Bartok- Le Château de Barbe Bleue- Conlon -ONP, 06/2004

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lyricomaniaque
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Message par lyricomaniaque » 19 juin 2004, 12:11

Me sera-t-il permis de rajouter quelques petites remarques strictement et platement Lyricoïques après cette flèche Néronienne ? :balloon:

DÉ-CE-VANT ! :cry:

D'abord la direction de Conlon : incroyable mollesse des attques, silences intempestifs, pas de tension générale, pas de tension interne dans chaque phase - ni chaque phrase, et, sur la cinquième porte (...) un évident manque de grandeur (jouer fort ne signifier pas jouer GRAND) : aucune terreur, pas de frisson, pas d'angoisse. Au lieu d'un grand Hitchcock attendu, rêvé, je n'ai entendu qu'une petite sitcom gentillette, ou un Disney moyen... Le grand arc Bartokien ne s'est pas bandé : moi non plus !

Samy, samy, what happened ??? Très beau costume en situation. Point barre. Le vibrato lent (très irrégulier ces dernières années) était hier soir vraiment colossal, le nez dans la partition et une certaine indifférence expressive n'ont pas aidé la construction du personnage. L'aigu a certes gardé sa stabilité et sa facilité, mais le jeu de couleurs s'est considérablement réduit : "adok neked harom kulcsot" était presque forte. Certes, qui pourra égaler le pianissimo ténébreux de Mihaly Szekely sur ce passage ? M'enfin, tout de même, j'ai trouvé ce mezzo-forte permanent frustrant, sans compter les très nombreux passages - dont toute la première moitié - peu audibles car situés dans le bas du registre de la voix de basse - là où Polgar réussit des merveilles... Et puis, même en version concert, on est en droit d'attendre un peu d'engagement physique, non ? Pour l'instant, la seule déception Rameyenne de ma vie...

Madame Charbonnet, un soprano dramatique ??? Il faut peut-être que je retourne à mes études, mais si Jance Baird EST un soprano dramatique, Miss Charbonnet est, elle, une Suzanna, allez, au mieux, en étant moins de mauvaise foi, une lyrique à peine renforcée... À l'Amphi, sa voix ne passait pas du tout la rampe, et il fallait vraiment deviner son contre-ut (la bouche est restée ouverte 10 à 15 secondes... mais à quoi bon ?) Elle, au moins, avait l'air de s'intéresser à ce qu'elle chantait... Mais Judith semble un rôle piégé, souvent peu audible, ou décevant en terme de projection... Et là encore, peu, très peu de couleurs - où sont les Troyanos ? les Ludwig, voire les marton et les Varady ??? Bof, bof, rebof...

Bref, une soirée tristounette... s'il n'y avait eu des ODBtistes - qui sont sortis un peu comme des escargots un jour de pluie, au fur et à mesure, d'un peu tous les coins... :clap:

Après un Nerone très en forme - imitations sur la place de l'Opéra, etc... - nous vîmes apparaître un Tuano incroyablement retenu - quand on connaît ses menaces d'exécutions sommaires :gun2: et que, comme moi, on en tremble pendant des semaines, on ne peut qu'être rassuré en voyant un Grubiste à la verve discrète - quoique toujours en éveil !!! Faustin a également pointé son nez - me repérant immédiatement comme un adversaire, mais avec élégance ! Et la comète Doudouesque :dizzy: est également passée à vive allure... Avec l'ajout de quelques comparses, cela a fait une discussion vive et sympathique devant un Garnier une fois encore source de déception : pour mon "Capriccio" de samedi prochain, cela a intérêt à être meilleur !!!!! :pray:

Comme quoi, une soirée n'est jamais totalement perdue !

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Message par JdeB » 19 juin 2004, 12:26

lyricomaniaque a écrit :
Après un Nerone très en forme - imitations sur la place de l'Opéra, etc... - nous vîmes apparaître un Tuano incroyablement retenu - quand on connaît ses menaces d'exécutions sommaires :gun2: et que, comme moi, on en tremble pendant des semaines, on ne peut qu'être rassuré en voyant un Grubiste à la verve discrète - quoique toujours en éveil !!! Faustin a également pointé son nez - me repérant immédiatement comme un adversaire, mais avec élégance ! Et la comète Doudouesque :dizzy: est également passée à vive allure... Avec l'ajout de quelques comparses, cela a fait une discussion vive et sympathique devant un Garnier une fois encore source de déception : pour mon "Capriccio" de samedi prochain, cela a intérêt à être meilleur !!!!! :pray:

Comme quoi, une soirée n'est jamais totalement perdue !
Je suis heureux d'apprendre que Nerone a retrouvé la pèche. Il avait l'air KO debout après Capriccio, deux jours auparavant. Seule son impériale sentence "Mais je ne suis toujours PAS réconcilié avec Madame Fleming!!!" :evil: et ses vitupérations contre l'incorrection de ses voisins d'orchestre, critiques éminents, étaient dignes de sa légende. :wink:

Quant à Tuano, c'est vrai qu'il est très différent dans le réel de l'image qu'il donne dans le virtuel. J'en parlais d'ailleurs à Tristan jeudi après-midi.

JdeB qui à la fin du mois aura certainement rencontré tous les piliers d'ODB (sauf Lyrico ?)

ODB, une autre manière de sortir à l'opéra....

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Message par Rameau » 19 juin 2004, 12:36

Après avoir fait le râleur de service pour Capriccio, je vais cette fois faire l'éternel béat :roll: ...
Bon, évidemment, je n'irai pas jusqu'à dire que Conlon est un grand chef. Cela dit, je me suis dit au cours de la saison et cela s'est confirmé hier soir, que finalement Conlon avait été, Ozawa excepté, le meilleur chef que nous ayons eu au cours de l'ère Gall (ce qui, évidemment, ne fait quand même pas beaucoup -comment l'Opéra ose-t-il sortir en DVD les insipides Contes d'Hoffmann de M. Lopez-Cobos?). Donc, j'ai trouvé l'orchestre incomparablement plus en forme que pour Capriccio, avec même un certain nombre de belles choses notamment chez les cordes. Conlon n'est jamais capable de contrôler tout à la fois, mais certains passages étaient vraiment très beaux, et la Sinfonietta était même d'un vrai bon niveau (meilleure, d'ailleurs, que celle de Boulez dans un concert pas très réussi de l'Orchestre de Paris...). Sinon, en effet, les deux chanteurs manquaient tous deux d'implication et surtout de volume. Enfin, le plus important pour moi est que M. Conlon s'en va sans me laisser un trop mauvais souvenir, grâce aussi aux Maîtres-Chanteurs du mois de novembre!

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Message par JdeB » 19 juin 2004, 13:09

C'est vrai que c'est dans Wagner que Conlon s'est montré le moins mauvais.
J'ai même apprécié ses Parsifal.

Je crois cependant que Minko, Christie, Bolton, Jordan, Tate, Jurovski (dans le désordre) peuvent plus légitimement que lui prétendre au titre de meilleur chef de l'ère Gall (Ozawa étant hors-concours, je suis d'accord)

Sur le plan quantitafif, le palmarès est le suivant:

Bertini 13 cycles de représentations
Denève et Campanella 10
Christie 8
Jordan 7
Lopez-Cobos 6
Minko 5
Ozawa et Tate 4

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Message par Nerone » 19 juin 2004, 14:54

Maintenant que je suis d'humeur plus prolixe, je vais me répandre un peu plus sur la soirée d'hier.

Il s'agissait en fait de mon premier Château. "Tu n'as pas de chance" me rétorqua Lyricomaniaque avec que nous quittions le Palais Garnier, à la fin de l'entracte : pour Janacek, on reviendra l'année prochaine !

Conlon, convaincant dans Les Maîtres, avec un plateau de rêve il est vrai, potable dans Rosenkavalier, symphoniste de l'ennui dans Otello, et perdu dans tout le reste, fait subir à Bartok le même sort qu'à Moussorgski : il arrondit les angles de cette musique aux contours venimeux. La tension passe évidemment à la trappe, les aspérités tant attendues par votre serviteur (Ozawa dirigeant la musique pour cordes, percu et celesta avait éveillé plus que ma curiosité) sont noyées dans un flot jamais maîtrisés : attaques imprécises et décalages innombrables - le début aura frôlé la catastrophe -, défauts habituels et jamais corrigés d'un chef incapable d'obtenir une pâte sonore véritablement personnelle d'un orchestre routinier.
Les solistes ne sauvent pas la mise. Jeanne-Michèle Charbonnet, habituée des créations bastillaises, offre une voix au format correct dans le grave - quelques superbes raucités - et le médium, mais l'aigu manque cruellement d'impact, et le contre ut de la cinquième porte, tenu fort longtemps, aura eu bien du mal à se faire remarquer à sa juste valeur par les spectateurs moins bien placés que votre auguste serviteur :wink:. Malgré un engagement réel, la Judith de la soprano américaine aura souffert de cette étroitesse de format. De même Samuel Ramey n'a guère marqué les esprits dans cette prestation "en passant". En difficulté dans le grave, la basse américaine, dans une forme vocale relativement médiocre, n'est pas parvenue à maîtriser un vibrato devenu envahissant dans le médium, la voix retrouvant son éclat et son assise dans l'aigu. Par delà l'usure naturelle des moyens, c'est l'absence de legato et d'engagement physique qui ont le plus déçu. Restent quelques fulgurances, parmi lesquelles quelques "Judith" cinglants et un pianissimo final envoûtant.
Le public très mondains a reservé un accueil triomphal à ce concert sans histoire. Dommage...

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Message par Rameau » 19 juin 2004, 16:46

Tu sais bien que ça ne coûte rien d'être gentil avec quelqu'un qui s'en va... même si on l'a dénigré continuellement dans les années précédentes. Pour moi le plus gros défaut de Conlon est l'étroitesse de son répertoire. Ne savoir diriger que la musique de la période 1870/1920, c'est quand même gênant dans une maison qui prétend couvrir toute l'histoire de la musique. Pour les chefs que tu cites, Jérôme, je suis évidemment d'accord avec toi pour Minko et Christie (que je ne comptais pas parce qu'ils ne dirigeaient pas l'Orch. de l'Opéra), pas du tout sur Jordan que j'ai toujours trouvé très ennuyeux; Bolton, je l'ai entendu à Munich, pas à Paris, et ça va sans plus; Tate a en effet dirigé de fort belles représentations de Mahagonny, ce qui était une excellente raison pour ne pas l'inviter plus que ça. Quant à Jurowski (que je viens de voir à Berlin), il n'a jamais tant que ça attiré mon attention...

(je ne vois pas le 4e cycle dirigé par Ozawa sous Gall: Damnation, Dialogues, Heure esp/GS, et...?)

C'est là un mérite incontestable de Mortier: M. Salonen, Gergiev, Dohnanyi, Nagano (pas cette saison hélas), nous vous attendons avec impatience!

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Message par JdeB » 19 juin 2004, 19:17

Rameau a écrit : Pour les chefs que tu cites, Jérôme, je suis évidemment d'accord avec toi pour Minko et Christie (que je ne comptais pas parce qu'ils ne dirigeaient pas l'Orch. de l'Opéra), pas du tout sur Jordan que j'ai toujours trouvé très ennuyeux; Bolton, je l'ai entendu à Munich, pas à Paris, et ça va sans plus; Tate a en effet dirigé de fort belles représentations de Mahagonny, ce qui était une excellente raison pour ne pas l'inviter plus que ça. Quant à Jurowski (que je viens de voir à Berlin), il n'a jamais tant que ça attiré mon attention...

C'est là un mérite incontestable de Mortier: M. Salonen, Gergiev, Dohnanyi, Nagano (pas cette saison hélas), nous vous attendons avec impatience!

Cher Rameau,
j'attends avec impatience moi aussi la venue à Paris de chefs aussi incontestables.
Je ne considère pas les chefs que j'ai cités au même niveau d'excellence que ceux que nous promet Mortier, loin s'en faut, mais tout de même supérieurs à J. Conlon.

j'ai cité Jordan pour une lecture très lumineuse, presque diaphane, debussyste de Parsifal, où il filait des textures fines et sans emphase. Un grand moment. Il se montra aussi excellent, dynamique et ferme lors de la création d'un autre spectacle réussi, la Clemenza.
Jurovski a fait merveille dans une Dame de Pique coup de poing. Certains sont même allés jusqu'à affirmer qu'il y était supérieur à Gergiev. Ce n'est pas mon avis car la version de concert du Châtelet reste pour moi aboutie.

Bolton ne s'est pas mal tiré de G. Cesare et de le reprise de la Clemenza.

Tate ne s'est pas contenté de faire briller les richesses de Mahagonny. Il est revenu pour Cosi et Wozzek faire admirer sa science et son éclectisme et récolter des lauriers bien mérités.

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Message par doudou » 20 juin 2004, 10:05

JdeB a écrit :
lyricomaniaque a écrit :
Et la comète Doudouesque :dizzy: est également passée à vive allure...
ODBiens ODBiennes ! Pardonnez à Doudou sa peu courtoise vitesse mais j'é
tais attendu.
N'étant ni magyarophone ni spécialiste de Bartok je serai modeste dans mes commentaires.
J'avais un souvenir de Marton plus tellurique que miss Charbonneau. Quant à Samy je ne suis jamais tres objectif avec lui. J'admets toutefois qu'il ne semblait pas très engagé dramatiquement. Sur la direction j'ai peu d'avis mais étant placé en deuxième loge d'avant scène je me suis concentré sur la vie intèrieure de l'orchestre (et en fait celà détourne un peu de l'écoute).

Ainsi la page Conlon est tournée... Pas de regrets superflus mais quelques bons souvenirs quand même .... à côté de déceptions saignantes.
8O

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Message par tuano » 21 juin 2004, 10:42

Concert émouvant que celui des adieux de James Conlon. C'est si rare, les concerts d'adieux à l'Opéra de Paris... En fait, ce n'était qu'à moitié officiel. Aucune annonce n'a été faite mais du beau monde était présent à l'occasion du cocktail qui avait lieu à l'issue du concert dans le Grand foyer, encore réservé à un public fortuné malgré ce qui est annoncé sur le site de l'Opéra.

J'ai passé une très belle soirée. Jamais je n'ai jamais autant apprécié le Château de Barbe-Bleue. La version dirigée salle Pleyel par Georg Solti avec Julia Varady ne m'avait pas tellement convaincu. Le cadre du Palais Garnier est sans doute plus enchanteur, et la présence des surtitres un élément appréciable.

James Conlon m'a fait peur au début : le début était mou, et pas assez effrayant justement. Cela s'est beaucoup arrangé par la suite, même si c'était souvent trop fort. Jeanne Michèle Charbonnet était presque constamment couverte par l'orchestre. C'est un comble poour celle qu'on présente toujours comme un grand soprano dramatique. On ne tarissait pas d'éloges après son Elektra, sa Médée... J'ai été déçu. La voix ne m'a pas semblé franchement plus énorme que celle de Renée Fleming. Le contre-ut de la cinquième porte était tenu très longtemps mais seuls ceux qui savaient qu'il y avait un contre-ut ont apprécié la performance. Pour les autres, c'était quasiment inaudible. C'est le problème pour toutes les Judith. Bartok a été impitoyable avec ce rôle en l'écrasant constamment par un orchestre qui ne joue forte que lorsque c'est elle qui intervient. La voix de Varady m'avait semblée bien petite, un mois après son Abigaille à Bastille. La grande Eva Marton ne m'avait pas non plus impressionné au Châtelet.

Samuel Ramey a triomphé du rôle. Sa magnifique voix de basse était superbement sonore dès sa première réplique. Je ne comprends pas les critiques sur son peu d'investissement : Barbe-Bleue est un homme replié sur lui-même, qui garde tous ses sentiments en lui-même. C'est finalement un rôle qui correspond bien à un chanteur que je n'ai jamais trouvé particulièrement incisif ou imaginatif.

L'orchestre de l'Opéra a déployé toutes ses couleurs pour évoquer les pièces secrètes, merveilleuses ou effrayantes, du Château de Barbe-Bleue. Un certain nombre de spectateurs ne sont pas restés pour la seconde partie, consacrée à Janacek. J'ai trouvé l'ovation en l'honneur de James Conlon tout à fait émouvante. Il nous a même offert un bis, ce qui doit être rare à l'Opéra.

Je rejoins à peu près les autres sur son bilan. Ses Mozart étaient très insatisfaisants. Peut-être aurait-il dû diriger plus de Puccini ?
Son Tristan et Isolde avait été une grande soirée, absolument enchanteresse. Rien que pour ça, je suis content de l'avoir entendu diriger à Paris. L'homme paraît en plus très sympathique.

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