Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Philharmonie Paris -14/02/18

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par lionrougeetblanc » 14 févr. 2018, 23:45

PlacidoCarrerotti a écrit :
14 févr. 2018, 23:38
J'ai cru qu'ils allaient donner le bis devant une salle vide !
Départs précipités d'une partie du public selon l'habitude désastreuse de plus en plus répandue ? Moi ce soir j'étais au théâtre et personne n'est parti avant un niveau convenable d'applaudissements. Ça fait du bien, ça devient tellement rare...

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par PlacidoCarrerotti » 15 févr. 2018, 00:00

westerwald a écrit :
14 févr. 2018, 23:45
et les tousseurs qui étaient légion, bien plus nombreux qu'à Baden-Baden. S'ennuyaient-ils à ce point ?
Incroyable ce boucan (en deuxième partie surtout).
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par Verdiprati » 15 févr. 2018, 05:27

Belle soirée.

Il y a plus de 20 ans si ma mémoire est bonne, j'ai entendu cette œuvre avec Upshaw, Bär et déjà excellent Deutsch au piano à l'amphithéâtre de Bastille. Dans le cadre intime leur interprétation était plus intériorisée avec le style plus Lied.
Damrau et Kaufmann concilient très bien le côté Lied et le côté opératique avec la belle articulation, la subtilité, la sensibilité, l'humour, l'esprit et la théâtralité discrète ( la gestuelle et les mouvements ).

J'étais placé au second balcon en face. De cette place on n'entend pas toujours très bien la voix en solo, mais ce soir l'articulation de chaque mot reste parfaitement claire dans la belle résonance. Je ne sais pas si c'est à cause du bon réglage de l'acoustique. J'ai même eu l'impression d'entendre mieux Damrau comme diseuse du texte avec les aigus cristallins qu'à son récital à la harpe à Garnier en 13.
Kaufmann a la belle projection contrairement à sa prestation comme Don Carlo à Salzbourg en 13. Du dernier rang du balcon au Grosses Festspielhaus le contraste avec Harteros était cruel.
Subtilité et intensité au sommet avec « Sterb’ ich, so hüllt in meine Glieder » pour Kaufmann.

Bis : Unterm Fenster de Schumann en duo.

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par HELENE ADAM » 15 févr. 2018, 07:36

PlacidoCarrerotti a écrit :
14 févr. 2018, 23:38
J'ai cru qu'ils allaient donner le bis devant une salle vide !
Au deuxième balcon personne n'était parti, les riches sont mal élevés....( :wink: ).
Une très belle soirée globalement. Découverte d'une oeuvre autrement qu'au CD où la version entendue était beaucoup moins "académique" et beaucoup plus vivante hier soir. Et excellente acoustique de là haut (pour une fois :wink: ) adaptée aux voix des deux artistes (je viens de voir que Verdiprati était au même endroit et fait le même constat). Petite différence de style parfois un peu gênante. J'y reviendrai.
Les "bis" ne sont par ailleurs pas vraiment la tradition après un cycle complet et assez long de Lieder....
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
Elle : Eh bien ! donc, frappez votre père ! venez, de son meurtre souillé, traîner à l'autel votre mère

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par HELENE ADAM » 15 févr. 2018, 07:56

lionrougeetblanc a écrit :
14 févr. 2018, 23:41
PlacidoCarrerotti a écrit :
14 févr. 2018, 19:14
Adalbéron a écrit :
14 févr. 2018, 18:20
Mais vous avez dans le programme le texte original et sa traduction, c'est bien mieux que des sur-titres (il n'y jamais d'obscurité dans la Philharmonie).
Avec Jephtha à Garnier c'était le grand luxe, puisqu'il y avait sur l'écran de surtitrage le texte original en anglais et la traduction française.
Ah le bruit des pages qui se tournent pendant la musique. ..
Sans compter ceux qui éclairent les pages avec leur téléphone portable,... comme vécu récemment au récital de Goerne à la Philharmonie pour des lieder de Schubert. :mrgreen:
Inutile de s'éclairer à la PP. La salle n'est jamais dans le noir. Et ma foi, le public était très concentré hier soir (en tous cas là où j'étais), si on excepte les habituels tousseurs de saison, et suivaient attentivement sur son livret comme toujours dans les récitals de Lieder puisque la PP donne l'intégralité des textes allemands et français en vis à vis, dans une lecture facile. Comme les deux chanteurs ont en commun une très belle diction, à moins de ne strictement rien connaître à l'allemand, c'était assez facile de suivre le sens des petites miniatures exécutées hier soir avec beaucoup de talent par les deux artistes.
Certains n'ont sans doute pas aimé le style du cycle de Lieder (plus long globalement que le plus long des Schubert) mais il ne m'a pas semblé, en tous cas vu de tout là haut, qu'une partie du public était parti à l'entracte ce qui est en général le résultat de l'ennui.
J'ai trouvé quant à moi la soirée délicieuse....(de tous les points de vue...) :coeur2:


A noter : les places à la PP sont en moyenne beaucoup moins chères qu'au TCE pour un récital des Grandes voix, et les places pas chères sont beaucoup plus agréables et confortables qu'au TCE.
Lui : Que sous mes pieds se déchire la terre ! que sur mon front éclate le tonnerre, je t'aime, Élisabeth ! Le monde est oublié !
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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par PlacidoCarrerotti » 15 févr. 2018, 09:29

HELENE ADAM a écrit :
15 févr. 2018, 07:36
PlacidoCarrerotti a écrit :
14 févr. 2018, 23:38
J'ai cru qu'ils allaient donner le bis devant une salle vide !
Au deuxième balcon personne n'était parti, les riches sont mal élevés....( :wink: ).
Au second balcon de Bastille, pour le Barbier, il y a des moments où une personne sur deux avait son smartphone allumé 8O
Les pauvres ne valent pas mieux que les riches.
« L’essentiel est d’être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent et tantôt nous lèchent » Voltaire, lettre au duc de Richelieu.

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par paco » 15 févr. 2018, 09:41

HELENE ADAM a écrit :
15 févr. 2018, 07:56
si on excepte les habituels tousseurs de saison
Le problème à Paris c'est que la saison des tousseurs dans les salles de spectacle dure 12 mois :mrgreen:

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par HELENE ADAM » 15 févr. 2018, 15:23

CR plus détaillé :


« C’est bien un cœur chaleureux qui bat dans les jeunes corps de mes tout jeunes enfants méridionaux qui, malgré les apparences, ne peuvent renier leurs origines allemandes. Oui, leur cœur bat en allemand même si le soleil brille pour eux en italien. » disait Hugo Wolf à propos de son « Italienisches Liederbuch », composé à plusieurs périodes, comme des salves successives peignant l’amour sous toutes ses formes.
Wolf compose, il n’écrit pas : il met en musique les courts poèmes traduits en allemand par Paul Heyse en 1860 à partir de chansons populaires italiennes. Esprit italien donc, mais paroles en allemand à partir desquelles Wolf va inscrire sa musique, nerveuse, saccadée, rarement « cantabile », plutôt de type récitatif, où le style et la qualité de l’interprétation sont des questions-clé.

Diana Damrau, Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch ont choisi de regrouper ces tout petits Lieder très courts, qui ressemblent à des miniatures croquant les différentes phases d’une relation amoureuse, en quatre parties dans un ordre différent de l’original pour créer une atmosphère et imaginer une sorte de progression dans l’histoire contée.

Ainsi la première partie regroupe-t-elle plutôt les courtes pièces comportant les déclarations d’amour, avec alternance entre lui et elle. Il faut cependant mettre à part le premier Lied (Auch kleine Dinge können uns entzücken) à part puisqu’il présente précisément ces « petits riens » qui « peuvent être si chers », évoquant notamment les « perles si petites mais si précieuses » de l’Orient et sert donc d’ouverture au cycle de ces merveilleux « petits riens ».

Les deux suivants se répondent parfaitement. Nous sommes dans la déclaration d’amour réciproque, rien n’est trop beau. « Et créant la beauté il fit ton visage » : de lui à elle qui répond « Je me ferai faire une robe verte /C’est aussi de vert que le printemps orne le pré/De vert est habillé l’être cher à mon âme. ». Elle porte sur sa robe noire à petites roses une étole verte. Il se met une pochette du même vert. C’est à la fois romantique et espiègle, les chanteurs-acteurs font merveille pour illustrer cette première partie printanière et faire saisir l’atmosphère des douces déclarations d’amour.
Pour lui elle est plus belle que les plus beaux monuments d’Italie, elle le supplie de la voir en cachette si leurs amours sont interdites…et ainsi de suite et autant de toutes petites images un peu comme ces tout petits tableaux qui croquent chacun une situation, une comparaison, une déclaration. Le dernier vers est délicieux « dites-lui que sur une journée de 24 heures, elle me manque pendant vingt-cinq ».

Après la courte pause, elle revient avec une étole rose. C’est le temps des épines. On s’écorche, on se cherche noise. « Oh si tu savais qu’à cause de toi, renégate, j’ai souffert la nuit », « Malheureux que je suis ». Il se plaint, elle réplique : « Tes visites chez moi, je t’en fais cadeau/Va voir l’amoureuse qui te plaît mieux !/Qui donc t’a appelé, qui t’a fait venir ? ». il y a de la colère « Que les abîmes engloutissent la petite maison de mon amour,Qu’à sa place s’ébatte la mer furieuse, Que le ciel y verse des billes de plomb » et de la réconciliation « Faisons maintenant la paix, mon cher amour/ Trop longtemps déjà nous nous disputons »
Beau final provisoire, en état de grâce, avec le magnifique « Wenn du, mein Liebster, steigst zum Himmel auf » (Quand, mon amour, tu monteras au ciel).

Après l’entracte, elle a vêtu une étole noire et lui tente de la reconquérir en extase alors qu’elle se montre plus versatile. Les échanges sont souvent de nature spirituelle, Dieu est invoqué, c’est un le temps de l’amour éternel, mais aussi celui de la mort.
Et c’est à lui que revient ce qui constitue à mon sens, le plus beau passage « Sterb’ ich, so hüllt in Blumen meine Glieder [Si je meurs, qu’on m’entoure de fleurs] qu’il chante avec son style à nul autre pareil, en mezza voce et longues notes filées absolument superbes. Comme dans un souffle, toute l’émotion qu’il porte traverse les rangs de la Philharmonie en extase.

La dernière partie (étole rouge vif) enfin, est à nouveau plus tendue, comme serait les facettes du bilan d’un couple avec ses regrets « Comme j’ai perdu mon temps à t’aimer ! /Si j’avais adoré Dieu pendant tout ce temps /J’aurais ma place réservée au paradis », son amertume « Heureux aveugles qui ne voyez point Les charmes qui déchaînent nos passions », ses petites mesquineries « Tu me dis que je ne suis pas une princesse /Mais tu n’es pas né non plus sur le trône d’Espagne. » et se termine par ce petit pamphlet qu’elle chante pour lui rappeler un peu à la manière du catalogue, ses propres amoureux….

L’investissement des trois artistes était absolument formidable hier soir du début à la fin.

Diana Damrau a une très jolie voix de soprano légère qu’elle sait plier aux règles du Lied en atténuant la portée et en donnant du « chanter-parler » sans effets d’opéra à sa voix et à son style. Elle n’en fait pas trop, titillant son partenaire ou le regardant avec amour ou avec colère, exactement dans le ton. L’entente entre elle et Kaufmann est optimale et tellement crédible, qu’on se prend au jeu du couple qui se charme et se déchire.
Quant à Jonas Kaufmann, son talent dans le Lied n’est plus à démontrer. Il avait donné une interprétation très émouvante du Winterreise il y a quelques années au TCE, dans une concentration telle et une communion telle avec le public, que l’on ressortait presque éreinté.
Là le jeu se prête moins à l’émotion intense et davantage à la soirée de charme. Il prouve sans grand effort apparent, que ce jeu lui convient parfaitement également. La voix est superbe, plus « opéra » que celle de sa partenaire (ce qui créée parfois une légère différence de style amusante), mais sans emphase ni grandiloquence qui n’auraient pas sa place dans le cycle. Cela a été dit par d’autres critiques mais je ne peux qu’insister sur ce constat, fait à plusieurs reprises ces derniers mois : Kaufmann a retrouvé tous ses beaux moyens d’antan et le charme de l’artiste et de l’homme, sachant si bien traduire ces infinies perles de la vie et de l’amour, a conquis la grande salle de la Philharmonie malgré la probable méconnaissance totale du public à l’égard du compositeur Hugo Wolf. Devenu célèbre grâce au choix d’un artiste opiniâtre qui ne recule jamais devant l’audace de ses choix.
Mais il ne faut pas oublier le compagnon, l’ex professeur, le vétéran Helmut Deutsch qui ne fait pas qu’accompagner mais a travaillé avec les chanteurs le sens à donner à cette succession de miniatures. Et c’est tout simplement formidable…


Un Bis a été offert au public après une longue ovation et des rappels : Unterm Fenster de Schumann en duo, pour rire et pour finir sur une note gaie très appréciée. Les longs cycles de Lieder ne laissent en général pas de place aux « bis ».

C'était le "Valentine'day" et c'était un bien beau cadeau...

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par enrico75 » 15 févr. 2018, 16:08

rien que pour Sterb'ich,ce récital valait le déplacement :D :D

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Re: Wolf- Italienisches Liederbuch - D. Damrau/J.Kaufmann - Tournée 2018 - Paris PP le 14/02

Message par romance » 15 févr. 2018, 16:42

HELENE ADAM a écrit :
15 févr. 2018, 15:23

Et c’est à lui que revient ce qui constitue à mon sens, le plus beau passage « Sterb’ ich, so hüllt in Blumen meine Glieder [Si je meurs, qu’on m’entoure de fleurs] qu’il chante avec son style à nul autre pareil, en mezza voce et longues notes filées absolument superbes. Comme dans un souffle, toute l’émotion qu’il porte traverse les rangs de la Philharmonie en extase.
......
Kaufmann [/b]a retrouvé tous ses beaux moyens d’antan et le charme de l’artiste et de l’homme, sachant si bien traduire ces infinies perles de la vie et de l’amour, a conquis la grande salle de la Philharmonie malgré la probable méconnaissance totale du public à l’égard du compositeur
Merci Hélène, pour ce beau c.r. très complet. Oui, le XXXIII "Sterb'ich, ..." fut un moment où le temps est suspendu. Un seul Bravo a retenti appelant des applaudissements enthousiastes ! J'étais chez les "pauvres" où je n'ai pas remarqué de lumières (je parle de téléphones) ou de froissements de papier perturbants. Pour moi, qui fait partie des "méconnaissants", ce fut une belle découverte.

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