Mozart - Così fan tutte - Rouets/Roels - Reims - 10/2017

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Mozart - Così fan tutte - Rouets/Roels - Reims - 10/2017

Message par Adalbéron » 13 oct. 2017, 12:09

Mozart - Così fan tutte

Opera buffa en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte
Musique de Mozart
Créé au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790

Direction musicale : Dominique Rouits
Mise en scène et lumières : Frédéric Roels
Assistante mise en scène : Nathalie Gendrot
Décors : Bruno de Lavenère
Costumes : Lionel Lesire
Collaboration Artistique : Raymond Duffaut

Fiordiligi : Sasha Djihanian
Dorabella : Violette Polchi
Ferrando : Diego Godoy
Guglielmo : Mathieu Gardon
Don Alfonso : Laurent Alvaro
Despina : Amélie Robins

Chœur : ELCA (Ensemble Lyrique Chamapagne Ardenne)
Chef de chœur : Sandrine Lebec

Orchestre : Opéra de Reims

Coproduction
Opéra de Rouen Normandie, Opéra de Massy, Opéra de Reims.
« Dans l'édifice de la pensée, je n'ai trouvé aucune catégorie sur laquelle reposer mon front. En revanche, quel oreiller que le Chaos ! » — Cioran

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Re: Mozart - Così fan tutte - Rouets/Roels - Reims - 10/2017

Message par Adalbéron » 18 oct. 2017, 20:08

Dans sa note d’intention (un peu décousue) publiée dans le programme de salle, le metteur en scène Frédéric Roels déclare assez explicitement que les jeux de travestissement de Così fan tutte sont (pour lui) invraisemblables et que Fiordiligi et Dorabella ont parfaitement conscience de ce qui se joue, et qu’elles se prêtent au jeu des hommes en connaissance de cause (on notera que c’est précisément cette soi-disant invraisemblance de l’intrigue de Così fan tutte qui l’a fait longtemps passer pour une œuvre inférieure aux deux autres opéras de la trilogie Mozart/Da Ponte, qui lui a attiré le mépris de nombreux mélomanes). Soit... Mais il aurait fallu sans doute une direction d’acteur moins lâche pour que ceci soit clairement lisible sur scène — comme si le metteur en scène hésitait à déployer jusqu'au bout les conséquences de son intuition exposée dans le programme, peinant ainsi à réellement convaincre. L’intérêt principal de la mise en scène de Frédéric Roels est cependant d’exacerber les marques des travestissements et des jeux mis en place dans l’œuvre, en se jouant des codes de représentations, autant théâtraux que sociaux. Les deux hommes par exemple sont trop travestis lorsqu’ils se présentent aux dames après leur faux départ : ils portent plusieurs couches de vêtements de couleurs fluo, outranciers ; de même, lorsque Fiordiligi déclare vouloir revêtir l’habit guerrier, elle le fait effectivement, et Ferrando surgit alors habillée avec la robe fleur-de-lysée de Fiordiligi dans le duo de l’acte II. La scène devient alors un terrain de jeux et d’apparences où l’amour et le désir circulent sans jamais s’essouffler ni s’arrêter. On peut regretter qu’à la toute fin, le metteur en scène choisisse de rassembler les couples ayant la même tessiture et la même taille (Ferrando/Fiordiligi et Gugliemo/Dorabella), comme si toute l’œuvre était en fait tendue vers ce « ré-ordonnancement » (qui n’est pas celui du livret), n’était l’hésitation dont fait preuve Dorabella à accepter la situation. Une mise en scène intéressante donc, mais non inoubliable et tout compte fait peu convaincante.

Sur le plan vocal, la soirée se révèle être toute aussi intéressante, mais de la même manière, ne convainc pas toujours. Sasha Djihanian est une Fiordiligi dotée d’un beau et riche timbre mais beaucoup de défauts techniques au début de la représentation laissent interrogateur. Elle trouve cependant une assise dès la fin du premier acte et livre un deuxième acte assez superbe, témoignant d’une musicalité et d’un goût des mots enchanteurs. Son « Per pietà » est un des grands moments d’émotion de la soirée. On pourrait peut-être néanmoins lui reprocher une certaine monochromie de chant, mais les qualités de la chanteuse sont prometteuses.
La Dorabella de Violette Polchi est digne : tout est bien mené, phrasé, legato, diction, mais de manière peut-être un peu trop « scolaire ». L’engagement scénique est par moment assez timide, mais elle sait rendre tout de même son personnage et sa personnalité vocale attachants.
Diego Godoy en Ferrando est sans doute le mieux chantant de tous : le timbre est magnifique, la musicalité racée, le style raffiné. La projection est peut-être un peu faible et il n’est lui aussi pas exempt d’une certaine « scolarité », mais il s’impose tout au long de la soirée par son chant élégant.
Parmi les chanteurs du quatuor de tête, le Gugliemo Mathieu Gardon est sans doute le moins convaincant, la technique semblant moins solide que celle de ses partenaires (timbre un peu rêche, chant moins soigné) mais il se rattrape par son engagement scénique. Sans doute une méforme. ODB lui avait accordé une interview, qu’on peut relire ici : viewtopic.php?f=21&t=14171&p=226787&hilit
Le déjà reconnu Laurent Alvaro campe un Alfonso de grande autorité, taquin et insolent, déployant une voix puissante et impressionnante, ce qui sied tout à fait à ce personnage fascinant tous les autres. Sa comparse Despina, interprétée par Amélie Robins, a une voix légère et un timbre un peu vert mais s’engage entièrement, participant ainsi plutôt brillamment au jeu de forces engagé par Alfonso.
Direction de Dominique Rouits qu’on pourrait dire efficace si elle parvenait à éviter les décalages réguliers entre la fosse et le plateau (la fin du premier acte était assez cacophonique). Les cordes de l'orchestre de l'Opéra de Reims n'ont pas toujours de belles couleurs, mais les solos de vent sont très réussis. Le choeur ELCA, quant à lui, peine à s'imposer, notamment parce que les pupitres manquent de cohérence. Peut-être la deuxième représentation, dans la matinée du dimanche, aura-t-elle été plus aboutie sur ce plan ?

Clément Mariage
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