Gesualdo - Répons de ténèbres pour le Jeudi Saint- Arts Florissants/P.Agnew-Ambronay 30/9/2018

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Gesualdo - Répons de ténèbres pour le Jeudi Saint- Arts Florissants/P.Agnew-Ambronay 30/9/2018

Message par petitchoeur » 01 oct. 2018, 20:09

Carlo Gesualdo (1566-1613) : Répons de Ténèbres pour le Jeudi Saint

Les Arts Florissants :
Paul Agnew direction musicale
Miriam Allan, Maud Gnidzaz sopranos
Mélodie Ruvio contralto
Paul Agnew, Sean Clayton ténors
Edward Grint basse

Motet « Tribulationem et dolorem » Sacrae Cantiones (1603)

Premier nocturne :
Antienne : Zelus domus tuae comedit me (Plain chant) Psaume 68 : Salvum me fac, Deus (Plain chant)
Lectio 1 Incipit Lamentation Jeremiae Prophetae. Quomodo sedet sola (Plain chant)
Gesualdo, Répons 1 : « In monte Oliveti oravit ad Patrem »

Lectio 2 Et egressus est a filia Sion omnis decor ejus (Plain chant)
Gesualdo, Répons 2 : « Tristis est anima mea usque ad mortem »

Lectio 3 Manum suam misit hostis ad omnia desiderabilia ejus (Plain chant)
Gesualdo, Répons 3 : « Ecce vidimus eum non hebentem speciem, neque decorem »

Deuxième nocturne :
Antienne : Liberavit Dominus pauperem a potente (Plain chant) Psaume 71 : Deus, judicium tuum regi da (Plain chant)
Lectio 4 Exaudi, Deus, orationem meam (Plain chant)
Gesualdo, Répons 4 : « Amicus meus osculi me tradidit signo »
Lectio 5 Utinam ergo qui nos modo exercent (Plain chant)
Gesualdo, Répons 5 : « Judas mercator pessimus osculo petiit Dominum »
Lectio 6 Quoniam vidi iniquitatem et contradictionem in civitate (Plain chant)
Gesualdo, Répons 6 : « Unus ex discipulis meis tradet me hodie »

Troisième nocturne :
Antienne : Dixi iniquis : nolite loqui (Plain chant) Psaume 74 : Confitebimur tibi, Deus (Plain chant)
Lectio 7 Hoc autem praecipio
(Plain chant)
Gesualdo, Répons 7 : « Eram quasi agnus innocens »
Lectio 8 Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis (Plain chant)
Gesualdo, Répons 8 : « Una hora non potuistis vigilare mecum »
Lectio 9 Itaque quicumque manducaverit panem (Plain chant)
Gesualdo, Répons 9 : « Seniores populi consilium fecerunt »
Antienne : Christus factus est pro nobis obaediens usque ad mortem (Plain chant)

Carlo Gesualdo, Motet « Miserere mei Deus »

Abbatiale d'Ambronay le 30 septembre 2018.

Depuis plus de trente ans, les Arts Florissants se produisent régulièrement à Ambronay sous la direction de William Christie et, ces trois dernières années, sous celle de Paul Agnew avec les Madrigaux de Monteverdi. Cette année débute un nouveau cycle consacré à Gesualdo compositeur d'un livre de Répons pour l'Office des Ténèbres du Triduum Pascal. Ce soir les Répons du Jeudi Saint.
Don Carlo Gesualdo, Prince de Venosa (1566-1613) est issu d'une des familles les plus nobles d'Italie qui choisit la musique comme métier - luthiste, chanteur, compositeur- décision dégradante pour un noble. C'est un personnage étrange, violent, vindicatif et cependant d'une grande piété (selon Paul Agnew dans le programme du jour). En 1566 il épouse sa cousine Donna Maria d'Avalos, jolie femme qui en était à son troisième mariage. La délaissant, celle-ci devint l'amante du duc d'Andria. Carlo Gesualdo les fit assassiner ainsi que son fils dont il doutait de la légitimité. Il se réfugia alors dans son château de Gesualdo. Son oncle Charles Borromée, évêque de Milan et futur Saint, le prit heureusement sous sa protection. En deuxième noces il épousa une Este, fille du duc de Ferrare. Mariage aussi malheureux : les Este utilisant tous les moyens pour obliger leur fille Eleonora à divorcer de Gesualdo, en vain. Eleonora réussit à le ramener dans le sein de l'Eglise. Gesualdo mena alors une vie de grande piété. Mais toute son oeuvre est marquée par les remords et par la mort car il est resté toute sa vie profondément tourmenté par son passé.
Les Responsoria et alia ad Officium Hebdomadae Sanctae spectantia : Feriae V in Coena Domini sont publiés en 1611. Trois séries de neuf madrigaux sacrés, chacune pour les Jeudi, Vendredi et Samedi Saints, qui précèdent le dimanche de Pâques. Pour le Jeudi saint sont rappelées la dernière Cène de Jésus avec ses apôtres et l'institution de l'Eucharistie, la dramatique prière de nuit à Gethsémani, la trahison de Judas et l'arrestation de Jésus dans le jardin des Oliviers sur ordre du Conseil des Anciens. Chaque madrigal est une réponse composée par Gesualdo aux textes de l'Ancien (extraits des psaumes, des prophètes) ou du Nouveau Testament (extraits des évangiles, des lettres de Paul), chantés en plain-chant c'est à dire psalmodiés à l'unisson par les voix d'hommes ou/et des femmes.
Gesualdo est un compositeur qui fait preuve d'une grande nouveauté d'écriture. S'il pratique un contrepoint très savant issu de la musique de la Renaissance, il préfigure déjà l'audace et la liberté de la musique baroque. Les textes mis en musique sont l'occasion d'exploiter à fond l'expressivité des paroles, de les traiter avec des changements de rythmes et de nuances et par des harmonies audacieuses . Le Tristis est anima mea usque ad mortem (Mon âme est triste jusqu'à la mort) de Jésus est bouleversant dans le répons 2 tandis que les versets suivants s'agitent à l'image du texte qui annonce la fuite des apôtres après son arrestation. Ou encore le répons 3 avec sa variété de tempi et ses dissonances sur et dolores nostos ipse portavit (et il s'est chargé de nos souffrances). Tout ce répons est d'une une écriture descriptive étonnante. Le répons 5 évoque Judas avec violence et son baiser accepté par le Christ avec la douce tristesse de l'Agneau innocent. Comme le répons 8 dans lequel la musique décrit toute la hâte de Judas à livrer Jésus. Et encore, dans le répons 9, le Seniores populi consilium fecerunt : ut Jesum dolo tenerent et occiderent (Les Anciens du peuple ont pris conseil d'accuser Jésus de crime et de le mettre à mort) qui est chanté avec une force inouïe. Un motet de Gesualdo introduit ce Nocturne du Jeudi Saint et le Miserere (psaume 50) le conclut.
Paul Agnew dirige du regard et d'une main discrète son ensemble tout en tenant une partie de ténor. Avec une parfaite précision dans les psalmodies pourtant si difficiles à mettre en place, une parfaite précision dans la maîtrise de l'écriture contrapuntique complexe de Gesualdo et ses changements incessants de tempi, d'intensité, de caractères et d'intention en fonction du texte ! L'auditeur reste subjugué pendant l'exécution de ce Nocturne devant la qualité d'interprète des cinq chanteurs des Arts Florissants : Miriam Allan et Maud Gnidzaz, sopranos, Mélodie Ruvio, contralto, Sean Clayton, ténor et Edward Grint, baryton-basse. Homogénéité des voix, beauté des timbres, parfaite maîtrise technique, clarté de la prononciation sont les fruits d'une longue connivence et d'une profonde imprégnation de cette écriture. Tout auditeur, croyant ou non, ne peut qu'entrer bouleversé dans ces Ténèbres de la Semaine Sainte. Espérons, dans la programmation d'Ambronay 2019, les Répons du Vendredi Saint.

Pierre Tricou

PS : Mélodie Ruvio était la semaine précédente à Ambronay l'excellente contralto du choeur d'Acis et Galatée de Haendel donné par Damien Guillon et son Banquet Céleste. Et Edward Grint était le fabuleux Polyphème dans la même production. On ne peut être qu'admiratif devant les compétences multiples de ces chanteurs.

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