Dialogue des Carmélites + Vespri Siciliani - Zürich, 05/2004

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Dialogue des Carmélites + Vespri Siciliani - Zürich, 05/2004

Message par philou » 27 mai 2004, 12:08

un 'Dialoque' soporifique et des 'Vêpres' réjouissantes....

Chers amis ODBiens,

j'étais ce week-end à Zürich pour célébrer dignement mes dix ans de vie commune avec l'être aimé, en me roulant dans les röstis et la saucisse de veau, puis en me rinçant dans le lac glacé....j'en ai profité pour aller deux fois à l'opéra, et je vous livre ici quelques impressions, pour ceux qui se rendent à Zürich prochainement ou tout simplement pour ceux que ça intéresse....

vendredi 21 mai : Le Dialogue des Carmélites :

Un des décors les plus laids qui m?ait été donné à voir ( :2guns: merci Hermann Feuchter !) : Le plateau est nu, recouvert de papier kraft, (on dirait le Pont-Neuf par Cristo mais en beaucoup moins saisissant), avec des grandes traînées de scotch blanc et brun, et deux immenses bancs en carton qui délimitent l?espace. Je vous laisse imaginer. Les costumes sont à l?avenant : entre Mad-Max et Matrix, mais avec le budget en moins, ce qui donne du Enki Bilal version Guerisoldes : L?horreur !

Coté fosse, c?est la bérézina : Plasson ne comprend rien à Poulenc, ou alors le cachet de Zürich n?est pas assez élevé à son goût et il massacre la partition : Il s?ennuie tellement qu?on a envie de lui offrir un oreiller : aucune dynamique, et une capacité stupéfiante à anesthésier ces grandes envolées orchestrales et ces phrases qui glacent le sang en en faisant une bouillie insipide : la seule chose qui l?intéresse, c?est que les chanteuses partent au bon endroit (peut-être y-a?il eu des problèmes de mise en place aux répétitions), mais délaisser la musique à ce point là, c?est indigne d?un chef de sa renommée.

Le plateau ne rattrape pas la soirée, en tout cas pas assez pour me consoler.

Tout d?abord un grand bravo à l?aumônier de Christian Jean, au Marquis de Cheyne Davidson et au Chevalier de Reinaldo Macias : jeu sobre, français plus que correct, grande classe dans la ligne, aigus suaves ou solaires selon les besoins, homogénéité?.Malheureusement le reste ne suit pas de la distribution n?est pas à la hauteur :

Sylvie Brunet a beau en faire des tonnes sur scène (presque trop, on dirait du cinéma expressionniste allemand des fois), elle ne parvient pas à faire oublier son vibratello envahissant et des aigus très plafonnés, ainsi qu?un phrasé plus qu?haché ! Reste le volume et la diction : pas assez pour Madame de Croissy, dont la scène de mort est un des sommets de l?opéra de Poulenc. ( Quand je pense que c?est Felicity Palmer qui la remplace cette semaine, j?enrage !)

La Madame Lidoine de Juliette Galstian fut pire encore : aigus hurlés ou arrachés au prix d?un effort surhumain, médium flottant, diction approximative, présence quelconque (la scène 2 du II fut un ratage complet : aucune émotion, aucun frisson, et pourtant c?est l?un des moments les plus bouleversants). Je n?aime pas détruire une chanteuse de A à Z mais là je ne vois rien qui puisse justifier ce choix.

Christiane Kohl possède une voix très saine et des aigus rayonnants, mais elle a l?air affreusement potiche sur scène, et ressemble tellement à une animatrice à gros seins pour prime-time de TF1 que sa Constance à plus l?air de sortir du Maillon Faible que du Carmel, et donc on y croit pas une seconde, même en fermant les yeux car elle ne distille ni naïveté ni frayeur dans son délicieux coulis vocal.

Heureusement, en entendant la Mère Marie de Stefania Kaluza, je me suis dit que je n?étais pas venu inutilement à Zürich ce soir là ! Une classe et une retenue scénique idéales pour le rôle, puis dans le troisième acte elle succombe à des accès de fébrilité et de rage qui laissent bouche-bée. Son ?de la rue Saint-Deniiiiiiis? dans la scène de la bibliothèque restera gravé dans ma mémoire : Elle dispose avec goût et facilité de sa voix ample et généreuse, ses aigus volcaniques sonnent comme une coulée de lave et de cuivre, et elle EST vraiment s?ur Marie (peut-être un de rôles les plus complexes de l??uvre).

Reste la Blanche d?Isabel Rey. La soprano espagnole se tire honorablement d?un rôle assez écrasant, et qui demande une énergie grandissante, une caractérisation complexe et des moyens affirmés pour ne pas se laisser malmener par une tessiture éprouvante. Elle déploie un médium confortable et ample, dispose de belles réserves dans l?aigu, qu?elle use avec à propos. Ses graves sonores et son français relativement clair donnent enfin à sa Blanche un éclat sombre et engagé que ?on ne soupçonnait pas au départ. Elle réussit à faire entendre l?évolution du personnage avec une sincérité touchante. La scène de confrontation avec son frère restera un de rares moments aboutis et complètement convaincants de cette soirée bâclée et bancale !

Dimanche 23 mai : I Vespri Siciliani

Je dois avouer que j?y allais en me léchant les babines à cause de la distribution, et je n?ai pas été déçu. Ca m?a même consolé de désastre du ?Dialogue? de l?avant-veille, et pour que des ?Vêpres? me fassent oublier un mauvais ?Dialogue?, il fallait vraiment que ça soit réussi !

Le décor de Maurizio Balo est passe-partout : un plateau presque nu et très sombre, avec des lumières inspirées et des éléments classiques qui définissent chaque acte : une statue et des remparts, une coque de navire, une grille de prison, une palmeraie : rien de marquant, mais au moins il ne joue pas avec le livret.
Cesare Lievi est un piètre metteur en scène : le ch?ur calé au fond, immobile, les solistes devant en rang d?oignon, je croyais qu?il n?y avait qu?en Italie dans les années 50 qu?on chantait encore comme ça mais non : Zürich sert aussi de machine à remonter le temps, c?est merveilleux !

Carlo Rizzi n?est pas Abbado , ni Tullio Serafin, mais il dirige l?orchestre du Zürich Oper avec poigne et virilité, tout en donnant souplesse et scintillement à l?articulation : tempi grisants, andante suaves, ch?urs très en place et poignants. Ca manquait juste un peu de différenciation dans les pupitres, avec un pâte homogène à l?extrême, mais je ne vais quand même pas ronchonner !

Raimondi n?a pas changé en 30 ans de métier, et présente toujours les mêmes défauts et qualités. Son Procida n?échappe pas à la règle : Acteur étonnant, au volume élephantesque, mais au timbre d?une rare laideur : son phrasé alléatoire et ses aigus tassés gâchent toujours une diction parfaite,et cette façon carnassière d?attaquer ses phrases ruinent ses efforts de caractérisation du rôle. ?O tu Palermo, et la cabalette, furent un des pires moments de la soirée, avec des voyelles engorgées, des montées hasardeuses et une raideur vocale qui m'a hérissé le poil (que j'ai poutant fort doux) :cloud9:

Le Monforte de Leo Nucci m?a propulsé au 7e ciel :trampoline: . J?ai toujours considéré qu?il comptait parmi les grands barytons verdi, mais j?avais oublié à quel point il est formidable : une présence hypnotique, royale, et cette voix !!! un fleuve argenté, aux milles couleurs, homogène d?un bout à l?autre de l?opéra, avec des aigus qui feraient pâlir d?envie les barytons trentenaires : ?In bracio alle dovizie' a été le coup de grâce : son fa dièse (heu, je crois que c?est un fa dièse, hein Xavier ?) non seulement somptueux, était précédé d?un monologue d?une expressivité folle, chanté dans le plus bel art bel-cantiste, sans le moindre soupçon de vérisme. Le duo qui suit fut du même tonneau, ainsi que la fin de IVe acte (dans le quatuor, il est phénoménal)?bon je crois que vous avez compris !

Marcello Giordani peut sans doute être considéré aujourd?hui comme l?un des meilleurs titulaires du rôle d?Arrigo, avec raison. Le ténor italien est toujours un poil empoté sur scène, mais ses prouesses vocales le sauvent très largement. Je trouve qu?il a en outre encore progressé depuis que je l?ai entendu dans ce rôle il y a un an à Paris. Il maîtrise toute la tessiture et ne force jamais. Certes ses aigus ne sont pas ceux d?un jeune Pavarotti, mais ils sont toujours bien projetés et souples. Son médium est onctueux, et son sens du phrasé verdien irréprochable. Son ?giorno di pianto? fut l?un des grands moments de cette mémorable soirée, par l?émotion qu?il a réussi à y insuffler et la fraîcheur vocale qui s?en dégageait.

L?Elena de Paoletta Marrocu est plus complexe à décrire. Je n?avais jamais vu sur scène la soprano sarde auparavant (pourtant elle chante des Abigaille, Elisabetta, Leonora, Tosca et Mimi en veux-tu en voilà), et n?ai donc aucun point de référence, mais son professionnalisme m?a impressionné, car il faut quand même tenir ce rôle assassin avec bravoure, ce qu?elle a fait, en y rajoutant même une touche de classe. Elle n?est pas une actrice de premier ordre, mais elle donne à Elena une dignité et surtout un désespoir dans le Ve acte très crédibles. Vocalement, elle semble disposer de réserves inépuisables dans l?aigu (c?en est presque sidérant), par contre les graves sont systématiquement poitrinés, et je déteste ça (je sais qu?il y a des amateurs). Elle a accusé quelques signes de fatigue dans le ?merce, dilette amiche?, mais somme toute elle est largement digne de louanges, et elle surclasse très largement Miricioiu (ce qui n?est pas très difficile, je vous l?accorde).

Voilà, à vous les studios !

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Message par Xavier » 27 mai 2004, 18:52

J'aurais aimé être là pour Les vêpres.

Juste entre nous, Philou, Leo Nucci est le meilleur baryton Verdi en activité et un bel cantiste hors pair. Quant Miritruc, je n'enlèverai pas une lettre de ton propos.

Enfin, Marrocu (j'adore ce nom :wink: ) est celle-là même qui portait le massacre de nounours jaune sale avec Hampson dans le DVD de Macbeth (de Zurich ?). Je l'avais entendu dans Cavalleria et dans Suor Angelica et Il tabarro : ça déménage !

X

PS : à dimanche pour nous passer du Wagner par des vieilles éraillées :twisted: ?

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Message par philou » 27 mai 2004, 19:04

Xavier, il n'y a que toi pour traiter la sublime Astrid V. de vieille éraillée (c'est vrai qu'elle n'a pas une 'jolie' voix) :twisted:
Mais comme je t'aime beaucoup et que je te lis avec grand intérêt je te pardonne, je t'amènerai dimanche une Vache qui rie avec Varady, pour que tu voies ce qu'est une vraie vieille wagnérienne éraillée en live !

Au fait, tu n'as pas répondu à ma petite question sur l'aigu final de 'in bracio alle dovizie'....c'est bien un fa# ?

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Message par richie3774 » 28 mai 2004, 07:50

philou a écrit :

Bon, puisque Xavier ne répond pas à ma question précedente, il y a bien d'autres fans de Verdi qui savent quel est l'aigu qui clôt le monologue de Monforte au début du 3e acte ! Allô ?
C'est bien en fa dièse majeur.

R.

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Message par philou » 28 mai 2004, 08:05

Merci Richie, mais d'après les 2 mesures données par Kobbé, avec 3 dièses à la clef c'est plutôt du fa# mineur, et surtout ça ne me dit pas quel est la note aigue qui ponctue la fin de l'air....Merci pour ta gentille réponse quand même

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