Bruno Comparetti

 

 

Comment avez-vous attrapé le virus de l'opéra ?
En fait, j'ai toujours voulu être chanteur ; dès mon plus jeune âge, lorsque je chantais, j'entrais immédiatement dans un univers et je me sentais vraiment dans mon élément. Je chantais tout ce que j'entendais et souvent des chanteurs aux voix aigues. J'avais une voix haute en émission et facile dans le sur-aigu. Je n'ai jamais eu l'impression que ma voix avait muée et le passage à la voix d'adulte s'est faite naturellement et sans rupture.
Je sentais que j'avais des facilités. J'avais des amis musiciens et je me joignais à eux pour des soirées musicales. Il m'arrivait même, dans les piano-bar de me proposer pour improviser et chanter du Jazz ou du Blues.
A 19 ans j'ai voulu connaître le mécanisme de la voix, je pris mon premier cours de chant et ce fut un moment extraordinaire, cela devenait une évidence, je devais chanter, de plus, avec un père est Sarde et une mère Sicilienne. Il fallait absolument que je chante l'opéra italien. J'ai tout de suite appris l'air de Sesto extrait du Jules Cesar de Haendel. Il faut dire que j'ai une certaine affection pour ce compositeur.
D'ailleurs, j'ai hésité à chanter les contre-ténors à cause de mes facilités en voix de tête. Mais quand mon professeur m'a entendu, il m'a dit : « tenore vero», cela voulait dire que j'avais un voix claire, que le timbre de ma voix était claironnant jusqu'au si bémol. Je suis entré au conservatoire et en parallèle, je travaillais en privé avec différents artistes lyriques ce qui m'a permis de progresser rapidement.

Pourquoi avoir décidé de faire ce métier ?
En parallèles de mes études de commerce, j'avais aussi un emploi de commercial, de plus, je devais travailler le solfège, l'histoire de la musique, la voix. Tout cela était difficile à gérer et mon seul souhait était de ne faire que du chant. Il ne passait pas une heure sans que je pense à ma voix et à la technique vocale. Obsession ou passion,je n'arrive pas à distinguer les deux. Et, après avoir rencontrer plusieurs chanteurs de renommée internationale, en 1999, je décidais de passer des concours.
Puis Yvan Rialland (directeur à l' époque de l'Opéra d'Angers) me remarqua lors du concours de Marmande et m'engagea pour un remplacement quinze jours plus tard pour le rôle du Comte Almaviva dans le Barbier de Séville de Rossini. Je ne connaissais que les deux principaux airs. J'ai dû apprendre le rôle en deux semaines, je n'avais jamais fait de scène hormis quelques scènes au conservatoire mais rien de très formateur. J'étais tellement heureux d'avoir mon premier contrat, cela ma donné des ailes, et dans cette situation, il faut faire croire que l'on sait faire, on s'oblige à ouvrir des serrures en soi, ensuite on arrive à se libérer pour donner plus de vérité à son personnage. Il est vrai que pour ce rôle il faut être habile en scène. Ensuite, d'autres Barbier de Séville se sont enchaînés et je me suis complètement consacré à ma carrière.

Votre passage à l'Opéra-Studio et ensuite en tant que chanteur en résidence à l'Opéra National de Lyon a t-il été bénéfique ? Que vous a-t-il apporté ?
En 2002, j'ai intégré l'Opéra-Studio de Lyon et cela m'a permis de travailler avec d'excellent chef de chant.
Ils étaient à notre disposition : la première année était une prise de contact et nous préparions des opéras au piano ou alors des spectacles décentralisés avec l'orchestre de l'Opéra. Mais, pendant cette année, j'ai eu l'opportunité d'être doublure sur la production de Lucie de Lammermoor de Donizetti dirigé par Evelino Pìdo.
Ensuite la directeur m'a accordé sa confiance et m'a confié le rôle d'Ernesto dans Don Pasquale de Donizetti dirigé par Maurizio Benini car je venais de l'interpréter en Suisse.
A l'issue de ces représentations, on m'a proposé d'être chanteur en résidence pour la saison 2002-2003.
Et j'ai enchaîné les productions : Otello de Verdi dirigé par Yvan Fischer, Werther de Massenet dans la mise en scène de Willy Decker, La Dame de Pique de Tchaikovski dirigé par Yuri Termikanov, ainsi que Ba-ta-clan d'Offenbach. Cela m'a permis de travailler avec des metteurs en scène et des chef d'orchestre de qualité dans une grande maison comme l'Opéra de Lyon et tout était mis en oeuvre pour nous faire progresser. Il est vraiment regrettable que les troupes aient disparus en France. Je pense que cela est vraiment essentiel pour parfaire la formation de jeunes artistes Lyriques.

Quels ont été vos modèles ?
Mes goûts se sont rapidement portés sur les anciens même si j'ai écouté Luciano Pavarotti qui m' a permis de comprendre ce qu'est l'italianità.
Ensuite, j'ai écouté Tito Schipa pour le style bel cantiste, Beniamino Gigli pour la technique vocale, Lauri Volpi, Franco Corelli pour le coté sur naturel de leur voix. Voilà pour les chanteurs italiens. Ainsi que Placido Domingo que j'admire pour son investissement scénique, la chaleur de sa voix et sa grande musicalité.
Et pour les chanteurs français, George Thill et bien sûr Roberto Alagna qui a su apporter à l'opéra français toute la noblesse de la déclamation que l'on accordait à Monsieur Thill. Cette façon de déclamer la langue française qui permet de ne jamais rendre le texte vieillot car c'est avant tout cela qu'on reproche à ce genre musical.
Mais, j'ai une affection particulière pour Alfredo Kraus en tant qu'homme et en tant qu'artiste, pour ses choix de répertoire, son style. J'aime beaucoup le fait de se spécialiser. Il était au service de la musique, même dans les airs les plus exigeants pour la voix de ténor : je pense à Tonio dans la Fille du Régiment ou dans Arturo dans les Puritains, les prouesses vocales devenaient une évidence, il avait aussi cette capacité de tenir les notes aigues sans que cela ne sombre dans la vulgarité. Cet attachement à vouloir retranscrire la moindre indication du compositeur, ce qui le rendait inégalable dans le répertoire Bel Cantiste. Certaines personnes diront qu'il avait une voix nasale. Il est vrai que sa voix était très accrochée dans le masque. c'était une « voix de théâtre », j'aime beaucoup cette expression employée par les anciens. Je voudrais aussi ajouter que beaucoup de gens ont entendu parler de Kraus alors qu'il avait dépassé la cinquantaine, là ou certains ténors commencent à décliner. D'ailleurs, on a l'impression de l'avoir toujours vu Alfredo Kraus comme un vieux Monsieur. Je recommande à tous d'écouter les enregistrements sur le vif de son Arturo des Puritains ou de son Elvino de la Somnambule enregistré quand il avait une trentaine d'années, on entend une voix claire et timbrée, un style exemplaire et un aigu limpide, un véritable instrument. De plus, il était toujours de très bon conseil et toujours prêt à répondre à des questions techniques quand les jeunes chanteurs lui demandaient.

Pourquoi cette spécialisation dans le répertoire français ? Je pense au Postillon, à Haÿdée, à Charles VI ?
Tout simplement, parce qu'on me sollicite dans ce répertoire, et de plus, aujourd'hui je me sens prêt à affronter les tessitures les plus hautes,car dans le répertoire français, nous avons beaucoup de rôles de ténor où les sur-aigus sont sollicités. c'est le cas dans le rôle du Dauphin dans Charles VI de Fromental Halévy que je chanterai le 10 avril au Théâtre Impérial de Compiègne, Ce rôle a été crée par Gilbert Duprez, il doit y avoir une dizaine de contre-ut pour le Dauphin et un contre-ré bémol dans le grand air. C'est un grand challenge.
J'ai chanté l'an dernier mon premier Postillon de Lonjumeau et j'espère que ce ne sera pas le dernier. Cet opéra-comique est un prétexte pour que le ténor montre sa quinte aigue. Beaucoup d'amis me disent qu'il n'y a plus de chanteurs pour chanter ce répertoire. Je ne sais pas s'il n'est plus joué par manque d'interprètes ou tout simplement parce qu'il n'est plus à la mode.
J'aimerais chanter aussi des oeuvres italienne qui ont été crée en Français, je pense à Tonio de La Fille du Régiment, à Fernando de la Favorite ou bien à Don Sébastien, roi du Portugal de Donizetti. Je pense qu'il serait intéressant de monter ces opéras avec des chanteurs Français.

Et le répertoire italien ?
C'est mon premier amour. Il fait partie du patrimoine de mes ancêtres. A mes débuts, je ne voulais chanter qu'en italien. De plus, les chanteurs italiens que j'ai rencontrés m'encouragent à le chanter, il correspond à ma couleur de voix. Mon rôle fétiche est celui d'Ernesto dans Don Pasquale, je l'ai beaucoup chanté et j'aimerais l'interpréter à nouveau. Je voudrais aussi aborder les rôles d' Elvino (Somnanbule), Arturo (les Puritains) de Bellini ou encore Gennaro dans Lucreze Borgia de Donizetti.

Dans le répertoire français, tout le monde vante votre diction.... Naturelle ou travaillée ?
Quand j'ai débuté le chant lyrique, il me semblait évident que l'on doive comprendre la moindre parole de mon texte. A l'écoute des disques de Georges Thill, ce fut le premier choc, puis j'entendis Roberto Alagna est là, second choc. A partir de ce moment, j'ai tout suite travaillé les airs d'opéras dans ce sens.

Qu'attendez vous d'un chef d'orchestre ?
J'attends qu'il soit lucide face à mes limites vocales. qu'il n'hésite pas à ralentir ou accélérer un tempo s'il me sent en danger. qu'il démontre et qu'il sache faire jouer «piano » un orchestre même quand dans la fosse les musiciens nous disent que c'est impossible. (rire) Et surtout,j'apprécie énormément quand les chefs dirigent et chantent avec les chanteurs.

Et d'un metteur en scène ?
J'attends qu' il soit un véritable directeur d'acteurs, qu'il soit ouvert à mes propositions même si je suis un jeune chanteurs et qu' il puisse m'aider à ouvrir mes propres serrures,pour me permettre de mieux comprendre le personnage, sa vision de l'oeuvre et ensuite de me surpasser. Et si un metteur en scène a un véritable univers et qu' il me permette d'y entrer, alors là, c'est le rêve.

Vos rêves, vos projets ?
J'ai 29 ans, je suis encore très jeune, actuellement, je prépare des concours internationaux.
J'espère pouvoir chanter le plus longtemps possible. L'avenir est devant moi et je suis ouvert à toutes propositions dans la mesure de mes capacités. J'aimerais ne pas sombrer dans la fatalité de nombreux ténors, c'est à dire la recherche de cette virilité vocale et des décibels qui nuit souvent à la qualité du chant et de l'instrument et surtout à l'évolution de notre voix.

 

Bruno Comparetti 2

 

 

Site de Bruno Comparetti : http://www.brunocomparetti.com (biographie et MP3)

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