Warning: Cannot modify header information - headers already sent by (output started at /home/operadmin/public_html/header.php:32) in /home/operadmin/public_html/modules/Forums/includes/page_header.php on line 60 ODB opéra :: Voir le sujet - Rebel - Ulysse - Reyne, Cité de la Musique, 09/06/2007
La Simphonie et le Choeur du Marais
Hugo Reyne, direction
Cité de la Musique, le 9 juin 2007
Dans le cadre de sa thématique « Ulysse », la Cité de la musique propose samedi soir une version de concert de cette tragédie en musique de Rebel, sur un livret de Guichard….
Quelques mots sur l'oeuvre
Léris indique que :
« ULYSSE, et Pénélope, 58me Opé. C'est une Trag. en 5 Ac. de Guichard, mise en musiq. par Rebel le pere: la premiere représentation s'en donna le 23 Janv. 1703, & elle est imprimée en musiq. partition in-4°. Le Prolo. est entre Orphée, la Seine, des Bergers & des Sauvages. On n'a jamais repris cet Opéra. »
L’œuvre fut créée le 23 janvier 1703 (Parfaict, en 1767, indique l’avant-veille) à l’Académie royale de musique. Le livret imprimé laisse d’ailleurs curieusement le jour précis en blanc, lacune comblée sur un des exemplaires conservés à la Bibliothèque nationale de France par un « trois » et accompagné d’une précision peu flatteuse pour librettiste et compositeur : « la musique (…) ou il y a très peu de bon et cet opéra est des plus mauvais / les parolles sont de (..)Guichard et elles ne sont pas supportables » ( !!!)
Jugement lapidaire, et assez juste en ce qui concerne le livret si on veut bien l’examiner comme une pseudo adaptation de l’épopée homérique ; mais si le texte est perçu comme un porte manteau sur lequel accrocher la musique, on peut aisément convenir que les péripéties-clés du drame lulliste sont bien présentes et ont pu stimuler l’imagination du compositeur, quoique elles soient souvent amenées dans le corps de l’intrigue de manière maladroite et quasiment parodique !!!!
Dans la distribution, on relève le nom de la fameuse Mlle de Maupin dans le rôle de Pénélope.
L’échec de l’œuvre n’est donc pas surprenant… L’opéra chuta, comme beaucoup issues des continuateurs de Lully. Cette tragédie en musique n’aurait connu que « cinq ou six représentations » d’après une note manuscrite portée sur l’une des copies existantes de l’œuvre et relevée par Catherine Cessac, ou bien une dizaine (cf. notes de programme de la Cité de la Musique.)
Ulysse n’eut par ailleurs pas de possibilité de se racheter ultérieurement, car la seule reprise partielle, incorporée dans un pot-pourri de Campra et Danchet, Télémaque, ou les Fragments des modernes (1704), formé à partir d’œuvres n’ayant connu que peu de représentations, fut également un four. Le composite intégrait également des extraits d’ Enée et Lavinie (Colasse, 1690), de l’Aréthuse (Danchet, 1701), d’Astrée (Colasse, 1691), de Canente (Colasse, 1700), de Médée de Charpentier (1693), d’Ariadne et Bacchus de Marais (1696), et de Circé et des Fêtes galantes de Desmarets (1694 et 1698)…
Le livret
Le texte est assez mal ficelé, avouons-le d’emblée… Il faut dire que le sieur Guichard (1635 ?-1705 ?) qui le commit n’était qu’un écrivain assez douteux et un personnage haut en couleurs dont la carrière avait connu de nombreux soubresauts : Il était le gendre de Le Vau et l’intendant et ordonnateur des bâtiments du duc d’Orléans.
En 1670, il installa un théâtre pour les productions du Marquis de Sourdéac au Jeu de paume de la Bouteille à Paris, qui ferma en 1672.
Il écrivit un livret pour une pastorale, Les amours de Diane et d’Endymion pour Granouilhet (1671 et 1672 à Saint Germain-en-Laye sous le titre du Triomphe de l’amour) qui eut un succès très relatif. Il disputa ensuite le privilège pour l’opéra à Lully, avec maintes péripéties, entre 1672 et 1674.
La même année, il obtint le privilège royal de faire représenter des spectacles (sans musique !!) : « Les spectacles publics ayant toujours fait les divertissemens les plus ordinaires des peuples et pouvant servir à leur félicité aussy bien que le repos et l'abondance, Nous ne nous contentons pas de veiller à la tranquillité de nos sujets par nos travaux et nos soins continuels, Nous voulons bien y contribuer encore par des divertissemens publics. C'est pourquoy nous avons agrée la très-humble supplication qui nous a este faite par nostre cher et bien-amé Henri Guichard, intendant des bastimens et jardins de nostre très-cher et très-amé frère unique, le duc d'Orléans, de luy permettre de faire construire des cirques et des amphi-thèatres pour y faire des carrousels, des tournois, des joustes, des luttes, des combats d'animaux, des illuminations, des feux d'artifice et généralement tout ce qui peut imiter les anciens jeux des Grecs et des Romans. / A CES CAUSES, estant informé de l'intelligence et grande connoissance que le sieur Guichard s'est acquisés dans la conduite de ces actions publiques, Nous luy permettons d'establir en nostre bonne ville de Paris des cirques et des amphithèatres pour y faire lesdites représentations, sous le titre de l'Académie royale des spectacles pour en jouir par lui, ses heirs et ayans cause, avec pouvoir d'associer avec luy qui bon luy semblera pour l'establissement de ladite académie. Et pour le dedommager des grands frais qu'il luy conviendra faire, Nous luy permettons de prendre telles sommes qu'il jugera à propos, et d'establir des gardes et autres gens nécessaires aux portes des lieux ou se feront lesdites représentations. [….] »
Il essaya de s’allier à Carlo Vigarani mais ses démêlés judiciaires avec Lully le forcèrent à renoncer.
Il partit (s’enfuit ?) en 1679 à Madrid avec une compagnie théâtrale qu’il avait formée, pour la « maison » de la reine. De retour en France, il s’établit à Valence, où il fut établi à la tête de l’Hôpital général par l’évêque Daniel de Cosnac (ancien chapelain du Duc d’Orléans) ; il se distingua alors dans la répression des protestants. Ses excès et ses prévarications menèrent à son procès en 1687, à la suite duquel on le priva de son office.
Il se retira alors à Grenoble. La fin de sa vie n’est pas connue.
Recueil des opéra, représentés par l'Académie Royale de Musique depuis son établissement, tome 10. La Haye: Guillaume de Voys, 1714
Acte V, scène 5 (et actions des scènes précédentes en fond) (Circé tente de poignarder Télémaque devant ses parents, et est arrêtée par Pallas Athéna)
Dès l’Avertissement liminaire, le lecteur reste perplexe. En effet, « L’Auteur a été obligé, pour observer l’unité du lieu dans cette pièce, d’établir la scène dans l’Ile d’Itaque, et de supprimer ce qui s’est passé dans l’île de Circé, entre cette princesse et Ulysse » !! Comme si cela ne suffisait pas, « On n’a pas cru devoir suivre Homère pour le personnage qu’il fait faire à Ulysse à son retour, ni pour la manière du combat qu’il lui fait livrer […] aux amants qui pendant son absence avaient obsédé Pénélope, ni à l’égard de Télémaque qu’on n’a point mis de ce combat, pour n’y faire qu’une personne de plus :; on l’a réservé pour un épisode qui a paru donner un plus beau jeu : le public en jugera » …
Autant dire que toute la spécificité du retour du roi d’Itaque, la gradation de sa réappropriation de sa persona royale selon les schémas tripartites indo-européens (son nom, ses armes et son épouse), le (faux) suspense de sa reconnaissance par ses proches et le plaisir qu’en retire le spectateur complice, tout cela est proprement évacué pour ne laisser qu’une intrigue somme toute banale, et qui aurait pu s’appliquer à n’importe quel canevas de tragédie lyrique pré-formaté… On doute même de l’intérêt d’intituler cette tragédie « Ulysse et Pénélope » parce que « Amphidamas et Cyparissa » aurait également tout à fait convenu !
On assiste en fait à un échantillonnage réjouissant de moments types de la tragédie lyrique, fortement calqués sur le mode lullyste, avec quelques variantes émanant de souvenirs littéraires antiques.
Un bref inventaire pourrait donner :
- Un prologue stéréotypé, d’une rare maladresse où l’on voir Orphée dans un même souffle « oxymorique » chanter « Rochers sensibles à mes larmes /Chers confidents de mes tristes soupirs, / je ne viens point vous dire mes alarmes, /sous un règne si plein de charmes / Et vos échos et vos zéphyrs / redirons tour à tour l’excès de mes plaisirs. » !! En dehors de son rôle traditionnel de chantre, Orphée est-il délégué à la louange royale car il partage avec Ulysse la désapprobation de Platon ?
- Enchanteresse habituelle avec tous ses oripeaux magiques : apparition du palais enchanté (qui apparaît sur le rivage d’Itaque, ce qui fait qu’Ulysse ne reconnaît quasiment pas les lieux, seule concession au texte homérique…), scène d’invocation des Enfers, tonnerre et tout les éléments déchaînés, puis destruction du palais enchanté (IV, 2)
On peut évidemment glaner dans ce compendium de nombreux souvenirs d’Armide, retournement logique, la Circé homérique ayant été une des sources du Tasse.
Ici Circé ne change plus les hommes en pourceaux, mais en rocher : Alcine n’est pas loin… (IV, 4) Mais c’est toujours Mercure qui permet aux compagnons d’Ulysse de retrouver « la lumière du jour » (IV, 8 )
L’enchanteresse n’est pas le moins du monde menacée par Ulysse dans la version de Guichard, c’est lui qui l’intimide chez Homère, et il ne menace pas de s’occire (IV, 4 et 5)…
- Armes enchantées : plus que l’artifice du bouclier enchanté qui fait recouvrer la raison à Renaud, il y a ici substitution d’épées (enchantée ou non) entre Ulysse et son confident Euriloque. D’ailleurs on trouve également une confusion (volontaire ?) entre les armes d’Achille originellement apportées par les Néreides chez Homère (ensuite disputées par Ajax, épisode auquel il est fait allusion au IV, 3, et apparemment portées par Ulysse dans la tragédie) et l’épée enchantée donnée à Ulysse par Circé, qui commande ici aux Néréides.
- Apparitions de Mercure qui fait un petit tour et puis s’en va (cf plus haut). Idem pour Junon, qui tient un rôle plus central de garante de la morale… Mais Athéna, figure centrale de l’Illiade n’arrive plus que comme dea ex machina à l’extrême fin de l’opéra… Autant dire que sa brève apparition manque de conviction…
Etc…
Malgré cette impression de fouillis organisé dans un texte à la conduite dramatique assez erratique (les personnages sont relativement mal construits et oscillent au gré des situations), les scènes émergent néanmoins de manière suffisamment caractérisée pour promettre des moments musicaux intéressants, si les partitions connues de Rebel sont une indication fiable de son métier musical.
Espérons donc que cette recréation sera un jalon complémentaire pour la compréhension d’un répertoire de l’Académie royale de musique encore mal connu… Alors, simple objet de curiosité ou chef-d’œuvre musical méconnu, desservi par un texte lourdingue ? Hugo Reyne devrait sans doute permettre de se faire une idée dès samedi…
Liens utiles
¤ Livret de1703 (Gallica)
¤ Programme du concert Cité de la Musique (comporte un synopsis et une présentation rapide de l’ouvrage par Catherine Cessac) _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
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Posté le: 10/Juin/2007 00:32 Sujet du message: Re: Rebel - Ulysse - Reyne, Cité de la Musique, 09/016/2007
EdeB a écrit:
(....) Espérons donc que cette recréation sera un jalon complémentaire pour la compréhension d’un répertoire de l’Académie royale de musique encore mal connu… Alors, simple objet de curiosité ou chef-d’œuvre musical méconnu, desservi par un texte lourdingue ? Hugo Reyne devrait sans doute permettre de se faire une idée dès samedi…
Finalement, le plateau de la balance penche nettement vers le "chef d'oeuvre méconnu desservi par un livret maladroit"... car, preuve supplémentaire de la force de la musique, on oublie aisément les enchainements grossiers des situations et le rapport très lointain aux personnages homériques, pour se laisser charmer et enthousiasmer par une partition inventive, ponctuée de moments forts et singuliers, qui oscille encore entre modèle lulliste et avant-gardisme (qui penche vers Leclair (mais quand même moins virtuose !) et annonce déjà Rameau...
Une formidable ovation a salué les artistes et la fabuleuse prestation de Guillemette Laurens (très émue)...
1000 fois merci à Hugo Reyne de sa persévérance pour recoller les morceaux de cette partition dispersée et de nous avoir offert ce très beau concert...
J'y reviendrai demain.
En tout cas, une diffusion France Musique (date non annoncée) à ne surtout pas rater. _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
Posté le: 10/Juin/2007 00:52 Sujet du message: Re: Rebel - Ulysse - Reyne, Cité de la Musique, 09/016/2007
EdeB a écrit:
et annonce déjà Rameau...
oui, je me suis fait la même remarque, certains passages font penser à la tempête de Platée par exemple. Très bonne soirée. _________________ L'opéra semble voué à être le dernier refuge du besoin de la beauté artistique en toc.
(Bernard Shaw, 1898)
--- ODB-Opéra ---
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Posté le: 10/Juin/2007 10:35 Sujet du message:
vigie a écrit:
Si ce n'est déjà fait, tendez l'oreille vers "les éléments" de Rebel ... surprenants, hallucinants, et d'une modernité incroyable !
Enregistrement par les musiciens du louvre chez Erato
Préparez-vous à un choc !
Oui, ce disque est magistral ! _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
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Posté le: 11/Juin/2007 23:50 Sujet du message:
Ulysse et Circé (Anonyme du milieu du XVIIIe, Musée Magnin, Dijon
Triomphe public (très) tardif pour cet Ulysse (et Pénélope) de Jean-Féry Rebel, qui revient de loin, comme son héros éponyme.... Ayant fait l'objet d'une chute assez retentissante lors de sa création, comme beaucoup d'oeuvres des épigones de Lully, jamais reprise jusqu'à présent dans son intégralité, c'est une gageure réussie que de remettre au concert cet opéra mal-aimé.
C'est que le livret, parfois à la limite de l'inepte, ne prédisposait pas à sa seule lecture de préjuger favorablement d'une partition aussi subtilement variée : comme le texte balance entre chapelet de topoi rebattus et digressions sans suites, on remarquait plus les impasses du livret que ses situations éloquentes, propres à y suspendre la musique. Par exemple, le personnage du prétendant à la main de Pénélope, Urilas, était abandonné en pleine forêt, puisqu'il se fond par la suite dans "le parti contraire", sort que ne partagent pas les jaloux de tragédie lyrique qui reviennent se venger au premier plan. Cette piste n’est pas la seule que le librettiste dédaigne : en effet, les allées et venue entre les deux îles qui forment les théâtres de l'intrigue sont peu claires, et les apparitions et désintégrations de palais (dans le prologue et dans la tragédie) se ressentent plus de la démonstration gratuite de machinerie que de la nécessité dramatique.
Qu'importe ! La force et l'inventivité de la musique sont telles que cette dernière fait oublier ces bévues, ces scènes attendues, passages obligatoires devenus clichés, ces ficelles si voyantes qu'elles indisposèrent sans doute passablement le public de la création, témoin cette annotation rageuse conservée à la Bibliothèque nationale de France !! (cf. premier texte de ce fil)
Il faut ainsi rendre un double hommage à Hugo Reyne, dont la sagacité de musicologue n'a pas été trompée par un livret surprenant, et que les difficultés à retrouver les morceaux épars de cette partition incomplète à la BNF, n'ont pas rebuté.
Cette redécouverte étonnante, nous n'en avons cependant pas entendu la totalité, si l'on en croit le livret imprimé en 1703. Le personnage de Junon, ainsi que celui de la Seine, ont été abandonnés, ainsi que quelques comparses secondaires (cf. liste des manques en fin). Et si le Prologue a été conservé au concert, il n'en reste sans doute que la moitié.
Ces manques sont-ils la conséquence de lacunes constatées lors de la chasse tenace à la partition, menée jusqu'à Uppsala ? Ou bien, de manière plus inquiétante, faut-il y voir une preuve supplémentaire de la difficulté à trouver des financements pour monter de beaux et téméraires projets comme celui-ci ? Tant il est vrai qu'essayer de faire réentendre une pièce quasiment inconnue avec des moyens suffisants relève désormais de la marotte musicologique, du sacerdoce chez les idéalistes entrepreneurs et d'une notion d’intégrité appliquée à la restauration du patrimoine musical qui échappe à beaucoup de grands argentiers... Il serait bon qu'ils dénouent un peu les cordons de la bourse et permettent un plein accomplissement à ces initiatives bienvenues.
Quoi qu'il en soit, la soirée fut abondamment pourvue en beautés diverses et en surprises agréables pour nous faire oublier qu'il ne s'agissait que des 98, 99 % de cette tragédie lyrique... Car ces quelques coupures ne dénaturent pas une oeuvre passionnante qui méritait de prendre sa revanche et de revoir l'obscurité des salles de concert.
Cette tragédie lyrique qui oscille dans les marches entre Lully, Desmarets et Leclair, garde néanmoins fermement ses racines dans le drame lulliste, et lui rend hommage à de nombreuses reprises : on retrouve des traits qui ne dépareraient pas les grands monologues de Roland comme dans II, 2 "Ah, qu'après une longue absence..." d'Ulysse ; des quasi-citations d'Armide, les interventions de Circé, bien sûr, mais également le duo "Courons, courons à la vengeance" (II, 4). On pense également à Persée.
Mais on entend aussi une orchestration riche et variée, utilisant certains timbres comme indication psychologique ou comme climat d'enchantement : les flûtes apparaissent dès que les charmes se tissent. (C'est très marqué, par exemple, dans le duo en crescendo, fluctuation de récits et de petits airs, de la sc. 5 de l'acte III entre Circé et Ulysse. Le motif des flûtes enserre le roi d'Itaque sur "Qui pourroit désormais / briser une si douce chaîne / Belle Circé, je vous promets, / De ne me dégager jamais.")
Cependant les harmonies savent se faire plus complexes et moins prévisibles. Le choeur superbe de désolation, "Brillant soleil, flambeau du monde..." annonce déjà Rameau et ne déparerait pas un grand motet. Et si les effets en écho et répons de l'envoûtement de Pénélope au premier acte ("Rendez-vous (hommes) / Rien n'est si doux (femmes)" ) obéit à une rhétorique malicieuse et le combat entre les deux partis (acte V) à des effets maintes fois mis en oeuvre, ils n'en sont pas moins magistraux, tout comme les tempêtes, sortilèges, fanfares, marches et fracas divers, agencés avec jubilation par un Rebel ingénieux et savant. Sans oublier des mouvements de danse électrisants et qui parsèment la partition d'un souffle poétique. (Dont une superbe chaconne...)
Ce mélange d'avant-garde et de réminiscences revisitées est servi par une équipe soudée qui empoigne les rôles à bras-le-corps et fait vivre, vibrer et trembler ces personnages qui sortent grâce à eux de leurs stéréotypes.
La divinité de la soirée est évidemment Circé, incarnée par une Guillemette Laurens qui remet les pas dans les traces de son Armide. Il est difficile d'évoquer sans la dénaturer la prestation de cette flamme sombre qui carbonise le plateau. Hululant sa rage et sa détresse, susurrant son amour d'une voix melliflue, mettant en transe ses hordes de démons, habitant même les silences, elle trouve des accents qui transportent et qui émeuvent. Diction superlative, style à l'avenant, elle compose là un de ses plus beaux personnages. Une formidable ovation saluera ce prodige d'équilibre en suspension et d'intelligence du chant.
Face à ce "monstre étonnant", l'épouse fidèle d'Ulysse aurait pu avoir la tâche ardue ; Stéphanie Révidat prête la chaleur et la rondeur de sa voix, sa douceur enveloppante et sa tendresse aux lamentations de Pénélope. Dans un rôle plus en retrait, elle fait figure d'étoile constante, de calme au milieu des tempêtes, que n'épargnent pas les doutes et les remords. La première scène du second acte lui donne l'occasion d'accents plus farouches, qui montrent toute la versatilité de l'interprète.
Il y a presque une justice immanente à distribuer Howard Crook dans le rôle d'Orphée, lui qui enchante depuis toujours la tragédie en musique... Il continue donc à nous charmer, même dans un rôle plus secondaire de confident, conscience d'Ulysse et instrument de son salut. On retrouve avec plaisir les qualités de ce grand interprète, qui vit cette musique comme il respire.
Ulysse, quant à lui, n'apparaît qu'au troisième acte. Bertrand Chuberre est un roi d'Itaque héroïque et solide, qui sait faire oublier les errances psychologiques peu crédibles de son personnage, grâce à la majesté de sa composition, traversée par un frémissement qui humanise le personnage.
Bernard Deletré, plus discrètement présent, sait tirer tout le parti de son rôle, et par la force de sa lamentation, fait compatir au sort d'Urilas. Sans surjouer le personnage, il le rend formidablement présent, et sa déploration initiale permet d'entrer de plein pied dans le drame.
Céline Ricci convainc plus en Minerve autoritaire qu'en Céphalie ; il faut dire que la suivante de Pénélope ne se détache guère de ses semblables et que les conseils qu'elle prodigue sont peu propices à y mettre de l'autorité et ce ne sont pas des banalités sentencieuses comme le "Ecoutez de ces eaux.." qui permettent de se démarquer.
Eugénie Warnier a plus de chance car Euphrosine, servante de la magicienne est investie par contagion d'une présence plus forte. Voix charnue, présence remarquée, elle transcende son rôle et sort fort habilement de l’ombre de son immortelle de maîtresse.
Vincent Lièvre-Picard (un Génie, Télémaque) et Thomas van Essen (un sauvage) n'ont que des apparitions ponctuelles, mais tiennent fort bien leurs parties.
La Symphonie du Marais, dirigée par Hugo Reyne fait montre d'une vitalité énergisante et d'une douceur séductrice, se coulant dans les méandres de ces enchantements tout comme les déchaînements des éléments. Le choeur est à l'unisson, participant avec enthousiasme à cette belle redécouverte.
"France Musique enregistre ce concert" dixit le programme de salle (date non communiquée). Ne ratez surtout pas la diffusion de cette oeuvre rare, cette merveilleuse soirée, ce chaînon manquant qui nous est heureusement rendu. En espérant que cette résurrection ne restera pas sans suite et qu'un disque suivra peut-être : il serait vraiment trop triste que cet opéra retourne aux étagères poussiéreuses dont il vient d'être tiré... Les mines ravies du public à la sortie du concert en étaient une preuve supplémentaire…
Emmanuelle Pesqué
Annexe : liste des modifications constatées entre le livret imprimé de 1703 et la version entendue au concert :
- Prologue : sc. 1 : coupure de l'air d'Orphée : "Aimable Flore...", de la symphonie qui suit, ainsi que de l'air "Nymphe, qui présidez..."
De la seconde scène, reste l'air du sauvage "Le seul avantage...", l'air d'Orphée "Changeons nos jeux..." et le choeur "Portons nos voix..." chanté après l'air d'Orphée (sur le livret, p.IX- XII)
- Acte II : scène 2 coupée en entier (Récit/air ? de Junon "Des fidèles épouses...")
Dans cet acte, bizarrement, le "Jeunes Zéphirs, cessez de suivre Flore...." attribué à Urilas dans le livret imprimé (p. 13) est chanté par le choeur.
- Acte III : ajout d'un duo entre Circé et Ulysse : "Oublions le sort du monde / Nous devons le compter pour rien / Votre coeur est l'unique bien / Dont je veux que l'amour à jamais me réponde (sic)" [A vérifier, je suis incapable de relire mes notes !!] inséré entre le "Ces lieux n'ont plus assez de charmes..." et le "Partons, je vais tout préparer..." (Circé, III, sc. 6. livret p. 26) _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
Pour l'instant, pas de disque en vue, hélas. (d'après ce que nous écrit Hugo Reyne...)
Mais le concert sera repris le 11 juillet en ouverture du festival Musiques à la Chabotterie. Si vous avez l'occasion d'y faire un détour, n'hésitez pas !! _________________ "Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra
Si ce n'est déjà fait, tendez l'oreille vers "les éléments" de Rebel ... surprenants, hallucinants, et d'une modernité incroyable !
Enregistrement par les musiciens du louvre chez Erato
Préparez-vous à un choc !
Cela fera partie du programme "Chaos" présenté par Hugo Reyne à la Cité de la musique le 20 septembre (avec Bertand Chuberre)
Sont prévus : Delalande/Destouches : Les Eléments + J-F Rebel : Les Eléments + Rameau Zais et Nais (extraits) _________________ "Si tu travailles avec un marteau-piqueur pendant un tremblement de terre, désynchronise-toi, sinon tu travailles pour rien." J-C Van Damme.
Odb-opéra
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Posté le: 20/Juin/2007 19:28 Sujet du message:
Excellentes nouvelles communiquées aujourd'hui par Hugo Reyne :
- l'opéra sera enregistré pour le label "Musiques à la Chabotterie "; sortie prévue pour le 9 novembre, soirée des 20 ans de La Simphonie du Marais, à Gaveau.
- diffusion radiophonique du concert de la Cité de la Musique sur France Musique, prévue en septembre
Une des plus belles découvertes de l'année... _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
Inscrit le: Mar 08, 2003 Messages: 2064 Localisation: Ubi est JdeB ...
Posté le: 27/Oct/2007 14:03 Sujet du message:
Diffusion de ce concert ce soir dès 19h, sur France Musique
19:30 : Opéra
par Jérémie Rousseau
Concert donné le 9 juin 2007 à la Cité de la Musique à Paris
Jean-Féry Rebel
Ulysse
Tragédie lyrique en 5 actes, sur un livret de Henry Guichard, d'après
Homère
Version de concert
Attention, dans le CD qui va sortir début novembre, la distribution serait légèrement différente...
(source : http://www.newolde.com/ ) _________________ "Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles." Michel Leiris
Odb-Opéra
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