Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01/13

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EdeB
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Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01/13

Message par EdeB » 28 janv. 2013, 10:11

Musiques pour Molière"
Compositions de Marc-Antoine Charpentier pour les comédies-ballets de Molière

Le Dépit amoureux, H. 498 – Ouverture

Orphée descendant aux Enfers, H. 471 – Prélude – « Quelle douce harmonie » « Effroyables enfers « Ne cherchons plus » « Hélas, rien n’est égal aux bonheurs des Amants »

La Comtesse d’Escarbagnas, H. 494 – Ouverture

Le Mariage forcé, H. 494 - Intermèdes nouveaux
Les Maris : « Mon compère en bonne foi » - Sarabande et gigue des Bohémiennes - Air « Les rossignols… » - sc. 1 : Je suis de retour dans un moment… - Trio grotesque « Les amants aux cheveux gris » - Menuet – Air « Belle ou laide… » - sc. 5 : Que voulez-vous de moi ? – Le Songe – Air « Ah, quelle étrange extravagance » - Bastonnade – Gavotte – Trio « La la la la, bonjour » - Les Grotesques – Trio « Oh, la belle symphonie ! »

Le Malade imaginaire, H. 495 et 495a (avec les « deffences » - Ouverture, Prologue et premier intermède
Air « Votre plus haut savoir » - Les Satyres – Fantaisie – « O Amour » -Fantaisie « Paix là, taisez-vous violons… » - « Qui va là, qui va là ? » - Air des archers « Qui va là ? » - « Nous le tenons » - Air pour les coups de bâtons – Air des archers – Sérénade italienne « Notte e di v’amo e v’adoro » - La Vieille « Zerbinettin cho’ogn’hor con finti squardi »

Le Sicilien, H. 497 - Ouverture et sérénade
Les Esclaves – « Beauté dont la rigueur » - « Voulez vous beauté bizarre » - « Heureux matous »

Romain Champion, haute-contre – Geronimo, Spacamond
Vincent Bouchot, taille – Marphurius, Polichinelle, La Vieille
Florian Westphal, basse – Sganarelle, un Archer

La Simphonie du Marais
François Costa, Anne-Violaine Caillaux - violons
Myriam Cambreling – alto
Annabelle Luis - basse de violon
Marc Wolff - archiluth et guitare
Yannick Varlet - clavecin
Hugo Reyne- flûtes, hautbois, cromorne et direction

Hugo Reyne - mise en espace
Jeannine Lérin-Cagnet - costumes

Théâtre national de l’Opéra-Comique, 15 janvier 2013


Les contraintes successives imposées par Lully à son ancien complice Molière et les « deffences » qui réduisirent la représentation de la musique hors la tragédie lyrique amplifièrent l’imagination et l’astuce du dramaturge. Son alliance avec le jeune Charpentier témoigne d’une fusion entre texte et musique, de situations drolatiques ou parodiques, servis par les méandres d’une ligne musicale qui épouse étroitement les humeurs des personnages et leurs saccades. Lully, qui avait collaboré avec Molière entre 1664 à 1671, abandonna son ancien complice et s’engagea sur la route qui allait le mener à sa première tragédie en musique (Cadmus et Hermione en 1673). Par conséquent, c’est un tout jeune compositeur qui prend le relais de son aîné avec le Mariage forcé en 1672. Dès lors, Lully n’aura de cesse d’accumuler les obstacles pour conserver farouchement ce monopole qu’il gardera toute sa carrière… Molière est désormais sur le déclin (il meurt en février 1673) même si son génie dramatique n’a jamais été aussi concis, acéré et foisonnant… Charpentier s’attelle ainsi à de nouvelles musiques de scène pour les reprises des anciens spectacles de Molière désormais irreprésentables avec leur première partition. Le triomphe des comédies-ballets du nouveau duo renforcera d’ailleurs la hargne du surintendant, qui fit réduire à deux chanteurs et six instrumentistes les intermèdes musicaux au théâtre… La soirée présente donc des extraits des « intermèdes nouveaux » de la nouvelle mouture du Mariage forcé, ainsi que la version révisée du Malade imaginaire (désormais privé de sa musique plus imposante, qui nous est plus familière.)

C’est cette collaboration si réjouissante que ressuscite aujourd’hui la Simphonie du Marais dans un spectacle qui mêle allégrement théâtre et musique, miniatures colorées et traits vifs, saillies déjantées et élégie moqueuse. La soirée est emportée avec verve et alacrité par trois solistes masculins rayonnants dans leur complicité gouailleuse, leur souplesse percutante et une allégresse dansante qui glisse avec prestesse d’un personnage à l’autre, d’une pirouette à une nouvelle silhouette. Ils invoquent d’un tournemain l’inspiration des tréteaux et mettent en évidence la filiation italienne des comédies de Baptiste… Toutefois la mélancolie n’est pas exempte, avec cette intense déploration d’Orphée (en hommage funèbre à l’homme de théâtre) ou la sérénade italienne…

Il faut insister sur l’équilibre de ce programme moliéresque, à peine rompu par une séquence « Valse viennoise » (an encore nouveau oblige) combiné d’un intermède orchestral pour peluches… qui ne déparent pas cette alternance pour parlé, chanté et instruments… Cette fantaisie cache pourtant un travail de restitution approfondi, comme en témoigne la reconstitution de l’intermède du Malade imaginaire (dont Hugo Reyne s’est expliqué dans le CD Musiques pour les comédies de Molière où l’on peut entendre une partie du même programme.)

Malgré ses effectifs réduits -et pour cause !- la Simphonie du Marais emplit sans peine le vaste théâtre à l’Italienne… dont une des loges d’avant-scène est idéale pour la sérénade. (La Vieille manque d’ailleurs de peu de se défenestrer devant l’ardeur de son soupirant !) Les instrumentistes délivrent un discours pétillant et plein d’allant, qui entraine l’auditeur dans ce tourbillon de masques. Le continuo malléable et alerte, les couleurs franches des bois et la douceur des cordes créent l’illusion d’un orchestre bien plus fourni, et commentent avec malice les interventions des personnages, leur délires et leurs feints alanguissements, ponctués des interventions joyeusement décalées d’Hugo Reyne, en Monsieur Loyal.

L’esprit de troupe et la facétie gouvernent les interventions des acteurs. Les chanteurs savent passer d’un mode à l’autre avec un naturel qui fait chaud au cœur et suscite les rire : ce théâtre solidement ancré dans une tradition éprouvé n’a perdu en rien de son mordant. Les ruptures de rythme et les montées en puissance des ensembles, les mouvements de danse et la fausse candeur des personnages suscitent une adhésion complice du spectateur, qui ne regrette qu’une chose, qu’il ne s’agisse que d’extraits… Les costumes, évocateurs et élégants, se prêtent à toutes ces virevoltes, et accentuent cette volonté de revenir aux racines de l’art de Baptiste Poquelin.
La liberté des chanteurs-acteurs, qui prennent leurs aises sur la scène (et ne se privent pas d’interagir avec les musiciens, rassemblés côtés cour, et non uniquement lors du duel entre les violons- et Polichinelle, armé de son luth, dans le Malade imaginaire…) déroule le fil de la soirée. Ce sont ces incarnations successives dans des situations moliéresques types (satire des médecins, moquerie du mariage, cavalcades grotesques, pamphlet social etc…) qui guident le spectateur d’un extrait à l’autre. Le morcellement des scènes et intermèdes proposés ne gêne pas, tant la musique conduit d’une scène à l’autre, et s’insinue entre ces extraits si variés.

Romain Champion, s’il a autrefois séduit en Atys, prouve que sa vis comica est à l’aune de l’héroïsme vocal dont il fait montre avec émotion en Orphée. Il use de la douceur de son timbre et de sa prestance pour composer un benêt plus vrai que nature, tout aussi cocasse dans un emploi de jeune premier que dans sa propre parodie. Florian Westphal, formidable Sganarelle, est tout aussi réjouissant dans ses interventions chantées, campant des figures contrastées qui font pouffer. Vincent Bouchot est un Polichinelle madré tout comme une hilarante Vieille… Ils sont parfaitement appariés et se donnent la réplique avec un entrain communicatif.

En bis, le trio des Rieurs pour Les Fous divertissantsde Poisson (1680) résume parfaitement l’ambiance festive. On quitte le théâtre le sourire aux lèvres, en fredonnant des « miaous » et en se disant, « Ô le joli concert, et la belle harmonie ! »

Emmanuelle Pesqué
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Re: Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01

Message par Froberger » 28 janv. 2013, 17:26

Hugo Reyne est quelqu'un de fort sympathique, et il n'a pas eu que des ratés, c'est certain... Mais malheureusement ses interprétations, comme ici, tombent à plat.

En effet, par sens du devoir, j'avais écouté l'intégralité du disque "Musiques pour Molière" lorsque j'en avais reçu une copie. Que c'était pénible ! On pourrait être tenté de croire que la différence — par exemple avec l'enregistrement antérieur de Christie — ce sont ces fameuses "deffenses". Tant par disette économique que par intérêt historique, Reyne décide effectivement de jouer les partitions à effectifs réduits (comme si aujourd'hui on choisirait volontairement de une version abrégée par la censure d'un livre ou d'un film si l'alternative était disponible). Néanmoins ce qui manque ce n'est pas le volume, c'est la geste comique, la vision de comment s'agence cette musique et comment elle se phrase.

Malgré les avancées qui ont été faites ses dernières années, cette dernière décennie, sur la façon de jouer, la façon de réaliser le continuo, Christie avait déjà une grande longueur d'avance il y a trente ans, car il arrivait (avec des compagnons de route comme Dominique Visse) à interpréter la musique. Ce que fait Reyne est beaucoup trop pale. Peut-être que le spectacle en direct, avec la tension de la scène et davantage de rodage, était meilleur. Mais j'en doute, malheureusement.

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Re: Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01

Message par CharlieBrown » 28 janv. 2013, 18:17

Reyne va assez loin dans le mauvais goût ici (suis allé vérifier qui était qui, mais te connaissant, il suffit d'écouter un peu le continuo pour deviner où va ta préférence), je suis plus gêné qu'amusé en écoutant la pièce.
Je pense que Reyne manque de goût et de bons musiciens. C'est tout :lol:
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Re: Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01

Message par EdeB » 28 janv. 2013, 18:36

Je trouve personnellement que c'est très intéressant de pouvoir entendre cette musique de scène dans ses différents états. (Je rêve d'un coffret qui reprendrait toutes les différentes versions... On attend d'ailleurs toujours ça pour les "grands" Mozart, donc je pense que c'est un voeu pieu...) Reyne a choisi (sans doute également pour des questions de financement) les versions plus réduites, pourquoi pas ? C'est d'une écoute très agréable et c'est formidable que cela existe... Par rapport au disque, qui m'avait beaucoup intéressée et que je trouve d'une écoute très amusante, la version scénique avait beaucoup plus de punch, de verve et de liant. (C'est normal).

La version de Christie (à laquelle je m'étais beaucoup amusée au Châtelet) est d'un esprit totalement différent. Pourquoi vouloir systématiquement opposer une approche avec une autre ? Ne peut-il pas y en avoir plusieurs ?
Mauvais goût ? A chacun le sien... :wink:

Il me semble plutôt que dans ce cadre théâtral, c'était tout à fait raccord avec les extraits des pièces présentées (esprit tréteaux), et qu'il s'agit ici d'une satire, d'une parodie d'un art galant... Souligner le trait est alors une option interprétative qui fonctionne ici très bien.

Autour de moi, le public était ravi... y compris une classe d'ados (qui faisait sacrément la gu*** en arrivant) et qui sont partis apparemment intéressés et pleins de questions.
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Re: Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01

Message par Froberger » 28 janv. 2013, 20:05

Merci pour votre réponse EdeB.

J'avais assorti mon message de deux extraits pour illustrer mon propos — le "Zerbinetti..." du Malade Imaginaire, par Reyne et par Christie —, mais ces extraits ont été retirés à juste titre par JdeB.

Je tiens au passage à signaler ici que JdeB m'a envoyé un MP, mais que comme vous, précédemment, ses paramètres ne lui permettent pas de recevoir de réponse.

Je pense que la différence est criante à l'écoute de ces extraits, et fortement défavorable pour Reyne. Je suis bien entendu ouvert à la possibilité que vous ne soyez pas d'accord, mais pour je vous propose néanmoins de vous prêter au jeu et d'écouter consécutivement les deux versions.

Je vous entends bien que le public a été séduit. Mais c'est un peu mon propos de (jeune) vieux schnock, que le public n'est pas généralement pas très exigeant, et se repaît d'interprétations assez mauvaises — mais c'est vrai que c'est là un autre sujet, bien plus général, et sans doute plus subjectif.

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Re: Charpentier - Musiques pour Molière -Reyne -Favart 15/01

Message par Froberger » 28 janv. 2013, 20:15

Je complète quand même un peu ma réponse :
EdeB a écrit :La version de Christie (à laquelle je m'étais beaucoup amusée au Châtelet) est d'un esprit totalement différent. Pourquoi vouloir systématiquement opposer une approche avec une autre ? Ne peut-il pas y en avoir plusieurs ?
Mauvais goût ? A chacun le sien... :wink:
Je comprends très bien ce que vous voulez dire, et je suis d'accord. Je ne partage pas l'obsession de celui qui défend avec ferveur *sa* ferveur, et je ne suis pas pour comparer systématiquement les interprétations. Et puis cela a peu de sens dans la musique baroque : d'abord parce que peu d'œuvres existent en plusieurs interprétations différentes ; et ensuite parce que la participation de l'interprète dans la « finalisation » de la composition est suffisamment importante qu'on peut entendre des choses radicalement différentes, mais qui sont toutes les deux « justes ».

Je ne défends par ailleurs pas « la version de Christie ». J'ai reçu ce disque de Reyne avec beaucoup d'ouverture d'esprit, et je l'ai écouté avec une oreille vierge : comprendre que je n'avais jamais entendu cette musique auparavant. Et malgré cela, je n'ai pas du tout aimé ce disque, et je n'ai pas du tout compris cette musique. J'ai dû alors trouvé une autre interprétation, et ce que me fournit Christie (dont les interprétations de cette époque me posent pourtant parfois quelques problèmes elles aussi) m'a permis de comprendre.
EdeB a écrit :Il me semble plutôt que dans ce cadre théâtral, c'était tout à fait raccord avec les extraits des pièces présentées (esprit tréteaux), et qu'il s'agit ici d'une satire, d'une parodie d'un art galant... Souligner le trait est alors une option interprétative qui fonctionne ici très bien.
Je m'excuse de me reporter systématiquement à cet extrait de Zerbinetti, mais sinon on parle dans le vide. Ce que je voulais illustrer c'est que ce n'est pas une question de souligner/forcer le trait. Si vous écoutez Dominique Visse (et si vous le connaissez) vous savez très bien qu'il en fait des tonnes... Mais il y a une façon de forcer le trait qui marche, et une autre qui, selon moi, fait rire jaune.

Dans cet extrait de Zerbinetti, par ailleurs, il y a aussi la façon d'enchainer les ruptures, les changements de rythmes : dans la version de Reyne, on ne « comprend » pas ce que vient faire cette ritournelle au luth, par exemple.

Mais peut-être aussi que ce problème au disque n'était plus ou pas visible dans l'interprétation sur scène, j'en gage bien.
EdeB a écrit :Je vous entends bien que le public a été séduit. Mais c'est un peu mon propos de (jeune) vieux schnock, que le public n'est pas généralement pas très exigeant, et se repaît d'interprétations assez mauvaises — mais c'est vrai que c'est là un autre sujet, bien plus général, et sans doute plus subjectif.
Pour l'argument du public : j'ai fait écouter individuellement ces deux versions à des collègues du bureau qui n'ont pas d'appétence particulière pour la musique baroque, et ils ont été unanimes...

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