Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par dongio » 31 mai 2018, 22:40

La sècheresse de la fosse est elle voulue pour aller de pair avec la sècheresse du décor et de cette terre désolée, grisâtre, volcanique où Carsen situe son Orfeo ed Eurydice? Si le spectacle de ce fait montre drame et douleur, l'orchestre en forme moyenne (vents difficiles) et la direction souvent aride de Fasolis reste en deçà de ce que l'on pourrait attendre de l'œuvre, que Gardiner avait su magnifier dans son magnifique Orphée du Châtelet en 1999, et qui reste pour moi la plus belle vision musicale de l'œuvre entendue à ce jour. Le I reste sur le seuil de l'émotion mais le II et le III verra l'orchestre progresser et prendre possession de la tragédie et de la souffrance, pour atteindre son acmé avec le soutien de "Che faro" qui n'est que souffle, plainte, remords et désespoir. Excellentes cordes qui sont à ce moment autant de caresses consolatrices. Magnifique moment, précédé par la véhémence amère lors de la confrontation d'Eurydice et d'Orphée.
Bons chœurs, même si manquant de grandeur à mon sens, de tragique. Du beau chant, mais peu d'interprétation et de possession. Là aussi, le Monteverdi Choir de l'époque...
Carsen réussit une mise en scène sans emphase ou fioritures, mais faite de vrai, d'évidence, de naturel dans la narration du propos. On le répète, peu de décors sinon ce plateau circulaire volcanique, des lampes à huile, et de magnifiques éclairages pour évoquer les lieux, l'instant, l'émotion. On gardera longtemps en mémoire le noir qui apparaît en fond de scène lorsque Orfeo regarde Eurydice et que tout se perd. Pas d'interprétation hasardeuse: le texte, tout le texte, rien que le texte, et avec un respect profond et vrai. Magnifique et sensible travail simple d'efficacité théâtrale: douleur grise du I (on l'a dit), effroi rouge du II, retour à la désolation des cendres au III. "Que voulez vous de plus, que voulez vous de moi?" aurait dit Prévert. Rien, on vous l'a dit aussi: une forme d'évidence. Pas besoin dès lors du show spectaculaire dont les époux Hermann avaient à Bruxelles décoré l'œuvre (Halles de Schaerbeek, mais quand encore?) ou de la froideur bleutée et rigide de Wilson au Châtelet. Le verbe calzabigien ici dans une pureté quasi racinienne.
Beckmesser trouvera des critiques au chant de ce soir. Si Jaroussky fait frissonner d'emblée par des "Eurydice" désespérés de bête fauve, son I ne suscitera que peu d'intérêt dramatique, avec un médium bizarrement peu assuré et des graves maigres. Méforme de début de spectacle? On le trouvera plus parfait d'engagement vocal et de plénitude de son au II et surtout au III, où son affrontement avec Eurydice le retrouvera tel qu'on l'apprécie, royal de timbre et de ligne, pour culminer sur un "Che faro" bouleversant et qui seul justifierait dans cette mise en scène face au corps désarticulé d'Eurydice que l'on applaudisse dans son cœur, le moment poignant entre tous interdisant toute manifestation sonore. Le public d'ailleurs ne s'y est pas trompé, restant profondément silencieux, et comme lui aussi prostré de douleur. Patricia Petibon chante Eurydice en grande tragédienne et s'engage corps et âme dans ce rôle , s'y brûlant mais en payant le prix de quelques notes blanches mal venues. Le reste demeure d'une grandeur vocale splendide qui nous saisit aussi à la gorge de par l'incarnation montrée. De plus, la possession dramatique du rôle qu'elle a travaillé avec Carsen est bouleversante, et sa mort au moment du regard de l'époux est, même dans son aspect fugitif, un vrai, un grand moment de théâtre, qui plus est magnifié par les gestes, l'angoisse que Jaroussky met à ce moment dans sa partie. Délicieux Amore effectivement d'Emöke Barath , silhouette androgyne pour devenir double d'Orfeo au I, d'Eurydice au III, et au chant cristallin et bien conduit sur toute la tessiture.
Quelques scories ci et là recensées par d'autres effectivement. Mais spectacle de très haute tenue, de vraie grandeur et de sincérité honnête. Bravo et merci.

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par Piem67 » 01 juin 2018, 09:53

HELENE ADAM a écrit :
23 mai 2018, 07:29
Beaucoup de problème de justesse surtout lors de l'ouverture pour l'ensemble "I Barocchisti " qui a peiné à accorder ses instruments au début de l'opéra. Par la suite c'est mieux
Je ne sais pas si vous avez entendu le Classic Club de vendredi dernier mais Christian Merlin racontait que pendant les répétitions, l'orchestre a dû changer de diapason et passer de 415 à 440, soit 1/2 ton d'écart ce qui est énorme pour un instrument à cordes habituellement accordé à 415. Les vents ont dû soit changer d'instrument soit changer d'un corps de l'instrument. Par expérience, je puis vous dire que les instruments baroques joués à un diapason autre que celui pour lequel il a été construit sonnent mal (je pense au traverso pour ma part). Ceci explique donc cela.

La raison de cette hausse du diapason ? La version choisie pour les représentations du TCE s'est révélée trop grave pour Jarousky et les réserves que certains font sur sa prestation confirment cela (sur le CD, c'est une autre version de l'opéra qui a été choisie, plus aiguë).

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par HELENE ADAM » 01 juin 2018, 10:18

Piem67 a écrit :
01 juin 2018, 09:53
HELENE ADAM a écrit :
23 mai 2018, 07:29
Beaucoup de problème de justesse surtout lors de l'ouverture pour l'ensemble "I Barocchisti " qui a peiné à accorder ses instruments au début de l'opéra. Par la suite c'est mieux
Je ne sais pas si vous avez entendu le Classic Club de vendredi dernier mais Christian Merlin racontait que pendant les répétitions, l'orchestre a dû changer de diapason et passer de 415 à 440, soit 1/2 ton d'écart ce qui est énorme pour un instrument à cordes habituellement accordé à 415. Les vents ont dû soit changer d'instrument soit changer d'un corps de l'instrument. Par expérience, je puis vous dire que les instruments baroques joués à un diapason autre que celui pour lequel il a été construit sonnent mal (je pense au traverso pour ma part). Ceci explique donc cela.

La raison de cette hausse du diapason ? La version choisie pour les représentations du TCE s'est révélée trop grave pour Jarousky et les réserves que certains font sur sa prestation confirment cela (sur le CD, c'est une autre version de l'opéra qui a été choisie, plus aiguë).
Merci mille fois pour ces précisions qui expliquent clairement ce que nous avons entendu lors de la Première avec cette impression d'une difficulté à accorder les instruments. Il est possible que par la suite, les instruments aient été changés pour s'adapter à ce diapason. Effectivement, nous avions déjà échangé une autre fois à propos de ce niveau de diapason pour la musique baroque et, autant que je me souvienne, il s'agissait de Stanislas de Barbeyrac expliquant qu'il avait du s'adapter à un diapason plus bas que d'habitude, mais je ne sais plus dans quelle pièce.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par Piem67 » 01 juin 2018, 10:32

Il n'en reste pas moins que ce changement est plus qu'étonnant et à dû handicaper bien du monde...
Pourquoi Jarrousky ne s'est-il pas rendu compte bien plus tôt de l'inadéquation de ce diapason (si ce n'est de cette version) pour sa voix ??...

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 01 juin 2018, 11:00

Je ne comprends pas, désolé :eyes: . Le diapason devait être de 415 (répétitions), il a été passé à 440 (spectacle) mais sur le CD ce serait encore plus aigu ?
Je croyais que 440 était le diapason moderne le plus communément utilisé.
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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par HELENE ADAM » 01 juin 2018, 11:11

PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:00
Je ne comprends pas, désolé :eyes: . Le diapason devait être de 415 (répétitions), il a été passé à 440 (spectacle) mais sur le CD ce serait encore plus aigu ?
Je croyais que 440 était le diapason moderne le plus communément utilisé.
JdeB dans sa présentation (début de fil) précise bien que le TCE donne la version originale de 1762 et non celle de 1774, qui est celle qui a été enregistrée avec presque la même équipe (sauf Petitbon). Cette dernière version a été transposée par Gluck pour s'adapter à un soprano castrat alors que la version originale avait été écrite pour un contralto castrat. Ce n'est donc pas la même partition.
Au TCE, la version de 1762 n'a cependant pas pu être donnée au diapason prévu (voir plus haut) mais rehaussée d'un demi-ton...reste la question posée par Piem67 : pourquoi Jaroussky at-il d'abord accepté cette version de 1762 pour finalement devoir l'adapter en dernière minute ?
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par PlacidoCarrerotti » 01 juin 2018, 11:26

HELENE ADAM a écrit :
01 juin 2018, 11:11
PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:00
Je ne comprends pas, désolé :eyes: . Le diapason devait être de 415 (répétitions), il a été passé à 440 (spectacle) mais sur le CD ce serait encore plus aigu ?
Je croyais que 440 était le diapason moderne le plus communément utilisé.
JdeB dans sa présentation (début de fil) précise bien que le TCE donne la version originale de 1762 et non celle de 1774, qui est celle qui a été enregistrée avec presque la même équipe (sauf Petitbon). Cette dernière version a été transposée par Gluck pour s'adapter à un soprano castrat alors que la version originale avait été écrite pour un contralto castrat. Ce n'est donc pas la même partition.
Au TCE, la version de 1762 n'a cependant pas pu être donnée au diapason prévu (voir plus haut) mais rehaussée d'un demi-ton...reste la question posée par Piem67 : pourquoi Jaroussky at-il d'abord accepté cette version de 1762 pour finalement devoir l'adapter en dernière minute ?
Tu veux dire que la version du CD est bien au diapason de 415, mais qu'elle est naturellement plus aiguë car pour soprano ?
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par Piem67 » 01 juin 2018, 11:32

Merci d'avoir répondu plus vite que moi Hélène. Il ne s'agit en effet pas de la même version entre le disque et le TCE et les intervenants du Classic Club se demandaient bien pourquoi Jarrousky n'avait pas imposé la version faite au disque ou alors refusé d'en chanter une autre qu'il aurait dû savoir trop grave pour lui...

Quant au diapason moderne, il monte de plus en plus... on est à bien au-delà de 440 parfois, ce dont bien des chanteurs se plaignent...

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par Piem67 » 01 juin 2018, 11:33

PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:26
HELENE ADAM a écrit :
01 juin 2018, 11:11
PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:00
Je ne comprends pas, désolé :eyes: . Le diapason devait être de 415 (répétitions), il a été passé à 440 (spectacle) mais sur le CD ce serait encore plus aigu ?
Je croyais que 440 était le diapason moderne le plus communément utilisé.
JdeB dans sa présentation (début de fil) précise bien que le TCE donne la version originale de 1762 et non celle de 1774, qui est celle qui a été enregistrée avec presque la même équipe (sauf Petitbon). Cette dernière version a été transposée par Gluck pour s'adapter à un soprano castrat alors que la version originale avait été écrite pour un contralto castrat. Ce n'est donc pas la même partition.
Au TCE, la version de 1762 n'a cependant pas pu être donnée au diapason prévu (voir plus haut) mais rehaussée d'un demi-ton...reste la question posée par Piem67 : pourquoi Jaroussky at-il d'abord accepté cette version de 1762 pour finalement devoir l'adapter en dernière minute ?
Tu veux dire que la version du CD est bien au diapason de 415, mais qu'elle est naturellement plus aiguë car pour soprano ?
je pense qu'il doit y avoir aussi des tonalités plus aiguës, mais je ne connais pas assez les différentes version de l'O&E

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Re: Gluck- Orfeo ed Euridice- Fasolis/ Carsen- TCE & Versailles- 05 & 06/2018

Message par HELENE ADAM » 01 juin 2018, 12:04

Piem67 a écrit :
01 juin 2018, 11:33
PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:26
HELENE ADAM a écrit :
01 juin 2018, 11:11
PlacidoCarrerotti a écrit :
01 juin 2018, 11:00
Je ne comprends pas, désolé :eyes: . Le diapason devait être de 415 (répétitions), il a été passé à 440 (spectacle) mais sur le CD ce serait encore plus aigu ?
Je croyais que 440 était le diapason moderne le plus communément utilisé.
JdeB dans sa présentation (début de fil) précise bien que le TCE donne la version originale de 1762 et non celle de 1774, qui est celle qui a été enregistrée avec presque la même équipe (sauf Petitbon). Cette dernière version a été transposée par Gluck pour s'adapter à un soprano castrat alors que la version originale avait été écrite pour un contralto castrat. Ce n'est donc pas la même partition.
Au TCE, la version de 1762 n'a cependant pas pu être donnée au diapason prévu (voir plus haut) mais rehaussée d'un demi-ton...reste la question posée par Piem67 : pourquoi Jaroussky at-il d'abord accepté cette version de 1762 pour finalement devoir l'adapter en dernière minute ?
Tu veux dire que la version du CD est bien au diapason de 415, mais qu'elle est naturellement plus aiguë car pour soprano ?
je pense qu'il doit y avoir aussi des tonalités plus aiguës, mais je ne connais pas assez les différentes version de l'O&E
En fait Gluck avait transposé la partition du rôle-titre qui se situe donc plus haut que pour la version de 1762. Le diapason lui restait bien le même, celui de l'époque.
Jaroussky aurait donc pu chanter cette version de 1774 mais elle comporte d'autres différences qui ne plaisaient peut-être pas au chef et/ou au metteur en scène. Comme, a priori, on ne peut pas changer une partition, surtout à la dernière minute quand tous les instruments ont appris à jouer leur "partie", il a fallu changer de diapason... pour accorder les instruments eux-même "plus haut" ce qui n'est pas évident pour nombre d'entre eux. La voix humaine s'adapte évidemment plus facilement mais bon... un demi-ton c'est beaucoup et ce n'est donc pas si facile à faire.
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