Les mises en scène faisant intervenir le nazisme à l'opéra

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NiklausVogel
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Re: Les mises en scène faisant intervenir le nazisme à l'opéra

Message par NiklausVogel » 08 juil. 2019, 13:58

Autant, comme à peu près tout le monde, j'en ai un peu assez de voir des nazis partout, autant il me parait évident que le déroulement de la tétralogie colle à peu près intégralement avec l'Histoire de l'Allemagne entre 1860 (date à laquelle le livret est déjà entièrement écrit) et 1945, telle qu'elle pouvait être prédite par un nationaliste antisémite comme Richard Wagner. Donc des nazis dans le Ring, cela me parait plutôt naturel.

Tout commence au bord du Rhin aux temps romantiques qui préludent à la révolution industrielle (le barrage de Chéreau n'a évidemment pas encore été construit). Trois jeunes paysannes lavent leur linge au bord du fleuve. Elles sont bien sûr les gardiennes de ce qu'est l'Allemagne dans son état de nature, Allemagne qui leur a été confiée symboliquement par leur père (le père de toutes les paysannes rhénanes) à toutes, le roi de Prusse Guilllaume Ier, dont les possessions se sont étendues à l'ouest à l'issue du congrès de Vienne. Evidemment, elles se font draguer par un horrible juif au nez crochu, qui, effectivement, comme l'ont déjà dit George Bernard Shaw et Patrice Chéreau, finit par s'approprier la nature pour la transformer en argent. Se déploient alors toutes les contradictions propres au XIXème siècle. L'Or du Rhin décrit ainsi la défense des valeurs traditionnelles par l'aristocratie (des princesses aux junkers), la nécessité de s'enrichir par tout moyen pour faire face à la concurrence, le conflit entre normes immémoriales et exigences de la modernité, entre les classes montantes avec leurs juifs avides et les classes dominantes traditionnelles. En Allemagne, seul Bismarck aura le cynisme et le pragmatisme pour relever ces défis, ceux de l'argent et du pouvoir, sous l'oeil réticent du roi son maitre. Tout les moyens sont bons, y compris la dépèche d'Ems. Malheureusement, il faudra faire des concessions au peuple, mobilisé par de gros barbus tels Marx ou Engels, et se lier les mains par des lois sociales. Guillaume Ier s'en passerait bien, mais l'Allemagne l'exige. Elle sait ce qu'est le monde moderne, et elle sait que les princes et les rois seront obligés de céder sur tout avant de disparaitre. En attendant, on fonde l'Empire allemand, à Versailles dans la galerie des glaces. Les princesses sont ravies, le nouvel empereur fait semblant d'être content et Bismarck se demande si tous ces braves gens sont bien à la hauteur des enjeux. Les paysannes se lamentent. L'innocence de leur monde a été violée. On construit des usines au bord du Rhin, et puis l'exode rural, les bidonvilles urbains, tout cela ne fait pas des perspectives bien réjouissantes.

Quelques dizaines d'années ont passé. Le peuple allemand, hommes et femmes confondus, est engagé dans une guerre terrible provoquée non pas par le militarisme prussien, mais par le libéralisme capitaliste et la juiverie internationale. Les victoires et les défaites se succèdent sur tous les fronts. L'ambition brouillonne de l'empereur Guillaume II n'est certes pas pour rien dans les circonstances qui ont conduit à la guerre, mais celui s'est en fait mystérieusement retiré de la direction des opérations après avoir promis à son peuple une armée invicible. Le chef, c'est maintenant Hindenburg. Mais Hindenburg se heurte lui même à d'infinies contradictions liées à la guerre sur plusieurs fronts, à l'arbitrage entre nécessités économiques et besoins liés à l'effort de guerre. En plus la guerre fait entrer les peuples dans l'Histoire alors que l'ordre établi que Hindenburg cherche à défendre consistait précisément à les en tenir éloignés. Bref, on ne peut pas avoir tout et le contraire de tout. L'Allemagne veut continuer à se battre, à amener les héros sur les champs de bataille, mais la réalité rattrape Hindenburg. L'armée allemande n'est en fait pas invincible. Malgré les derniers efforts qui se manifestent dans l'offensive Lüdendorff, la capitulation est le produit d'une série de coups de poignard dans le dos, entrée des Etats-Unis dans la guerre, rupture du front balkanique, défaitisme sur le front intérieur. La seule solution est de reconnaitre sa défaite, à la grande surprise et à la grande douleur de l'Allemagne, abandonnée par ses chefs à Rethondes dans le wagon de Foch, livrée aux prédateurs, à l'inflation et au poids des réparations. Mais si l'armée est vaincue, le sol allemand n'a pas été souillé, l'occupation de la Ruhr étant une péripétie qui ne durera pas. Reste à espérer que l'armée brisée soit reconstituée un jour...

L'Allemagne est endormie. Ses forces vives sont aux mains des juifs. Un juif, Rathenau, après s'être occupé de métallurgie, est même ministre de la reconstruction. Certes on a encore une tradition militaire, mais même l'élection de Hindenburg à la présidence de la République ne confère au vieux soldat, dans un premier temps, qu'un rôle d'observateur. La droite nationaliste ronge son frein et rappelle aux membres du complot judéo-maçonnique qu'ils ne perdent rien pour attendre. La Reischswehr se reconstitue par elle-même, quasiment à l'écart des circuits officiels et selon des méthodes pour le moins inhabituelles. Mais le vrai trésor n'est pas l'armée, c'est le peuple que les nationalistes vont peu à peu arracher à des communistes qui se défendront à peine. Les juifs en sont pour leurs frais, Rathenau est assassiné (OK tout n'est pas totalement dans l'ordre) et Hindenburg, après avoir à Tannenberg, sur les lieux de ses victoires passées, interrogé en vain la déesse tutelaire de l'Allemagne (l'architecture de son mausolée, qui rappelle Stonehenge, renvoie aux divinités les plus anciennes) abandonnera, résigné, le pouvoir à Hitler. Hitler, qui ne sait pas trop ce qu'est une femme (il sera surpris de constater que ce n'est pas un homme) va cependant conquérir l'Allemagne rapidement (elle est un peu hésitante, elle trouve les nouveaux venus un peu vulgaires et bourrins et regrette la noblesse et la dignité des dirigeants d'antan) et s'assurer de la protection du sang allemand en favorisant les mariages entre aryens.

Le soldat nazi, après s'être régénéré et approprié les moyens de transport militaires, va de victoire en victoire. Il part même du wagon de Foch, lieu de l'humiliation passée, pour la conquête du monde. Mais le monde (les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'URSS) se ligue contre lui. Hitler est d'ailleurs un grand admirateur de la Grande-Bretagne. Il a cru aux promesses de Ribbentrop selon lesquelles elle n'entrerait pas en guerre, et toute une classe de la société britannique est sensible à l'idée d'un accommodement avec le Reich. L'ennemi principal, c'est évidemment l'URSS, et le judéo-bolchevisme, héritier du complot juif contre la race aryenne. Le juif continue d'ailleurs à manipuler dans l'ombre l'appareil bolchevique. Alors bien sûr, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'une part, et l'URSS d'autre part, ne sont pas héritiers des mêmes valeurs, et ne défendent pas les mêmes intérêts. Mais l'armée allemande se retrouve avec une guerre sur plusieurs fronts. Jusqu'au bout, les nazis s'obstineront malgré les voix qui appellent à la capitulation, pour éviter la detruction totale. Mais Hitler préfère la destruction totale à la capitulation. Les conditions matérielles se tendent et les allemands n'arrivent plus à trouver à se nourrir (on trouve encore un peu de gibier d'eau mais bof...). Le soldat allemand de l'opération Barbarossa est parti bien équipé, mais on était tellement sûr de sa force qu'on a négligé de l'habiller pour l'hiver. L'armée soviétique va finir par entrer dans Berlin et porter le coup de grâce. Les anciens alliés se retrouvent face à face. L'Allemagne, elle, disparait dans les flammes, victime de ceux qui l'ont tant aimée, et tant trahie.

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