Schubert - Fierrabras - Metzmacher/Stein - Salzburg 08/2014

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Piero1809
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Schubert - Fierrabras - Metzmacher/Stein - Salzburg 08/2014

Message par Piero1809 » 20 nov. 2014, 13:56

FIERRABRAS Festival de Salzbourg 2014

Ingo Metzmacher direction musicale
Peter Stein mise en scène
Ferdinand Wögerbauer décors
Annamaria Heinreich costumes
Joachim Barth création lumières
Ernst Raffelsberger chef de chœur

Julia Kleiter (Emma)
Dorothea Röschmann (Florinda)
Marie-Claude Chappuis (Maragond)
Michael Schade (Fierrabras)
Georg Zeppenfeld (King Karl)
Markus Werba (Roland)
Benjamin Bernheim (Eginhard)
Peter Kálmán (Boland)


Membres de la Angelika Prokopp
Sommerakademie de l'Orchestre Philharmonique de Vienne
Wiener Philharmoniker

Je me suis étonné de l'absence de compte rendu sur ce spectacle. Ayant la possibilité de le visionner ad libitum sur medici TV, j'ai rédigé les quelques lignes suivantes.

FIERRABRAS est un opéra héroïco-romantique en trois actes de Franz Schubert sur un livret de Josef Kuperweiser. Composé entre mai et octobre de l'année 1823, suite à une commande officielle du Karntnertor Theater, cet opéra ne fut pas représenté du vivant du compositeur qui de surcroit ne toucha pas un centime. Il faudra attendre 1897 pour qu'il soit enfin donné.

Le festival de Salzbourg a fait preuve de beaucoup de courage pour produire une version en tous points remarquable de cet opéra au livret assez quelconque.

Remarquable pour trois raisons:
-la qualité des chanteurs et des instrumentistes.
-l'intérêt de la mise en scène de Peter Stein. On n'oserait plus illustrer un opéra de Wagner avec les oripeaux médiévaux des années 1880. Peter Stein l'a osé pour Schubert et a gagné son pari. Les chevaliers bardés de fer et revêtus d'une chasuble blanche comme la neige sont ceux dont on a rêvé dans les imageries d'Epinal. Les dames de la cour toutes en blanc filent la laine et brodent. Les Maures, eux sont tout en noir et affichent des mines patibulaires. Après s'être étripé, tout ce beau monde s'embrasse,dans une Lieto fine comme il convient dans l'opéra seria dont visiblement le livret s'est inspiré. Cette mise en scène a évidemment un côté parodique et mise sur un moyen-âge de pacotille : le fer des armures ressemble à du papier d'aluminium et les donjons sont une publicité pour une marque de jouets bien connue. Il est clair qu'après la mise en scène audacieuse et novatrice de Claus Guth (1), Peter Stein devait trouver autre chose et se démarquer ce qu'il a fait avec talent. Il a aussi répondu exactement à une demande pressante d'un des critiques d'ODB-opéra qui regrettait l'absence d'un petit carnaval carolingien (2).
-l'incroyable beauté de la musique de Schubert, particulièrement inspiré dans cette oeuvre.

L'opéra commence avec le choeur des fileuses. On dirait vraiment que Schubert continue tout bonnement le fameux choeur du même nom de l'hiver des Saisons de Joseph Haydn. Quel passage de relais extraordinaire!. Aucun plagiat, Schubert est tout entier dans cette scène et c'est bien un hommage à Joseph Haydn auquel se livre avec sincérité et discrétion le compositeur de la Symphonie Inachevée, probablement contemporaine.
Ensuite on va entrer dans le vif du sujet avec l'entrée triomphale de Charlemagne. Tout le long de l'opéra on sera sous le charme d'une musique fabuleuse où Schubert fait preuve d'une inspiration digne de ses plus grands chefs-d'oeuvre et d'une audace harmonique parfois sidérante.
Parmi les sommets, il y a la fin du premier acte, une scène très dramatique avec un magnifique terzetto de Fierrabras, Eginhardt et Emma.
Au deuxième acte, c'est Clorinda qui monopolise la scène. Elle chante d'abord un duetto avec Maragond, sa suivante, très doux et romantique. On la voit ensuite dans une scène très dramatique aux côtés de Maragond, d'Eginhardt, et de Boland. Les harmonies chromatiques et modulantes sont particulièrement audacieuses. Signalons aussi une splendide aria di furore de Clorinda, magistralement orchestré.
Comme il se doit la musique turque va retentir au troisième acte dans le palais du Sultan, grosse caisse, cymbales vont scander le rythme d'une sorte de marche funèbre qui anticipe de façon incroyable certains passages des symphonies et des Lieder de Gustav Mahler, notamment le premier mouvement de la 5ème symphonie en do dièse mineur.

Certes le style du drame romantique germanique n'est pas atteint ici, on entend plutôt une synthèse du Singspiel, de l'oratorio, de l'opéra seria (que Schubert affectionnait, ses oeuvres de jeunesse en témoignent suffisamment) et du dramma eroicomico (Orlando paladino de Joseph Haydn par exemple). Par contre la musique est d'une densité et d'une nouveauté extraordinaire.

Dorothea Röschmann livre une interprétation bouleversante dans le rôle de Clorinda, son engagement et ses qualités vocales sont impressionnants. Georg Zeppenfeld est un Charlemagne d'exception, sa belle voix de basse à la projection remarquable fait merveille dans les ensembles. Ces deux-là dominent la distribution. Michael Schade, ténor, Benjamin Bernheim, ténor, Markus Werba, baryton sont tous trois excellents dans les rôles de Fierrabras, Eginhard et Roland respectivement. Julia Kleiter campe d'une belle voix claire et avec beaucoup de charme, le personnage  d'Emma…Maragond, suivante de Clorinda a un petit rôle mais ses interventions sont importantes, elle a été incarnée avec beaucoup de musicalité par Marie Claude Chappuis. Enfin Peter Kalmàn a tenu avec talent le rôle de Boland, le méchant roi des Maures.
Excellents choeurs et le Wiener Philarmoniker qu'on ne présente plus, sous la baguette de Ingo Metzmacher.

On espère sans trop y croire que ce spectacle d'exception sera gravé  pour les génération futures en contrepoint de celui de Claus Guth. L'oeuvre de Franz Schubert le mérite cent fois!

(1) EMI Classics 00969 (DVD): Jonas Kaufmann, Juliane Banse, Christoph Strehl, László Polgár, Guido Gotzen, Franz Welser-Möst, conductor, Claus Guth, director, Chorus and Orchestra of the Zurich Opera House
(2) http://www.odb-opera.com/viewtopic.php? ... ras#p71915

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HELENE ADAM
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Re: Schubert - Fierrabras - Metzmacher/Stein - Salzburg 08/2

Message par HELENE ADAM » 07 déc. 2014, 15:13

Vu aussi ce Fierrabras et je partage ce point de vue... musique exceptionnelle de Schubert, livret assez indigent mais mise en scène valorisant tout ce qui peut l'être et donne un spectacle exceptionnel, notamment grâce aux énormes qualités des interprètes. Pour moi, une mention spéciale et appuyée à la ligne de chant du jeune Benjamin Bernheim et à la grâce de Julia Kleiter.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

Mon blog :
https://passionoperaheleneadam.blogspot.fr

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