ce concert niçois, le tenorissimo avait livré dans le programme de salle un texte très personnel sur son rapport au "genero" intitulé "les berceuses de mon âme". On y apprenait que ses parents s’étaient rencontrés lors d'une représentation de Sor Navarra de Moreno Torroba où sa future mère devait déclaré sa flemme au personnage incarné par son futur père. Ce dernier avait donc l'habitude de plaisanter en disant qu'après trois mois de déclaration d'amour incessantes de la part de sa partenaire "il n'avait plus le choix et avait dû capituler". Ils se sont mariés à Madrid le 1 avril 1940.
Six ans plus tard, ils sont partis avec leur petit Placido de 5 ans avec la troupe de Moreno Torroba pour une tournée au long cours aux USa et au Mexique où ils ont monté leur propre compagnie.
C'est dans leur troupe que leur fils fait ses débuts sur scène, aux côtés de sa sœur, dans El gato montes pour jouer les Gitanillos. Sa première prestation en solo fut dans Gigantes y Cabezudos et son premier grand rôle dans Luisa Fernanda.

On y apprend aussi qu'il existe des enregistrements de la voix de son père qui ressemble beaucoup à celle de son illustre rejeton qui "sent couler dans ses veines", de manière passionnée "ce profond et magnifique héritage".

On sait qu'il a créé un prix de zarzuela dans le cadre d'Operalia qui porte le nom de sa mère Pepita Embil.

Moins en forme qu'à la Philharmonie de Paris en janvier dernier pour son gala Verdi, Placido Domingo nous donne quelques inquiétudes en début de soirée pour triompher ensuite, d'une voix pleine, assurée, projeté, irriguée d'humanité et portée par une ferveur inaltérée dans un No puede ser de grand relief et un Amor vida de mi vida digne de sa légende.

Anna Maria Martinez
a retenu les leçons d'économie de soi de Kiri Te Kanawa et ne sort de sa torpeur qu'après l'entracte ne se montrant à la hauteur de sa réputation qu'en toute fin du concert.

Ismaël Jordi fait admirer la longueur de son souffle et la facilité de sa quinté aiguë ainsi qu'une belle prestance.

Le chef Óliver Díaz chouchoute ses solistes avec énergie, précision et allant à la tête d'une phalange monégasque pleine de verve et de vivacité.

Les projections vidéos, si elles n"évitent pas toujours l'écueil du kitsch, s’intègrent avec intelligence dans les contours et les volumes du Grand Mur.

Le Ballet d'Antonio Gades apporte du piment doux et de la couleur locale vintage à cette soirée espagnole qui a garni amplement les gradins d’un théâtre antique ibérique pour un soir.

Jérôme Pesqué
"Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 00:42

On ne demandait pas beaucoup à cette soirée de zarzuelas (ma passion), seulement du plaisir par une nuit d’été. Nous aurons eu des plaisirs.
Bien entendu le public était venu pour le presque dernier tour de piste du maitre maintenant qu’il joue les prolongations, et chaque apparition est saluée comme un cadeau surnuméraire.
Après un faible tour de chauffe en La del soto del parral et un duo de l’Africaine malmené aux aigus pénibles sur la dernière section et deux transpo (dont une sur un aigu rajouté !), on pouvait craindre le concert de trop. Puis la magie opère comme toujours avec un répertoire où il se meut comme un poisson dans l’eau et on monte de cran en cran, d’air en air. On retrouve cette projection miraculeuse et toujours cette intensité et cette humanité dans l’interprétation, notamment dans le dernier air de la première partie: "no puede ser" (transposé). La seconde partie avec son rôle fétiche, Vidal (air & duo), nous offre le meilleur avec un sommet : cet « Amor vida de mi vida » que nul n’a chanté, ne chante et probablement ne chantera comme lui (même si un accroc lui fera carrément sauter une phrase mais qui ne connaissait pas l’air, ne s’en aperçut pas, un vrai pro.). On sera indulgent pour le duo avec petit plantage et triche dans le récitatif de La del manojo de rosas qui conclut la soirée avant ce très surprenant bis pour baryton et danseuse, un ultime moment de grâce (ojos verdes, tonadilla de León, Quiroga et Valverde, sortie des oubliettes).
Jordi nous étale ses limites en première partie avec une jota et un duo (leyenda del beso) auxquels il ne peut prétendre mais revenu à des airs et duos correspondants à son format en seconde partie (Luisa Fernanda, el Gato Montès et surtout el último romántico), il peut faire montre de ses qualités de ténor lyrique tout en nuances et en séduction viririle; il cueille l’affection du public.
En ce qui concerne la cossarde fonctionnaire sud américaine, elle justifie à elle seule les manifestations actuelles contre le Mercosur et l'importation de tels produits. Si vous ne saviez pas à quoi ressemble un poulet lavé à la javel, maintenant vous serez fixés.
L’orchestre de Monte Carlo dans un programme qui ne lui est probablement pas familier se montre extrêmement à l’aise et digne du lieu où il se trouve (les musiciens seront visiblement surpris de l’accueil du public). Le chef Oliver Diaz mène tout ce monde avec expertise et se montre remarquablement attentionné aux limites diverses et variées du plateau.
Pour compléter les plaisirs divers, un ballet de Gadès à qui on demandait de l’illustratif et qui le fait mais avec la classe qu’on lui connait et au final une très belle impression (au sens de l’empreinte) rétinienne .

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par pingpangpong » 07 juil. 2019, 07:37

Dommage que ce répertoire soit totalement absent de nos scènes, la Generala d'A.Vives, au Châtelet il y a quelques années, n'ayant pas eu de suite.
Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
Jules Renard

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 08:35

pingpangpong a écrit :
07 juil. 2019, 07:37
Dommage que ce répertoire soit totalement absent de nos scènes, la Generala d'A.Vives, au Châtelet il y a quelques années, n'ayant pas eu de suite.
oui mais malheureusement on n'avait pas présenté aux Parisiens la meilleure des zarzuelas pour éveiller leur curiosité. :mrgreen:
Il y avait eu à la même époque une remarquable Dona Francisquita au Capitole :Jumpy:

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par PlacidoCarrerotti » 07 juil. 2019, 09:33

:lol:
Ce concert s’imposait rien que pour la critique de Lois
"Quand on se cogne la tête avec un livre et que ça sonne creux, cela ne veut pas dire que le livre est vide". (Otto Klemperer)

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 09:57

il y a bien sur le récent enregistrement avec Martinez mais la référence absolue restera, aussi à Salzbourg mais quelques décennies plus tôt :
Image
que je conseille plus que passionnément à ceux qui voudraient découvrir ce répertoire

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Bernard C » 07 juil. 2019, 11:16

J'aime énormément Ana María Martínez depuis des années dans tous les opéras où je l'ai entendue notamment dans les théâtres nord américains.

Je ne sais rien de ce qui s'est passé à Orange dans ce show .
Mais je ne peux pas laisser traiter cette chanteuse de cette façon , comme règle générale .

C'est une magnifique chanteuse notamment dans Verdi.

Bernard
"nul être ne va au néant considérant la certitude de sa mort et l'incertitude de son heure" . Léonard au Clos-Lucé

juste pour vous :
https://youtu.be/BWBFzDENf08

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Message par pingpangpong » 07 juil. 2019, 11:18

Loïs a écrit :
07 juil. 2019, 09:57
il y a bien sur le récent enregistrement avec Martinez mais la référence absolue restera, aussi à Salzbourg mais quelques décennies plus tôt :
Image
que je conseille plus que passionnément à ceux qui voudraient découvrir ce répertoire
Toutafait. Je confirme, et puis peut -être aussi l'anthologie chez Brilliant avec Carreras et Berganza que l'on trouve facilement à petit prix .
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Enfin elle avait fini ; nous poussâmes un gros soupir d'applaudissements !
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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 11:29

Bernard C a écrit :
07 juil. 2019, 11:16
J'aime énormément Ana María Martínez depuis des années dans tous les opéras où je l'ai entendue notamment dans les théâtres nord américains.
Je ne sais rien de ce qui s'est passé à Orange dans ce show .
Mais je ne peux pas laisser traiter cette chanteuse de cette façon , comme règle générale .
C'est une magnifique chanteuse notamment dans Verdi.
Je n'avais aucun à priori contre elle ne la connaissant que par les enregistrements et notamment du concert de Salzbourg qui me sert d'ailleurs de base de travail.Mais là comme dirait ma voisine d'un age assumé qui trouvait tout extraordinaire ou magnifique et soupirait à chaque fois que Domingo entrait "qu'il est beau" (incroyablement vrai quand il est de face mais au vu de sa démarche de vieillard et de son profil, il aurait mieux valu qu'il traverse la plateau en favouille), et je ne parle pas de Jordi et des danseurs, danseuses, etc.... se tourne vers moi et dit : "j'ai connu Berganza et Lorengar, je ne peux décemment pas applaudir".
Aucun reproche sur le plan vocal ni même stylistique (alors qu'elle n'est pas espagnole), c'est de la belle ouvrage mais (parce qu'elle savait que Jérôme regardait la télé? :lol: ) elle n'a chanté que pour les micros et la caméra n'en ayant strictement rien à f.... du public qui avait payé. Et je ne parle pas de la puissance vocale (elle a du plus transpirer en ouvrant son sac à main pour enfourner son cachet que ce qu'elle offrit hier) mais de cette absence inouïe de la moindre intention. C'est bien simple elle ponctuait ses phrases de gestes pour faire comprendre si ce qu'elle chantait était triste ou joyeux.

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Re: La Nuit espagnole avec P. Domingo- Orange- 6/07/2019

Message par Loïs » 07 juil. 2019, 12:08

pingpangpong a écrit :
07 juil. 2019, 11:18

Toutafait. Je confirme, et puis peut -être aussi l'anthologie chez Brilliant avec Carreras et Berganza que l'on trouve facilement à petit prix .
Image
Oh que oui , un autre pilier de ma discothèque (avec de belles pages orchestrales)
Sony a sorti une anthologie avec les meilleurs (I love ...zarzuelas): Carreras, Domingo, Kraus, Caballé, Berganza, Lorengar, Ausensi, Arragal & Iriarte.
Sinon on trouve pour quelques euros des intégrales (notamment: boutique à Madrid à proximité de la Puerta del sol avec collection énorme) mais attention le son est souvent déplorable

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