Castorf Der Ring des Nibelungen Bayreuth 2013-2017 par Guy Cherqui et David Verdier

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Castorf Der Ring des Nibelungen Bayreuth 2013-2017 par Guy Cherqui et David Verdier

Message par Oylandoy » 28 juin 2019, 16:13

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Guy Cherqui, alias Wanderer, et rédacteur du site wanderersite.com bien connu des mélomanes, est l’auteur, avec David Verdier, d’après une idée de Susanna Mälkki, d’un très bel ouvrage, composé de trois parties principales : un choix de photos superbes des décors et des représentations du Ring, ainsi que de quelques documents d’archives, une série d’articles et d’entretiens (Patric Seibert, Guy Cherqui, Wolfgang Koch, Okka von der Dammerau, Lance Ryan, Nadine Weissmann, Aleksandar Denić, Adriana Braga Peretzki, Frank Castorf), et d’un abécédaire (62 articles).
Le sujet est donc la mise en scène, très controversée, de Frank Castorf, utilisée de 2013 à 2017, avec quelques aménagements, dus pour l’essentiel aux changements dans la distribution, mais aussi du chef (Kirill Petrenko de 2013 à 2015, Marek Janowski en 2016 et 2017, Placido Domingo pour la Walkyrie de 2018).

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Le lecteur, d’abord ébloui par les superbes photos, a comme intérêt principal, surtout s’il est allé à Bayreuth, et entendu les broncas auxquelles il a peut-être participé, (les hurlements spontanés après la scène des crocodiles, avant même les saluts !), la compréhension de la mise en scène, et, si possible, de Frank Castorf. Alors oui, l’ouvrage tente de répondre. Les crocodiles, par exemple : la scène est à considérer au second degré (après le début de ses amours, Siegfried aura à affronter de redoutables ennemis mais il a eu raison d’un dragon, alors, les crocodiles…), ou au premier (la peur des crocodiles était utilisée par les parents comme moyen pour dissuader les enfants de jouer dans les ruines après la deuxième guerre mondiale, n’oublions pas que Castorf a vécu à Berlin-Est).
Le lecteur consultera avec grand intérêt l’article de Patric Seibert, ainsi que l’entretien qu’il a accordé à Guy Cherqui, qui expliquent beaucoup de détails, et qui mettent l’accent sur l’importance du passé de Frank Castorf (metteur en scène à succès à la Volksbühne en RDA, notamment). Patric Seibert aura eu une grande importance dans ce ring, en tant qu’assistant metteur en scène, mais aussi en tant qu’acteur : il est très présent (il joue le postier, le barman, l’ours – ours qui est d’ailleurs remplacé par un homme avide de livres, vision intello de la nature…)
Méthode de travail de Castorf, par Seibert : "Quand Castorf adopte un roman, par exemple, il ne livre pas de version finale de la pièce avant le début des répétitions. Au début, le livre est la pièce. Il arrive ainsi avec le roman complet aux répétitions et envoie les acteurs à la bataille. Suivent alors des instructions beuglées, des textes adressés en criant aux acteurs… dans ces moments-là, Castorf prend toutes les libertés avec le texte, faisant des collages, des coupes, il élabore ainsi à partir de l’œuvre existante et bien connue quelque chose de complètement nouveau … pas de démarche linéaire…"
Méthode inapplicable à l’opéra : il n’est pas pensable de jouer Götterdämmerung avant Das Rheingold, par exemple. Restait la mise en scène, le décor, et l’idée maîtresse, soufflée par Aleksander Denić : le pétrole ». Ce qui permettait de parler de la guerre froide, de la RDA, de l’histoire de l’Allemagne, de la route 66, du New York Stock Exchange, etc.

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L’abécédaire est une excellente idée, qui permet d’aborder tous les sujets. Lesquels sont développés, souvent de manière quasi exhaustive. On en arrive, par exemple, à parler du voyage de Bertha Benz, le premier voyage automobile, et le premier ravitaillement. L’inconvénient est de parfois se répéter, révélant des obsessions : l’incendie des puits de pétrole à Bakou par les russes avant l’arrivée des allemands (répétant l’incendie de Moscou avant l’arrivée des armées napoléoniennes) est ainsi rappelé plusieurs fois. Mais il peut être d’un grand intérêt, pour comprendre les inscriptions dont le sens peut échapper à un spectateur non-allemand : Minol, Buna-Schkopau (Plaste und Elaste), et celles en cyrillique. Parfois aussi, peut-être quelques surinterprétations, comme la référence à Teddy Bear, lors du rôle de l’ours.
Dans la liste des fascinations, nous trouvons aussi le sort d’Oleg Brijak, qui a chanté Alberich en 2014, mais a disparu dans l’accident de Germanwings en mars 2015, et a été remplacé par Albert Dohmen, à qui on a reproché un manque d’implication pendant les répétitions.
Autre sujet d’interrogation : souvent, lors des duos, les personnages ne s’écoutent pas, chacun parle, mais semble vivre dans son monde, et ne s’intéresse pas à ce que dit l’autre. Choisissons (au hasard) la scène des crocodiles, où, pendant le duo d’amour, Brünnhilde et Siegfried sont à dix mètres l’un de l’autre, et Siegfried est occupé à chasser les crocodiles à coups de parasol…
Le rôle de Kirill Petrenko n’est pas oublié, ni celui de Wolfgang Koch, qui a souvent échangé avec Castorf, ainsi que beaucoup d’autres… Citons également Alexandra Braga, auteur du costume de l’oiseau.

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Outre ces quelques exemples, cet ouvrage recèle nombre d’autres éléments qui éclairent la personnalité de Frank Castorf, et donc, cette mise en scène. Passionnant, donc, pour tous ceux qui ont assisté à ce Ring à Bayreuth, mais aussi, pour tous les amoureux du Ring, et du théâtre.
Regrettons toutefois quelques erreurs, par exemple dans les dernières pages où toutes les distributions de tous les éléments de ce cycle sont disponibles (très bonne idée !), mais Petrenko est cité en 2016 et 2017, alors qu’il était remplacé par Marek Janowski.
Nec plus ultra : l’interview de Frank Castorf lui-même. Qui répond volontiers par des anecdotes… à côté du sujet. On a compris que l’homme est insaisissable.
Enfin, si vous désirez des explications quant au remplacement de Notung par une AK47, il vous reste à commander cet ouvrage sur le site du Wanderer : wanderersite.com…

PS : Rendez-vous le 8 septembre 2019 au Deutsche Oper pour la forza del destino, mise en scène : Frank Castorf.

Jean Yves Courtiau

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Photos : wanderersite.com
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Re: Castorf Der Ring des Nibelungen Bayreuth 2013-2017 par Guy Cherqui et David Verdier

Message par Oylandoy » 09 sept. 2019, 21:34

Mise en scène de Castorf pour la force du destin à Berlin :

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